Mosaique adeline

Lundi 28 juin 2021

Mireille,

Chaque année, je suis de près la remise du prix du livre INTER car j’affectionne particulièrement ce prix littéraire décerné par un jury de lecteurs indépendants.

Cette année, il n'aura fallu qu'un seul tour de scrutin pour couronner le lauréat. Un exploit qui n'était plus arrivé depuis trente ans et Daniel Pennac avec "La petite marchande de prose" (un livre formidable, j’espère que vous l’avez lu). Le lauréat 2021 est Hugo LINDENBERG pour Un jour, ce sera vide, un roman que j’ai lu d’une traite ce week-end.

C'est l'histoire d'un jeune garçon qui passe l'été en Normandie dans une grande solitude, avec sa grand-mère et sa tante atteinte de démence. Il raconte sa rencontre sur la plage avec un autre garçon prénommé Baptiste. Se noue entre les garçons une amitié lumineuse mais déséquilibrée car la famille de Baptiste semble connaître un bonheur que le narrateur recherche mais que la vie lui refuse.

Cette rencontre va bouleverser l’existence du jeune garçon et le pousser à la découverte de l’autre, de lui-même, de sa famille mais aussi des traumatismes de l’Histoire et de son histoire personnelle.

Lors de ma lecture, je suis restée en arrêt sur un constat du narrateur qui sonne comme une mise en garde adressée au lecteur et qui dit ceci : « c’est affreux de regarder quelqu’un vous mentir. C’est affreux de regarder une famille entière mentir à un enfant ». Rappel salutaire qu’il ne FAUT PAS mentir à un enfant (ni à quiconque d’ailleurs), y compris par omission, en particulier sur ce qui concerne son existence ou son identité. Car le silence en guise d’héritage, ça rend solitaire ou fou. Hugo LINDENBERG dédie d’ailleurs son livre aux enfants seuls et aux aliénés.

Bref, je vous recommande cette lecture pour votre été si vous aimez l’évocation de cette période singulière qu’est l’enfance.

A propos d’été, nous sommes déjà le 28 juin, et il est temps pour moi de prendre un peu de vacances, et de mettre notre correspondance au repos.

Reprise prévue le 6 septembre prochain.

Bonnes vacances à vous Mireille, et tous nos amis de Murmure.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Dimanche 20 juin 2021

Mireille,

J’ai assisté ce matin à l’AG de mon Église. J’en suis rentrée dépitée, attristée et vaguement inquiète.

Tout avait pourtant bien commencé, par une lecture solennelle de la proclamation de foi (version actualisée) de l’Église protestante unie de France : « En Jésus de Nazareth, Dieu révèle son amour pour l’humanité et le monde. L’Église protestante unie de France le proclame avec les autres Églises chrétiennes, etc. ». Après quoi l’assemblée générale proprement dite a débuté.

Habituellement, il y a peu d’interventions de la part des membres de l’assistance. Aujourd’hui, ce fut l’inverse, les prises de parole se succédaient, nombreuses. On aurait pu s’en réjouir, mais hélas ce ne fut qu’une succession de reproches, acrimonies, disputes.

Bon, dès qu’il y a communauté humaine, des conflits surgissent. Rien d’exceptionnel à cela. Mais dans le cas présent, les querelles conduisent à la rupture et là, c’est plus grave.  Un prédicateur laïc et son épouse ont en effet annoncé leur départ malgré la vibrante intervention d’un des pasteurs pour les en dissuader.

Des rivalités et incompatibilités d’humeur entre membres du Conseil presbytéral sont évoquées, auxquelles je ne crois absolument pas. Je crains que le motif des conflits soit plus profond et concerne des divergences sur des sujets que les protagonistes pensent être des questions de foi alors qu’elles ne le sont pas, du genre le mariage pour les personnes de même sexe. S’opposent alors les libéraux et les conservateurs. Opposition courante au sein du protestantisme qui n’empêche pas en principe de « faire Église ».

Mais ce matin, la rupture était consommée et l’assemblée mise devant le fait accompli, ce que je regrette. De médiation, il n’a été que vaguement question. L’entre soi prédominait, autre source du mal probablement.

Reste à discerner si cette séparation est œuvre diabolique (le diable est le diviseur) ou œuvre créatrice (Dieu, dans la Genèse, crée en séparant les éléments pour sortir de la confusion). Une chose est sûre, le Christ, lui, ne peut être divisé, l’apôtre Paul le rappelle vigoureusement aux corinthiens aux prises avec des divisions internes (1Co 1.10-19).

Mais c’est ainsi, quand il y a 3 protestants dans une ville, on compte au moins 4 temples ! (Blague protestante).

Bonne semaine à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine.

 

 

Lundi 14 juin 2021

Mireille,

Avez-vous déjà vu une graine de moutarde ? Celle dont il est question dans l’Evangile du jour et à laquelle Jésus compare le Royaume de Dieu ?

C’est une graine vraiment minuscule. La plus petite que je connaisse. Du point de vue botanique, c’est la semence d’orchidée qui est la plus petite de toutes. Mais celle de moutarde fait également partie des plus petites graines qui existent. Plante commune en Palestine, appelée aussi sénevé, elle pouvait atteindre jusqu’à 3 mètres de hauteur, voire 4 mètres près du lac de Tibériade. A l’état sauvage, la moutarde pousse presque partout, même sur des terres pauvres et calcaires. Hélas, on ignore comment les anciens accommodaient la moutarde, ou quel usage ils faisaient de la plante, mais une chose est sûre, elle était certainement cultivée.

Une année, j’en ai acheté (à la pharmacie près du presbytère) pour les enfants du caté. Parce qu’on étudiait les paraboles du Royaume de Dieu et en particulier celle dite « de la graine de moutarde ». Les enfants ont découvert les petites graines avec étonnement et ont bien joué avec. Ils les faisaient rouler dans leurs mains et sur la table car elles sont bien rondes, ils les collaient et certains enfants ont même eu l’idée de manger des graines ! Ce qui m’avait donné quelques soucis, ignorant quelles pouvaient être les conséquences d’une telle ingestion (pas prévue au programme) sur la digestion. A l’époque, la consommation des graines (germées ou non) n’était pas aussi courante qu’aujourd’hui. Dieu merci aucun enfant ni parent ne s’est plaint de la séance de caté. Une chose est sûre, le mystérieux Royaume de Dieu s’était tout à coup concrétisé pendant la séance de caté dont les enfants se sont souvenus longtemps (moi aussi). En effet, à chaque séance qui a suivi, les enfants réclamaient les graines de moutarde « du Royaume de Dieu » pour en remporter quelques-unes dans leur main.

Etonnamment, les minuscules graines de moutarde étaient devenues notre fil rouge pour évoquer Dieu. Comme quoi, la pédagogie des paraboles fonctionne toujours très bien, même 2000 ans plus tard.

A ce propos, avez-vous contempler l’icône du mois de Corinne Vonaesch sur Murmure ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Dimanche 6 juin 2021

Mireille,

Vendredi dernier, le 4 juin, était une date anniversaire importante pour Léon. Que notre ami ne manquait pas d’évoquer dans la lettre qu’il vous adressait : la date anniversaire de son ordination. Ou encore de son mariage avec Dieu comme il disait, qui avait eu lieu le 4 juin 1944.

Etonnamment, Léon n’était plus très sûr du lieu où avait eu lieu cette ordination.  A la cathédrale ? A la chapelle du Grand Séminaire ? Après réflexion, il optait pour la chapelle du Grand Séminaire.

" Faisait-il beau ? Faisait-il chaud ? Il ne s’en rappelait pas. Il se souvenait en revanche de la présence de ses parents, et de son frère (et sœurs ?) grâce à une photo. Il évoquait la présence de quelques copains qui auraient parcouru à vélo les 80 kilomètres qui séparent Valentigney de Besançon pour assister à cette célébration.

En fait, il se souvenait surtout d’un sentiment de libération. Après 12 ans d’études au séminaire, il allait pouvoir enfin entrer dans la vie active. Sentiment de libération renforcé par l’évènement de portée mondiale qui allait se produire deux jours plus tard : le débarquement des alliés le 6 juin 1944 en Normandie. Autre libération, et quelle libération ! Celle de toute l’Europe.

Le Débarquement, Léon racontait l’avoir appris dans une petite gare, sur la ligne de chemin de fer Besançon - Le Locle (en Suisse). De cela, Léon se souvenait parfaitement. Ce jour-là, il était doublement libéré, de la contrainte de ses études, et de l’ennemi qui occupait son pays.

De quoi engranger toute la force nécessaire pour les 76 années de service qui allaient suivre.

Amicalement comme toujours.

Catherine

Dimanche 30 mai 2021

Mireille,

Une petite minute de théologie si vous voulez bien.

Pour évoquer l’Esprit-Saint car la liturgie l’a mis à l’honneur ces temps-ci et pour réfléchir à qui Il est parce que vous l’admettrez je pense, Il n’est pas facile à appréhender, surtout en tant que personne comme la tradition chrétienne le présente.

Si « esprit » et « saint » sont bien des mots bibliques, l’Esprit-Saint lui reste bibliquement sans visage. Il ne parle pas en « je », on ne s’adresse pas à lui en « tu ». Il est toujours question de lui en « il ». Il n’a pas de prénom comme « Jésus », ou de nom comme « Dieu ». Il est un titre, assez mystérieux et disons- le, théologique.

Attention, « saint » ne doit pas être compris comme un adjectif qui se rapporterait à « Esprit ». Au verset 13 du Psaume 51, mais aussi dans les écrits intertestamentaires, l’expression employée est « Esprit de ta Sainteté », ce qui signifie « Esprit qui est Dieu ». Or l’expression a dérivé et s’est simplifiée et le pronom possessif a disparu et l’expression s’est réduite à « Esprit-Saint ».

La clé pour comprendre qui est l’Esprit-Saint se trouve dans le discours d’adieu de Jésus, dans l’Evangile de Jean au chapitre 14, verset 16. « Moi (dit Jésus), je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours ». « Paraclet » est un terme juridique qui signifie « avocat », « défenseur ».

Cet « autre Paraclet », c’est l’Esprit-Saint. Le Christ annonce sa venue alors que lui va disparaître physiquement ce qui pose un problème énorme. Jésus envisage en effet son départ, et c’est à ce moment qu’il fait intervenir le Paraclet qui va le remplacer auprès des disciples.

Ce qui était un drame pour les disciples (le départ de leur maître et défenseur premier) se transforme tout à coup en avantage. Une fois saisi par l’Esprit-Saint, ils ne se contentent plus de suivre, de trottiner comme ils le faisaient derrière Jésus, ils parlent et agissent comme faisait leur maître.

En deux mots, l’Esprit-Saint va faire le travail de Jésus.

C’est simple finalement non ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

Lundi 24 mai 2021

Mireille,

J’espère que vous avez passé une belle fête de Pentecôte et que l’Esprit a soufflé dans votre cœur.

Une nouvelle fête se profile déjà à l’horizon : celle des mères, dimanche prochain. Une fête que notre ami Léon ne manquait jamais de souhaiter à toutes les mamans, de vive voix et par l’intermédiaire de cette lettre.

Pour célébrer à notre tour cette fête, je vous propose la lecture d’un passage tiré de : Le Livre de ma mère d’Albert Cohen. Attention, cette louange à la mère n’est plus politiquement correcte aujourd’hui (selon les critères actuels) mais reste une des plus belles pages de la littérature dédiée à la figure maternelle.

Bonne lecture et bonne semaine.

Amicalement comme toujours.

Catherine

« Louange à vous, mères de tous les pays, louange à vous en votre sœur ma mère, en la majesté de ma mère morte. Mères de toute la terre, Nos Dames les mères, je vous salue, vieilles chéries, vous qui nous avez appris à faire les nœuds des lacets de nos souliers, qui nous avez appris à nous moucher, oui, qui nous avez montré qu'il faut souffler dans le mouchoir et y faire feufeu, comme vous nous disiez, vous, mères de tous les pays, vous qui patiemment enfourniez, cuillère après cuillère, la semoule que nous, bébés, faisions tant de chichis pour accepter, vous qui, pour nous encourager à avaler des pruneaux cuits, nous expliquiez que les pruneaux sont de petits nègres qui veulent rentrer dans leur maison et alors le petit crétin, ravi et soudain poète, ouvrait la porte de la maison, vous qui nous avez appris à nous gargariser et qui faisiez reureu pour nous encourager et nous montrer, vous qui étiez sans cesse à arranger nos mèches bouclées et nos cravates pour que nous fussions jolis avant l'arrivée des visites ou avant notre départ pour l'école, vous qui sans cesse harnachiez et pomponniez vos vilains nigauds petits poneys de fils dont vous étiez les bouleversantes propriétaires, vous qui nettoyiez tout de nous et nos sales genoux terreux ou écorchés et nos sales petits nez de marmots morveux, vous qui n'aviez aucun dégoût de nous, vous, toujours si faibles avec nous, indulgentes qui plus tard vous laissiez si facilement embobiner et refaire par vos fils adolescents et leur donniez toutes vos économies, je vous salue, majestés de nos mères. Je vous salue, mères pleines de grâce, saintes sentinelles, courage et bonté, chaleur et regard d'amour, vous aux yeux qui devinent, vous qui savez tout de suite si les méchants nous ont fait de la peine, vous, seuls humains en qui nous puissions avoir confiance et qui jamais, jamais ne nous trahirez, je vous salue, mères qui pensez à nous sans cesse et jusque dans vos sommeils, mères qui pardonnez toujours et caressez nos fronts de vos mains flétries, mères qui nous attendez, mères qui êtes toujours à la fenêtre pour nous regarder partir, mères qui nous trouvez incomparables et uniques, mères qui ne vous lassez jamais de nous servir et de nous couvrir et de nous border au lit même si nous avons quarante ans, qui ne nous aimez pas moins si nous sommes laids, ratés, avilis, faibles ou lâches, mères qui parfois me faites croire en Dieu ».

Albert COHEN, Le livre de ma mère, 1954.

Dimanche 16 mai 2021

Mireille 17 05 21

Mireille,

En lançant l’année dédiée à saint Joseph, le pape François affirme : « Nous pouvons tous trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés ».

J’ai connu dans le passé, un Joseph.

Il avait 3 filles et un fils.

L’aînée des filles est toujours restée dans le foyer paternel où elle a exercé des missions qui correspondent au métier actuel d’aide médico-psychologique. En effet, à une époque où n’existait ni crèche ni EHPAD, il fallait que des aidants familiaux prennent en charge les personnes dépendantes, à savoir les petits enfants, les malades et les personnes âgées. Ce fut donc le rôle de l’aînée. Joseph a veillé à ce qu’elle bénéficie néanmoins d’une reconnaissance sociale en lui attribuant son statut d’exploitant agricole lorsqu’il prit sa retraite.

La cadette, elle, épousa un bel officier à la carrière prometteuse. Joseph respecta son choix bien qu’il eut préféré qu’elle choisisse un homme qui comme lui n’aurait jamais porté une arme (hormis pour la chasse au lièvre ou au sanglier) et qui aurait eu les mêmes convictions mennonites.

La troisième entreprit des études d’infirmière, par vocation et pour exercer une profession. Démarche que Joseph n’approuvait guère mais a malgré tout soutenue, parce que dans son cadre de référence, c’était à lui, le père, d’assurer la subsistance de sa fille à défaut d’un mari. Elle n’avait pas besoin de travailler en dehors du foyer.

Or un jour, la benjamine, alors célibataire, a annoncé qu’elle était enceinte et a refusé de révéler qui était le père de l’enfant. Joseph, devenu entre-temps un homme âgé, en a été profondément meurtri. Dans son milieu, on n’avait pas d’enfant hors mariage, qui plus est de père inconnu. Et en plus, la future mère demandait à réintégrer la maison familiale au village.

Tout le temps de la grossesse, Joseph a ruminé sa décision.

Quand l’enfant parût, Joseph a annoncé qu’il accueillerait la mère et l’enfant et a financé l’achat du landau.

Le jour de l’arrivée du bébé dans la maison paternelle, Joseph s’est mis sur le seuil de sa maison, entouré de ses deux filles aînées et de son petit-fils, et a prononcé ces paroles : tu es la bienvenue avec ton enfant et cette maison sera aussi celle de ton enfant. Scène biblique.

Par cette parole, Joseph a donné une place à l’enfant -et à sa mère- et l’a mis dans la lumière.

Ce sans quoi la situation aurait pu être catastrophique.

Belle histoire que celle de ce Joseph, vous ne trouvez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Dimanche 9 mai 2021

 

Mireille 10 05 21

Mireille,

Une petite minute de poésie, si vous voulez bien. Avec Qohéleth. Oui, encore lui, car Qohéleth est non seulement un sage, mais aussi un poète. On lui reproche parfois ses litanies et un style lourd et répétitif, mais il a livré aussi une description de la vieillesse et de la mort qui est considérée comme l’un des sommets poétiques de la Bible.

Léon aimait ce poème qu’il citait par cœur et de plus en plus souvent à la fin de sa vie.

Ecoutons Qohéleth (12,1-7).

Et souviens-toi de ton Créateur
aux jours de ton adolescence,
avant que ne viennent les mauvais jours
et que n’arrivent les années dont tu diras :
« Je n’y ai aucun plaisir »,

avant que ne s’assombrissent le soleil et la lumière
et la lune et les étoiles,
et que les nuages ne reviennent, puis la pluie,

au jour où tremblent les gardiens de la maison,
où se courbent les hommes vigoureux,
où s’arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses,
où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre,

quand les battants se ferment sur la rue,
tandis que tombe la voix de la meule,
quand on se lève au chant de l’oiseau
et que les vocalises s’éteignent ;

alors, on a peur de la montée,
on a des frayeurs en chemin,
tandis que l’amandier est en fleur,
que la sauterelle s’alourdit
et que le fruit du câprier éclate ;
alors que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité,
et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue ;

avant que ne se détache le fil argenté
et que la coupe d’or ne se brise,
que la jarre ne se casse à la fontaine
et qu’à la citerne la poulie ne se brise,

avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu’elle était,
et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné.

Magnifique, vous ne trouvez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Source de l’image : Luc ROBIN https://www.protestantismeetimages.com/EXPOSITION-un-temps-pour-tout-a-Paris-2014.html

        Mardi 4 mai 2021

         Mireille

Mireille,

Nourrissons-nous encore de la pensée de Qohéleth si vous voulez bien. Un peu de sagesse en cette période de crise fait du bien.

Le sage nous rappelle que chaque réalité humaine comporte toujours un aspect négatif. C’est ainsi.  En 14 sentences étonnantes, il fait le tour de la condition humaine. Ecoutons-le :

Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel :

Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ;

Un temps pour planter, et un temps pour arracher.

Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire et un temps pour construire.

Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser.

Un temps pour jeter des pierres, et un temps pour les amasser ; un temps pour s’étreindre, et un temps pour s’abstenir.

Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter.

Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.

Un temps pour aimer, et un temps pour ne pas aimer ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. (Qo 3,1-8)

Qohéleth est lucide sur la condition humaine qui est éprouvante. Mais il garde confiance en l’homme, en la vie et en Dieu.

Et le sage de conclure : J’ai compris qu’il n’y a rien de bon pour les humains, sinon se réjouir et prendre du bon temps durant leur vie. Bien plus, pour chacun, manger et boire et trouver le bonheur dans son travail, c’est un don de Dieu. (Qo 3,12-13). Avec l’éternité en prime :  Je le sais : tout ce que Dieu fait (son don = le bonheur), à jamais, demeurera.

Que demander de plus ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Samedi 1er mai 2021

Mireille,

Aujourd’hui, 1er mai, c’est la fête du travail.

Alors à vous Mireille et à tous nos amis lecteurs, je souhaite une BONNE FÊTE du TRAVAIL !

Et si vraiment, vous ne travaillez d’aucune manière, sachez que votre situation était courante et enviée à d’autres périodes que la nôtre, dans l’Antiquité romaine par exemple où l’idéal de vie était l’absence totale de travail. A cette époque, c’est l’otium qui constituait un idéal de vie, à savoir un lieu de relations humaines, de conversation, de discussion sur des questions politiques ainsi que la participation à des confréries ou associations, à des travaux de réflexions et d’écriture.

Il y a un petit livre dans la Bible qui évoque le travail. C’est Qohélet (ou l’Ecclésiaste), un livre de sagesse, déconcertant. Vanité des vanités, tout est vanité, c’est dans Qohélet.

Or Qohelet contient un véritable réquisitoire contre le travail qui débute par ce verset : « Je me suis tourné vers toutes les œuvres qu’avaient faites mes mains, et vers le travail auquel j’avais tant travaillé pour les faire et voici : tout est vanité et poursuite du vent » (Qo 2,11). Pour le sage, il ne sert à rien de travailler car ce que l’homme atteint est aussitôt dissipé en fumée. En fait, Qohélet rappelle que le travail n’a aucun sens et aucune valeur par lui-même. Et surtout qu’il n’est ni une valeur, ni une justification pour vivre. « Il n’est pas le Tout de la vie » comme le rappelait judicieusement l’intellectuel protestant Jacques ELLUL en commentant Qohélet, salutaire rappel pour notre société qui survalorise le travail

Dans son réquisitoire, Qohélet développe l’argument selon lequel le travail peut être destructeur pour l’individu si l’investissement dans celui-ci est excessif, ou encore corrupteur lorsqu’il devient source de rivalité ou de conflit. Un des risques étant que le travail déçoive l’individu et que la déception se transforme en haine du travail puis en haine de la vie. Situation courante dans notre société actuelle je trouve.

Mais Qohélet avance un contrepoint à ce réquisitoire, un vrai changement de perspective : Tout travail est vanité, poursuite du vent et pourtant il faut le faire, non par nécessité mais parce que c’est un don de Dieu ! (Qo 3,10).  « Tout ce que ta main trouve à faire, avec la force que tu as, fais-le », dit le sage (9,10) et plus imagé : « Envoie ton pain sur la face des eaux, car dans le nombre des jours, tu le retrouveras […]. »

Dis autrement, le travail est un don de Dieu, que nous devons accomplir sans trop nous soucier du résultat et de notre efficacité (si recherchée dans les organisations actuelles).

Intéressant, vous ne trouvez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Samedi 24 avril 2021

Mireille,

Je fais régulièrement de la marche, de la marche nordique pour être précise, c’est-à-dire de la marche rapide avec des bâtons.

En ce moment, je marche, non plus avec « Elle » mais pour « Elle ».

« Elle », c’est ma monitrice de marche des mardis soirs. Qui n’est pas revenue au club alors que l’activité pouvait enfin reprendre avec le recul du couvre-feu à 19h. J’ai été très déçue de ne pas la retrouver lors de la reprise. Car sa gentillesse, sa vitalité, ses compétences d’encadrante sportive m’ont manqué pendant le confinement alors que je marchais le plus souvent seule.

J’ai vite réprimé mon égoïsme quand j’ai appris le motif de son absence : la maladie. Pas la Covid mais un double cancer touchant deux organes vitaux à la fois ! Ma jeune monitrice, maman d’un petit garçon, va maintenant subir deux interventions chirurgicales successives dans deux CHU différents, le premier ne pouvant tout assumer.

« Elle », nous a adressé un mail pour nous informer par elle-même de sa maladie. Elle ne veut pas qu’on soit triste - là, elle m’en demande un peu trop - et elle veut qu’on continue à marcher en mettant en application ses recommandations.

Alors comme elle nous a demandé de le faire, tous les mardis soirs en montant le Rosemont, je mets un pas devant l’autre, en m’appliquant et en faisant comme elle nous le recommandait : dérouler toute la plante du pied, du talon aux orteils, serrer les bâtons, en poussant pour se propulser en avant, souffler, raccourcir le pas en montant.

Chaque pas est un pas pour Elle.

Et comme je suis croyante, je prie pour Elle, pour qu’elle guérisse. Car je crois aux miracles de la guérison à commencer par ceux qui s’accomplissent quotidiennement et en grand nombre dans nos hôpitaux.

Et vous, croyez-vous au miracle de la guérison ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Samedi 16 avril 2021

Mireille,

Une petite minute de poésie si vous voulez bien.

Car c’est le printemps.

Et malgré les giboulées, nombreuses ces jours-ci, les primevères ont fait leur apparition.

Notre ami Léon aimait ces fleurs qui constellaient la pelouse de son jardin. Nous admirions ensemble leur couleur vive ou pastel et nous réjouissions du retour du printemps avec ce qu’il apporte de régénération dans la nature, et dans nos vies aussi.

Alors parfois, lorsque nous contemplions le fleurissement (qui dans la Bible annonce la venue de Dieu qui sauve du malheur – voir Esaïe 35) depuis la porte-fenêtre de son salon, Léon citait ces quelques vers, qu’il disait être parmi ses préférés de la langue française, extraits du Deuil des Primevères de Francis Jammes :

Peut-être quand je serai mort, un enfant doux

se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée

un jeune homme en chapeau de soleil, qui fumait

sa pipe doucement dans un matin d’été.

Ce jeune homme fumant sa pipe doucement dans un matin d’été, c’était Léon….

Et l’enfant doux, chacun de nous ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Dimanche 4 avril 2021, jour de Pâques.

A vous Mireille,

A vous, lecteurs fidèles de Murmure,

A toi, visiteur de passage sur ce site,                            

j’adresse tous mes vœux de JOYEUSES PÂQUES.

Que chacun, chacune de vous deviennent de plus en plus, et de mieux en mieux, des VIVANTS.

Dans la confiance éperdue en Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.

Et à vous tous, je vous redis, comme le disait Léon à tous ses amis de longue date ou de la dernière heure : merci d’exister ! Formule étonnante, une invention de Léon je pense, que je ne connaissais pas et qui m’a tant étonnée la première fois que je l’ai entendue.

Merci d’exister ! Quand on vous dit cela, vous sentez que vous comptez pour quelqu’un et vous êtes instantanément heureux de vivre. Ou si vous êtes malheureux, vous oubliez un instant votre peine car votre vie a du sens pour quelqu’un au cas où elle n’en aurait plus pour vous.

En ce jour de Pâques, j’ai envie d’adresser un « merci d’exister » à tous ceux et celles que je rencontre, au point de souhaiter que l’expression devienne une formule de politesse comme notre bonjour, au revoir ou adieu.

Remercions notre entourage d’exister, nous changerons le monde.

Belles fêtes de Pâques à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Lundi 29 mars 2021

Mireille,

Une petite minute de théologie si vous voulez bien, en cette veille de Pâques.

Je vous parlais dernièrement de Karl Barth.

Karl Barth (1886-1968) est l’un des grands théologiens chrétiens contemporains. Il fit partie de ceux qui s’opposèrent violemment au nazisme ; il perdit sa chaire de théologie à Bonn et trouva refuge à Bâle en Suisse où il rédigea les 26 volumes (!) de sa magistrale Dogmatique.

C’est à lui que je pense lorsque j’entends parler du « Tout Autre » pour désigner Dieu. Il employa cette formule pour marquer la différence fondamentale entre Dieu et sa créature (nous). Personnellement, je n’emploie jamais cette expression, lui préférant le mot « Dieu » tout simplement.

Karl Barth est aussi celui qui a réinscrit la Trinité à l’agenda des théologiens, dans l’intention de la dépoussiérer, à commencer par le langage utilisé pour la définir. Pour rappel, la Trinité, c’est le principe selon lequel Dieu, qui est unique, est constitué de trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Barth a proposé de renoncer à cette notion de « personne » car dans le sens commun actuel, une « personne » désigne un individu, une personnalité, or Dieu n’est pas fait de trois individualités différentes puisqu’il est unique. Le théologien a alors proposé de remplacer ce terme de « personne » par une formule (très ancienne en fait, datant des premiers chrétiens de Cappadoce) : « manière d’être ». Barth dit en effet que c’est en étant de trois manières différentes et simultanées à la fois, le Père, le Fils et l’ Esprit-Saint, que Dieu est Dieu. Notre Dieu. Car c’est pour nous qu’il est tout ça à la fois.

C’est important la Trinité, sinon on ne comprend rien à ce que racontent les évangiles au moment de la résurrection de Jésus. Car c’est en comprenant Dieu comme ayant différentes manières d’agir (et donc d’être, car Dieu est ce qu’il fait), qu’on peut comprendre qu’il puisse mourir et ressusciter. Mais ça, c’est une autre histoire. Qu’on va vous raconter cette semaine.

Belle semaine sainte à vous, Mireille et à tous les amis lecteurs.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Lundi 22 mars 2021

Mireille,

Vous avez lu j’espère, le dernier billet A CONTRE SENS de Gérard (au sommet !) où il raconte l’arrivée au paradis de Léon. Un moment exceptionnel ! Personnellement, j’ai beaucoup ri….

Je me demande ce que Dominique BLANCHET, le tout nouvel évêque de Créteil dans le Val de Marne, qui avait présidé les obsèques de Léon le 30 décembre dernier, pense de cette célébration céleste.

Pour ma part, j’imagine que Léon a pu enfin rencontrer Jean-Sébastien (BACH) comme il le désirait, et entrer dans sa céleste chorale. Encore que…c’est un théologien protestant (lequel ?) qui disait : « Lorsque les anges jouent pour Dieu, ils jouent du Bach ; lorsqu’ils jouent entre eux, ils jouent du Mozart et Dieu écoute aux portes".

En attendant Léon doit se redire la prière de Rabindranath Tagore, le compositeur, écrivain et philosophe indien, qu’il citait : « que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que Tu puisses emplir de musique ».

Mireille, aimez-vous Mozart ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

PS : c’est Karl BARTH (1886 – 1968) qui serait l’auteur de la citation.

 

* * * * * *

 

Jeudi 18 mars 2021

Mireille,

Je lui avais bien dit à Léon qu’il devait vivre plus longtemps. Au moins jusqu’à ce que j’atteigne l’âge de la retraite pour que je puisse envisager la suite de Murmure tranquillement. Il aurait eu 110 ans (un jeune homme si on compare avec certains patriarches de la Bible qui, comme Abraham, peuvent vivre jusqu’à 175 ans) et moi j’aurais eu du temps.

En plus, je découvre aujourd’hui qu’il a raté l’anniversaire d’un ami, Paul DUPONT qui lui, va avoir 100 ans.

Voici en effet le message que nous a adressé aujourd’hui Pascale, une fidèle lectrice de Murmure.

Bonjour Père
Ok vous êtes dans l'Autre monde depuis Noël mais je tenais à vous dire que le père Paul Dupont, l'un de vos collègues de jeunesse, prêtre venant de Belfort puis moine à Juay Monday (14) où il a été abbé un temps, quittant son abbaye en 68 pour aller à st Germain des prés et travailler en entreprise, ce qu'il a fait à Fichet-bauche tout en animant des réunions de groupes chrétiens. Bref, ce père Paul dont vous étiez surpris d'avoir des nouvelles grâce à votre site où je vous en avais parlé (ignorant que vous le connaissez) prépare la fête de ses 100 ans le 14 mai 2021, alors je voulais vous inviter.
De là où vous êtes maintenant ça sera plus simple de lui souhaiter son anniversaire.
Bonne béatitude et encore merci pour votre travail plein de profondeur et d'humour d'ici bas.
Pascale

Vous noterez que Pascale n’hésite pas à s’adresser à Léon par delà la mort.

Osez-vous en faire autant ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Date de dernière mise à jour : 28/06/2021

 
Les copains de murmure vous souhaitent un agréable été.
 
Les homélies, nouvelles des églises et icône du mois continueront d'être alimentées, le reste des rubriques reprondront à la rentrée.