Dimanche 9 mai 2021

 

Mireille 10 05 21

Mireille,

Une petite minute de poésie, si vous voulez bien. Avec Qohéleth. Oui, encore lui, car Qohéleth est non seulement un sage, mais aussi un poète. On lui reproche parfois ses litanies et un style lourd et répétitif, mais il a livré aussi une description de la vieillesse et de la mort qui est considérée comme l’un des sommets poétiques de la Bible.

Léon aimait ce poème qu’il citait par cœur et de plus en plus souvent à la fin de sa vie.

Ecoutons Qohéleth (12,1-7).

Et souviens-toi de ton Créateur
aux jours de ton adolescence,
avant que ne viennent les mauvais jours
et que n’arrivent les années dont tu diras :
« Je n’y ai aucun plaisir »,

avant que ne s’assombrissent le soleil et la lumière
et la lune et les étoiles,
et que les nuages ne reviennent, puis la pluie,

au jour où tremblent les gardiens de la maison,
où se courbent les hommes vigoureux,
où s’arrêtent celles qui meulent, trop peu nombreuses,
où perdent leur éclat celles qui regardent par la fenêtre,

quand les battants se ferment sur la rue,
tandis que tombe la voix de la meule,
quand on se lève au chant de l’oiseau
et que les vocalises s’éteignent ;

alors, on a peur de la montée,
on a des frayeurs en chemin,
tandis que l’amandier est en fleur,
que la sauterelle s’alourdit
et que le fruit du câprier éclate ;
alors que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité,
et que déjà les pleureuses rôdent dans la rue ;

avant que ne se détache le fil argenté
et que la coupe d’or ne se brise,
que la jarre ne se casse à la fontaine
et qu’à la citerne la poulie ne se brise,

avant que la poussière ne retourne à la terre, selon ce qu’elle était,
et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné.

Magnifique, vous ne trouvez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Source de l’image : Luc ROBIN https://www.protestantismeetimages.com/EXPOSITION-un-temps-pour-tout-a-Paris-2014.html

        Mardi 4 mai 2021

         Mireille

Mireille,

Nourrissons-nous encore de la pensée de Qohéleth si vous voulez bien. Un peu de sagesse en cette période de crise fait du bien.

Le sage nous rappelle que chaque réalité humaine comporte toujours un aspect négatif. C’est ainsi.  En 14 sentences étonnantes, il fait le tour de la condition humaine. Ecoutons-le :

Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel :

Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ;

Un temps pour planter, et un temps pour arracher.

Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire et un temps pour construire.

Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser.

Un temps pour jeter des pierres, et un temps pour les amasser ; un temps pour s’étreindre, et un temps pour s’abstenir.

Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter.

Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler.

Un temps pour aimer, et un temps pour ne pas aimer ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix. (Qo 3,1-8)

Qohéleth est lucide sur la condition humaine qui est éprouvante. Mais il garde confiance en l’homme, en la vie et en Dieu.

Et le sage de conclure : J’ai compris qu’il n’y a rien de bon pour les humains, sinon se réjouir et prendre du bon temps durant leur vie. Bien plus, pour chacun, manger et boire et trouver le bonheur dans son travail, c’est un don de Dieu. (Qo 3,12-13). Avec l’éternité en prime :  Je le sais : tout ce que Dieu fait (son don = le bonheur), à jamais, demeurera.

Que demander de plus ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Samedi 1er mai 2021

Mireille,

Aujourd’hui, 1er mai, c’est la fête du travail.

Alors à vous Mireille et à tous nos amis lecteurs, je souhaite une BONNE FÊTE du TRAVAIL !

Et si vraiment, vous ne travaillez d’aucune manière, sachez que votre situation était courante et enviée à d’autres périodes que la nôtre, dans l’Antiquité romaine par exemple où l’idéal de vie était l’absence totale de travail. A cette époque, c’est l’otium qui constituait un idéal de vie, à savoir un lieu de relations humaines, de conversation, de discussion sur des questions politiques ainsi que la participation à des confréries ou associations, à des travaux de réflexions et d’écriture.

Il y a un petit livre dans la Bible qui évoque le travail. C’est Qohélet (ou l’Ecclésiaste), un livre de sagesse, déconcertant. Vanité des vanités, tout est vanité, c’est dans Qohélet.

Or Qohelet contient un véritable réquisitoire contre le travail qui débute par ce verset : « Je me suis tourné vers toutes les œuvres qu’avaient faites mes mains, et vers le travail auquel j’avais tant travaillé pour les faire et voici : tout est vanité et poursuite du vent » (Qo 2,11). Pour le sage, il ne sert à rien de travailler car ce que l’homme atteint est aussitôt dissipé en fumée. En fait, Qohélet rappelle que le travail n’a aucun sens et aucune valeur par lui-même. Et surtout qu’il n’est ni une valeur, ni une justification pour vivre. « Il n’est pas le Tout de la vie » comme le rappelait judicieusement l’intellectuel protestant Jacques ELLUL en commentant Qohélet, salutaire rappel pour notre société qui survalorise le travail

Dans son réquisitoire, Qohélet développe l’argument selon lequel le travail peut être destructeur pour l’individu si l’investissement dans celui-ci est excessif, ou encore corrupteur lorsqu’il devient source de rivalité ou de conflit. Un des risques étant que le travail déçoive l’individu et que la déception se transforme en haine du travail puis en haine de la vie. Situation courante dans notre société actuelle je trouve.

Mais Qohélet avance un contrepoint à ce réquisitoire, un vrai changement de perspective : Tout travail est vanité, poursuite du vent et pourtant il faut le faire, non par nécessité mais parce que c’est un don de Dieu ! (Qo 3,10).  « Tout ce que ta main trouve à faire, avec la force que tu as, fais-le », dit le sage (9,10) et plus imagé : « Envoie ton pain sur la face des eaux, car dans le nombre des jours, tu le retrouveras […]. »

Dis autrement, le travail est un don de Dieu, que nous devons accomplir sans trop nous soucier du résultat et de notre efficacité (si recherchée dans les organisations actuelles).

Intéressant, vous ne trouvez pas ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Samedi 24 avril 2021

Mireille,

Je fais régulièrement de la marche, de la marche nordique pour être précise, c’est-à-dire de la marche rapide avec des bâtons.

En ce moment, je marche, non plus avec « Elle » mais pour « Elle ».

« Elle », c’est ma monitrice de marche des mardis soirs. Qui n’est pas revenue au club alors que l’activité pouvait enfin reprendre avec le recul du couvre-feu à 19h. J’ai été très déçue de ne pas la retrouver lors de la reprise. Car sa gentillesse, sa vitalité, ses compétences d’encadrante sportive m’ont manqué pendant le confinement alors que je marchais le plus souvent seule.

J’ai vite réprimé mon égoïsme quand j’ai appris le motif de son absence : la maladie. Pas la Covid mais un double cancer touchant deux organes vitaux à la fois ! Ma jeune monitrice, maman d’un petit garçon, va maintenant subir deux interventions chirurgicales successives dans deux CHU différents, le premier ne pouvant tout assumer.

« Elle », nous a adressé un mail pour nous informer par elle-même de sa maladie. Elle ne veut pas qu’on soit triste - là, elle m’en demande un peu trop - et elle veut qu’on continue à marcher en mettant en application ses recommandations.

Alors comme elle nous a demandé de le faire, tous les mardis soirs en montant le Rosemont, je mets un pas devant l’autre, en m’appliquant et en faisant comme elle nous le recommandait : dérouler toute la plante du pied, du talon aux orteils, serrer les bâtons, en poussant pour se propulser en avant, souffler, raccourcir le pas en montant.

Chaque pas est un pas pour Elle.

Et comme je suis croyante, je prie pour Elle, pour qu’elle guérisse. Car je crois aux miracles de la guérison à commencer par ceux qui s’accomplissent quotidiennement et en grand nombre dans nos hôpitaux.

Et vous, croyez-vous au miracle de la guérison ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Samedi 16 avril 2021

Mireille,

Une petite minute de poésie si vous voulez bien.

Car c’est le printemps.

Et malgré les giboulées, nombreuses ces jours-ci, les primevères ont fait leur apparition.

Notre ami Léon aimait ces fleurs qui constellaient la pelouse de son jardin. Nous admirions ensemble leur couleur vive ou pastel et nous réjouissions du retour du printemps avec ce qu’il apporte de régénération dans la nature, et dans nos vies aussi.

Alors parfois, lorsque nous contemplions le fleurissement (qui dans la Bible annonce la venue de Dieu qui sauve du malheur – voir Esaïe 35) depuis la porte-fenêtre de son salon, Léon citait ces quelques vers, qu’il disait être parmi ses préférés de la langue française, extraits du Deuil des Primevères de Francis Jammes :

Peut-être quand je serai mort, un enfant doux

se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée

un jeune homme en chapeau de soleil, qui fumait

sa pipe doucement dans un matin d’été.

Ce jeune homme fumant sa pipe doucement dans un matin d’été, c’était Léon….

Et l’enfant doux, chacun de nous ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Dimanche 4 avril 2021, jour de Pâques.

A vous Mireille,

A vous, lecteurs fidèles de Murmure,

A toi, visiteur de passage sur ce site,                            

j’adresse tous mes vœux de JOYEUSES PÂQUES.

Que chacun, chacune de vous deviennent de plus en plus, et de mieux en mieux, des VIVANTS.

Dans la confiance éperdue en Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.

Et à vous tous, je vous redis, comme le disait Léon à tous ses amis de longue date ou de la dernière heure : merci d’exister ! Formule étonnante, une invention de Léon je pense, que je ne connaissais pas et qui m’a tant étonnée la première fois que je l’ai entendue.

Merci d’exister ! Quand on vous dit cela, vous sentez que vous comptez pour quelqu’un et vous êtes instantanément heureux de vivre. Ou si vous êtes malheureux, vous oubliez un instant votre peine car votre vie a du sens pour quelqu’un au cas où elle n’en aurait plus pour vous.

En ce jour de Pâques, j’ai envie d’adresser un « merci d’exister » à tous ceux et celles que je rencontre, au point de souhaiter que l’expression devienne une formule de politesse comme notre bonjour, au revoir ou adieu.

Remercions notre entourage d’exister, nous changerons le monde.

Belles fêtes de Pâques à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Lundi 29 mars 2021

Mireille,

Une petite minute de théologie si vous voulez bien, en cette veille de Pâques.

Je vous parlais dernièrement de Karl Barth.

Karl Barth (1886-1968) est l’un des grands théologiens chrétiens contemporains. Il fit partie de ceux qui s’opposèrent violemment au nazisme ; il perdit sa chaire de théologie à Bonn et trouva refuge à Bâle en Suisse où il rédigea les 26 volumes (!) de sa magistrale Dogmatique.

C’est à lui que je pense lorsque j’entends parler du « Tout Autre » pour désigner Dieu. Il employa cette formule pour marquer la différence fondamentale entre Dieu et sa créature (nous). Personnellement, je n’emploie jamais cette expression, lui préférant le mot « Dieu » tout simplement.

Karl Barth est aussi celui qui a réinscrit la Trinité à l’agenda des théologiens, dans l’intention de la dépoussiérer, à commencer par le langage utilisé pour la définir. Pour rappel, la Trinité, c’est le principe selon lequel Dieu, qui est unique, est constitué de trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Barth a proposé de renoncer à cette notion de « personne » car dans le sens commun actuel, une « personne » désigne un individu, une personnalité, or Dieu n’est pas fait de trois individualités différentes puisqu’il est unique. Le théologien a alors proposé de remplacer ce terme de « personne » par une formule (très ancienne en fait, datant des premiers chrétiens de Cappadoce) : « manière d’être ». Barth dit en effet que c’est en étant de trois manières différentes et simultanées à la fois, le Père, le Fils et l’ Esprit-Saint, que Dieu est Dieu. Notre Dieu. Car c’est pour nous qu’il est tout ça à la fois.

C’est important la Trinité, sinon on ne comprend rien à ce que racontent les évangiles au moment de la résurrection de Jésus. Car c’est en comprenant Dieu comme ayant différentes manières d’agir (et donc d’être, car Dieu est ce qu’il fait), qu’on peut comprendre qu’il puisse mourir et ressusciter. Mais ça, c’est une autre histoire. Qu’on va vous raconter cette semaine.

Belle semaine sainte à vous, Mireille et à tous les amis lecteurs.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Lundi 22 mars 2021

Mireille,

Vous avez lu j’espère, le dernier billet A CONTRE SENS de Gérard (au sommet !) où il raconte l’arrivée au paradis de Léon. Un moment exceptionnel ! Personnellement, j’ai beaucoup ri….

Je me demande ce que Dominique BLANCHET, le tout nouvel évêque de Créteil dans le Val de Marne, qui avait présidé les obsèques de Léon le 30 décembre dernier, pense de cette célébration céleste.

Pour ma part, j’imagine que Léon a pu enfin rencontrer Jean-Sébastien (BACH) comme il le désirait, et entrer dans sa céleste chorale. Encore que…c’est un théologien protestant (lequel ?) qui disait : « Lorsque les anges jouent pour Dieu, ils jouent du Bach ; lorsqu’ils jouent entre eux, ils jouent du Mozart et Dieu écoute aux portes".

En attendant Léon doit se redire la prière de Rabindranath Tagore, le compositeur, écrivain et philosophe indien, qu’il citait : « que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que Tu puisses emplir de musique ».

Mireille, aimez-vous Mozart ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

PS : c’est Karl BARTH (1886 – 1968) qui serait l’auteur de la citation.

 

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Jeudi 18 mars 2021

Mireille,

Je lui avais bien dit à Léon qu’il devait vivre plus longtemps. Au moins jusqu’à ce que j’atteigne l’âge de la retraite pour que je puisse envisager la suite de Murmure tranquillement. Il aurait eu 110 ans (un jeune homme si on compare avec certains patriarches de la Bible qui, comme Abraham, peuvent vivre jusqu’à 175 ans) et moi j’aurais eu du temps.

En plus, je découvre aujourd’hui qu’il a raté l’anniversaire d’un ami, Paul DUPONT qui lui, va avoir 100 ans.

Voici en effet le message que nous a adressé aujourd’hui Pascale, une fidèle lectrice de Murmure.

Bonjour Père
Ok vous êtes dans l'Autre monde depuis Noël mais je tenais à vous dire que le père Paul Dupont, l'un de vos collègues de jeunesse, prêtre venant de Belfort puis moine à Juay Monday (14) où il a été abbé un temps, quittant son abbaye en 68 pour aller à st Germain des prés et travailler en entreprise, ce qu'il a fait à Fichet-bauche tout en animant des réunions de groupes chrétiens. Bref, ce père Paul dont vous étiez surpris d'avoir des nouvelles grâce à votre site où je vous en avais parlé (ignorant que vous le connaissez) prépare la fête de ses 100 ans le 14 mai 2021, alors je voulais vous inviter.
De là où vous êtes maintenant ça sera plus simple de lui souhaiter son anniversaire.
Bonne béatitude et encore merci pour votre travail plein de profondeur et d'humour d'ici bas.
Pascale

Vous noterez que Pascale n’hésite pas à s’adresser à Léon par delà la mort.

Osez-vous en faire autant ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

Date de dernière mise à jour : 10/05/2021