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DIMANCHE 26 MAI 2024

HOMELIE DE VENUSTE 

Fête de la Trinité

 

Deutéronome 4, 32… 40 : le Dieu d’Israël s’est fait connaître dans l’Histoire, il n’est pas une vue de l’esprit, il n’est pas le fruit de cogitations ni de soliloques, on ne le trouve pas de façon rationnelle. Dieu se révèle à travers des gestes, des contacts ; il communique avec l’homme, il se communique à lui. C’est un Père plein d’attentions. De mémoire d’homme, « est-il arrivé quelque chose d’aussi grand… ? »

Romains 8, 14-17 : un court texte où les 3 Personnes divines sont présentes. Dieu n’est pas défini en termes de pouvoir (ou d’énergie) devant lequel on serait esclave, mais en termes d’amour : le chrétien est déjà plongé dans l’intimité trinitaire ; il appelle le Père par un nom de tendresse, Abba (littéralement « petit papa chéri »), que lui inspire l’Esprit Saint, il est cohéritier du Fils, il est habité par l’Esprit Saint.

Matthieu 28, 16-20 : Jésus envoie les disciples baptiser, c’est-à-dire donner la filiation à tous les hommes de toutes les nations. C’est son pouvoir qu’il transmet ainsi. L’universalité de ce don est souligné par la répétition : tout pouvoir… toutes les nations… tous les commandements… tous les jours…

La Trinité ? Nous n’avons pas d’idée satisfaisante là-dessus pour notre esprit cartésien. Mais nous savons que, avec la résurrection, c’est l’originalité, la spécificité du christianisme. La dimension trinitaire est l'âme même du culte chrétien ; c’est le dogme central de notre foi.

La révélation de la Trinité a pris du temps selon la pédagogie divine. Qui donc est Dieu ? C’est la question que l’humanité se pose depuis le premier jour. Il faut laisser Dieu nous « souffler » lui-même la réponse... Nul ne peut connaître Dieu si Dieu ne se révèle pas lui-même. La Trinité : l’aboutissement de la Révélation en Jésus Christ. Il a fallu toute la durée de l’Ancien Testament pour se libérer du polythéisme (les Olympes surchargés) et croire en un Dieu unique (monothéisme pur). Une étape intermédiaire fut celle de l’hénothéisme : on professait un seul Dieu d’Israël, mais on concevait que les autres peuples avaient leurs dieux. C’est pendant l’Exil à Babylone, semble-t-il, qu’Israël découvrit que Dieu est le Dieu unique de tout l’univers. La découverte du mystère de la Trinité sera la dernière étape de la révélation de Dieu à son peuple. Il était impossible pour l’homme d’entendre, en une fois, le double message : Dieu est UN et il est en trois Personnes. La première étape de la pédagogie de Dieu a donc été de se révéler d’abord comme le Dieu Unique (et c’est l’objet de l’Ancien Testament) ; la deuxième étape sera l’objet du Nouveau Testament : ce Dieu UN n’est pas solitaire, il est une communion d’amour entre trois Personnes. Ces trois personnes distinctes sont d'une seule nature : divine. Cette Trinité se définit aussi par les relations entre elles : relation entre Père et Fils, entre Esprit et Père, entre Fils et Esprit. Il a fallu à l'Eglise quatre siècles pour aboutir à la conception trinitaire telle que nous la connaissons aujourd'hui. Dieu se révèle progressivement à travers son histoire avec son peuple. Comme toute histoire d’amour : c’est progressivement que les amis se découvrent, apprennent à s’aimer et mieux se connaître.

Il a fallu des siècles également pour que la liturgie chrétienne intègre la fête de la Trinité. Au départ, l’Eglise n’éprouvait pas le besoin de consacrer un dimanche à la Trinité, puisque chaque dimanche et chaque liturgie sont trinitaires. A une époque où l’on avait un peu oublié que chaque messe (sa prière eucharistique en particulier) était une prière au Père par son Fils dans son Esprit, s’imposa une fête de la Trinité. Elle se répandit à partir de 1030 et le pape Jean XXII va l’imposer à tout l’Occident en 1334 après 5 siècles qu’elle n’était qu’une messe votive. On ne sait pourquoi elle fut placée au dimanche suivant la Pentecôte.

On n’est pas à l’aise avec le mot « trinité » qui ne se trouve nulle part dans la Bible, même pas dans le Nouveau Testament. Comment est-ce que l’Eglise est arrivée à parler de Trinité ? A la suite de Jésus bien sûr qui parlait de « mon Père » (non de façon dogmatique) de façon privilégiée en s’en faisant l’égal, une « énormité » pour ses auditeurs juifs qui en feront un des motifs de sa condamnation (ils l’ont donc bien compris sans l’accepter) ; il parlait aussi de l’Esprit qu’il donna à ses disciples le jour de la résurrection. La « définition » du dogme se fera à partir de l’usage liturgique, à partir de deux usages en particulier : l’Eglise baptise au nom de la Trinité et la prière chrétienne est trinitaire par définition.

Nous venons de l’entendre dans l’évangile de cette liturgie, Jésus envoie ses disciples par le monde entier, baptiser tous ceux qui croiront. C’est ce qu’ils vont faire à partir du jour de la Pentecôte déjà. Jésus avait donné la formule du baptême : « baptisez-les au nom [un singulier] du Père, et du Fils et du Saint Esprit ». Les apôtres et les premiers chrétiens ne répétaient pas la formule tout bêtement. D’après les textes qui nous sont parvenus, les premiers chrétiens faisaient bien la différence entre les 3 Personnes et ils avaient compris que les trois ont une « égale dignité » : il n’y a pas un qui serait supérieur aux 2 autres, ni supérieur, ni inférieur, ni antérieur. Ils vont utiliser la formule du baptême, avec la conscience nette que le Père n’est pas le Fils, que le Fils n’est pas le Saint Esprit, que le Saint Esprit n’est pas le Père ; que les trois ne sont pas des appellations floues mais bien des Personnes ; tout en gardant la foi de leurs pères en un Dieu unique (il ne s’agit pas de trithéisme). Ils avaient l’idée juste de la Trinité sans utiliser le mot, sans avoir les formules qui seront « définies » par les conciles, spécialement le concile de Nicée (en 325) et le concile de Constantinople (en 381) qui vont « bétonner » le Credo chrétien que les baptisés de toutes les Eglises (pas seulement catholiques) récitent tous les dimanches dans leur liturgie. L’usage veut, depuis l’époque des apôtres, que celui qui va être baptisé, professe d’abord la foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint, afin de donner la preuve que sa foi est « orthodoxe », c.-à-d. ne connaît pas de déviation par rapport à la tradition apostolique. Cet usage deviendra une norme surtout au moment où les hérésies vont se développer à propos du Fils, l’Homme-Dieu, ce qui explique le fait que dans le Credo, aussi bien que dans le « Symbole des Apôtres », la partie qui concerne le Fils est beaucoup plus développée. Paradoxalement, ce sont les hérésies qui ont amené l’Eglise à trouver des formules précises de la doctrine de la Trinité.

En plus de la célébration du baptême, nous avons également la célébration eucharistique qui est trinitaire, à toutes les étapes de la liturgie. A commencer par le signe de croix : c’est la plus courte des professions de foi en la Trinité, mais déjà toute une théologie. Il y a la salutation, empruntée à St Paul, qui nomme les trois Personnes divines. Les oraisons, comme toute prière chrétienne, sont trinitaires : toutes les prières, surtout la « collecte » sont adressées au Père (sauf quand on veut mettre en relief le rôle du Fils ou de l’Esprit Saint dans notre salut), par le Fils et dans l’Esprit Saint. Il y a le Gloria qui, comme le Credo, a une structure trinitaire. Il y a la prière eucharistique : unis au Fils, nous offrons au Père, le pain et le vin qui deviennent Corps et Sang du Christ par l’action du Saint Esprit le Sanctificateur (l’épiclèse demande que l’Esprit vienne sanctifier le pain et le vin ; ce n’est donc pas, comme on le disait dans le temps, le prêtre qui consacre et fait descendre le Christ sur le pain et le vin : « sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit, qu’elles deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur » ; le prêtre tient la place de Jésus, mais c’est l’Esprit qui descend sur les offrandes pour les sanctifier). Et puis il y a une épiclèse sur l’assemblée. Il y a la « doxologie » qui termine la partie eucharistique proprement dite : « par lui (le Fils) avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit… » Et enfin la bénédiction.

Nous croyons que notre Dieu n’est pas un dieu solitaire. Le Christ nous l’a révélé Amour. Or qui dit amour, dit échange, réciprocité, dialogue, communion, communauté d’amour. Un seul Dieu, trois Personnes : ce n’est pas de l’arithmétique, c’est notre foi. De même qu’il ne fut pas un temps où Dieu n’était pas (puisque éternel), de même il ne fut pas un temps où il ne fut pas amour-communion. Ce n’est pas non plus tout un panthéon : Dieu est un, unique, dans la Trinité des Personnes divines.

Est-ce qu’on peut saisir la Trinité par le raisonnement, par la logique ? Est-ce qu’on peut « connaître » une personne avec la raison ? Un portrait-robot peut-être, mais pas le cœur de la personne. Connaître une personne, ce ne peut être qu’en l’aimant. De même pour Dieu. Il faut une relation, une communication, une fréquentation : il faut « se brancher » pour qu’il y ait un flux et un reflux, de sentiments et de vie. Si Dieu est un mystère (l’homme est déjà mystère pour lui-même), pour le comprendre, nous sommes invités à y prendre part, puisque plongés en Lui par le baptême ; nous sommes invités à entrer dans cette histoire de découvertes et d’alliances progressives, les unes après les autres et toujours plus profondes. D’où la nécessité de la prière. Dieu « trine » n’est pas une équation à trois inconnues. Dieu on le prie, même si la trinité est un langage théologique, qui n’incite pas nécessairement à la prière. C’est dans le culte qu’on récolte la foi, pas en bibliothèque. On prie volontiers le Père, on sait s’adresser au Fils également comme Dieu. Il faudrait apprendre à s’adresser à l’Esprit Saint comme Dieu, à l’école de l’Eglise primitive.

C’est un bel exercice que nous pouvons faire dans notre prière privée : nous adresser alternativement à chaque Personne divine. Résultat : on remarque que ce ne sont pas des idées, mais bien des Personnes, qui aiment et veulent être aimées. Dieu notre Père, Dieu notre Frère, Dieu notre Amour. Résultat : nous nous sentons en famille, lieu d’amour par excellence, lieu du donner et du recevoir. Osons l’amour, osons aimer Dieu. Aujourd’hui, essayons de prier de façon attentive à ces différents moments de la liturgie, conscients que nous parlons aux 3 Personnes de la Trinité.

Amen

Vénuste

 

DIMANCHE 19 MAI 2024

HOMELIE DE VENUSTE 

Ça a fait du bruit !

Actes 2, 1-11 : le grand événement de la Pentecôte qui va tout changer, non seulement dans la vie des apôtres, mais dans toute l’histoire de l’humanité. « … ça a fait du bruit, ça a chauffé, ça a causé ! » « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint, ils se mirent à parler… nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu ». Depuis lors ça n’arrête pas, puisqu’ici aujourd’hui, nous proclamons dans notre langue les merveilles de Dieu. Ce ne fut pas un feu de paille puisqu’il continue d’embraser l’univers entier.

Galates 5, 16-25 : pour Paul, l’homme ne peut vivre que de 2 façons. Soit il vit selon la chair (le mot signifie la faiblesse humaine, sa mortalité, quelques fois le dérèglement sexuel, mais surtout l’opposition à Dieu) et les œuvres de la chair conduisent à la mort. Soit il vit selon l’Esprit et les œuvres de l’Esprit sont les œuvres de Dieu, des œuvres de vie.

Jean 15, 26-27 ; 16, 12-15 : le Défenseur est venu rendre témoignage à Jésus et conduire les chrétiens à rendre témoignage eux aussi. Lui, l’Esprit de vérité, il nous guide vers la vérité tout entière. La Pentecôte ne se répète pas, elle continue.

Pentecôte - du grec : pentecostè, cinquante - le cinquantième jour (7x7+1) après Pâques, était, chez les Juifs, avec la Pâque et la fête des Tentes, une des trois grandes fêtes de pèlerinage. Une fête de la récolte du blé : à cette occasion, on venait offrir une gerbe de la nouvelle récolte, c’était donc la fête de la moisson, de l’abondance, et on remerciait le Ciel d’avoir donné la récolte de l’année dont on offrait les prémices. Plus tard la fête est devenue une commémoration de l’Alliance du Sinaï. La fête explique la grande affluence à Jérusalem de beaucoup de pèlerins : « des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel », des pèlerins qui parlaient toutes sortes de langues ; ce qui devait être une tour de Babel sera le miracle de la langue de l’Esprit : tout le monde entend les apôtres annoncer Jésus Christ et proclamer les merveilles de Dieu chacun dans sa langue maternelle.

Mais, alors que Pâques et Pentecôte n’avaient pas de rapport direct dans le culte juif, la liturgie chrétienne les a unies. Pendant les premiers siècles du christianisme, on n’a jamais considéré le jour de la Pentecôte comme une fête à part, mais comme le dernier jour de la grande fête de Pâques qui dure 50 jours. Le lien entre Pâques et Pentecôte est mis en évidence par l’évangéliste St Jean : pour lui, Pâques, Ascension, Pentecôte, tout cela se passe le jour même de la résurrection : « il souffla sur eux et leur dit : « recevez l’Esprit Saint… » Les cinquante jours n’en sont qu’un et ce jour de Dieu ne s’arrête plus.

Tout le temps pascal est le temps fort de l’Esprit. Nous avons passé ces 50 jours de Pâques (on ne dit plus « après » Pâques) à lire les Actes des Apôtres dans nos liturgies les dimanches et les jours de semaine. Toute personne qui a prêté attention à cette espèce de chronique des débuts de l’Eglise, a bien compris que le même Esprit de force et de puissance qui a conduit Jésus, est le même qui a conduit les Apôtres avec la même puissance et la même force. C’est ainsi que l’Eglise a pu naître et se développer très rapidement : c’est parce qu’ils étaient remplis de l’Esprit Saint. L’événement de la Pentecôte ne peut donc être séparé de l’événement de la Pâque : le don de l’Esprit aux apôtres est manifesté au début et à la fin des cinquante jours. La Pentecôte n’ajoute rien à Pâques, elle n’en est pas indépendante : la Pentecôte accomplit le mystère pascal, en ravivant le don de l’Esprit. C’est le déploiement au niveau planétaire de ce que Pâques nous a apporté. C’est la moisson abondante cueillie sur l’arbre de la croix. C’est l’Eglise qui sort à la rencontre de l’histoire et de l’humanité. C’est le don répandu sur l’univers. Aujourd’hui nous continuons à accueillir le temps de la Pentecôte qui se poursuit de dimanche à dimanche.

Mais l’Esprit Saint est le grand inconnu. Difficile de dire qui il est, on peut tout au plus décrire ses actes et ses « dons ». Le Christ lui-même parle de lui en nous prévenant de ce qu’il va faire pour nous et en nous. On peut dire ce qu’il nous rend capables de faire, et même ce que nous ne pouvons pas faire (être) sans lui. Il était présent en force et puissance dans la vie et l’œuvre de Jésus, il est présent de la même façon dans la vie de l’Eglise. On dit souvent que le livre des Actes des Apôtres est l’Evangile de l’Esprit : il fait le récit de ce que l’Esprit a accompli comme œuvre dans la vie et l’œuvre des apôtres, pour faire naître l’Eglise, la répandre aux quatre coins du monde et la fortifier. Descendre, fondre, venir, se poser, pénétrer, remplir, se répandre… ce sont là les verbes qui expriment l’action de l’Esprit dans le cœur de chaque chrétien et dans la vie de l’Eglise entière. Le résultat, c’est de connaître (selon l’extrait de l’évangile d’aujourd’hui), d’être dans la vérité toute entière, pas pour satisfaire une certaine curiosité intellectuelle, c'est pour témoigner avec l’Esprit (la 1ère lecture donne l’expression « proclamer les merveilles de Dieu ») de sorte que tout un chacun comprend dans sa langue maternelle.

Sa première manifestation très remarquée est la Pentecôte. Irruption explosive de l’Esprit dans la vie des apôtres. Quelque chose de fort se passe, « soudain », qui transforme ces gens peureux en témoins intrépides. Dès ce moment, l’évangile n’est plus enfermé derrière les portes verrouillées d’un refuge, il n’appartient plus à un groupuscule d’initiés apeurés : l’Esprit les projette littéralement sur la place publique pour que tous les peuples puissent entendre la Parole de Dieu et que la diversité des langues ne fasse plus obstacle à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Quelque chose de fort s’est passé : plus rien ne les fera taire, plus rien ne les arrêtera, les voilà qui parlent avec audace et assurance.

Quelque chose s’est bien passé, peut-être pas « soudain » en un coup de vent, peut-être au cours d’une lente évolution, une lente maturation, en tout cas une expérience forte qui signa la naissance de l’Eglise missionnaire. Luc décrit cela comme un événement au cours duquel la Loi est remplacée par l’Esprit hôte des coeurs, la loi n’est plus inscrite sur la pierre, elle est cette flamme d’amour qui se divise et se pose sur chaque apôtre : Luc met en scène un bruit venant du ciel, comme un violent coup de vent, une sorte de feu, et des langues. Ce sont là des images traditionnelles (de théophanie = manifestation divine), comme justement au mont Sinaï (Exode 19) lors du don de l’Alliance (de la Loi) que les Juifs célébraient 50 jours après la Pâque. Dieu se manifeste souvent dans le vent, dans la fumée ou la nuée, dans des sons puissants. L’auteur des Actes des Apôtres a voulu placer au début de la Nouvelle Alliance, quelque chose d’aussi fort qu’au Sinaï lors de la 1ère Alliance. Quelqu’un disait qu’en ce jour de la Pentecôte, « ça a fait du bruit, ça a chauffé, ça a causé ! » C’est l’Esprit qui descend en surabondance. Les fruits de la nouvelle moisson, c’est une joie enivrante. Imaginez les disciples qui sortent du lieu où ils se cachaient, qui font irruption dans le temple un peu en trouble-fête ; on les prend pour des soûlards, mais on est surpris de les comprendre peu importe la langue maternelle, ils n’ont pas besoin de traduction simultanée : ils parlent la langue de l’amour, autre chose que la tour de Babel. Depuis lors, ce sont des hommes nouveaux qui vont parcourir toute la terre en convertissant des foules. C’est l’Esprit qui opère en eux, qui est à l’œuvre dans la diversité des charismes.

La Pentecôte devrait être permanente dans l’Eglise, aujourd’hui aussi. Difficile à vivre, car nous n’avons pas prise sur l’Esprit Saint. Aussi l’oublions-nous pour le remplacer par le culte des saints (et du pape). Nous retombons dans ce que le Christ voulait nous éviter ! Prenez une fois votre missel : les fêtes des saints vont toujours en augmentant, la Sainte Vierge en a 25 ! Alors que l’Esprit Saint n’a que le jour de la Pentecôte ! Par contre, lisez le livre des Actes des Apôtres pour voir combien l’Esprit Saint était vraiment le « Paraclet », c.à.d. celui qu’on appelle à l’aide, celui qui prête assistance pour les grandes et les petites choses. L’apôtre se sent « poussé » par l’Esprit, « porté » par lui, animé, inspiré, guidé. Il n’y a pas une prière qui ne soit une prière de l’Esprit, car nous ne savons pas prier, c’est l’Esprit qui nous vient en aide pour nous inspirer une vraie prière chrétienne. L’apôtre ne prêche pas sans que ce soit dans l’Esprit, car nul ne peut dire « le Christ est Seigneur », si ce n’est par l’Esprit. Il n’y a pas une réunion qui se fait sinon dans l’Esprit, car depuis l’Ascension, c’est lui qui est le chef de la communauté (Eglise), le chef des opérations. Le chrétien, comme l’Eglise entière, vit de l’Esprit. Dieu que les religions aiment placer « au plus haut des cieux » où elles le maintiennent transcendant, inaccessible, est désormais plus que proche puisqu’il est le Dieu en nous, il habite chacun et agit en nous tant qu’on est docile à son action. Il n’y a donc plus de distance entre Dieu et nous.

Alors qu’avons-nous fait de l’Esprit Saint, reçu à profusion au baptême et à la confirmation. Il faut se rappeler que Jésus lui-même était « poussé » par l’Esprit en tout ce qu’il faisait. Il ne s’agit pas de passivité, quand nous disons qu’il faut se laisser conduire par l’Esprit : St Paul utilise (2ème lecture) les expressions « marcher dans l’Esprit », « se laisser conduire par l’Esprit », « suivre l’Esprit » dans ce combat sans merci contre la chair et le péché pour nous en libérer. Essayons de laisser l’Esprit Saint agir en nous, d’être attentifs à sa voix (à son souffle), de le laisser nous pousser à prier, à méditer la Parole, à exercer la charité. Les merveilles de Dieu qu’il nous faut proclamer, ce ne sont pas des anecdotes que nous entendons des autres, c’est l’expérience spirituelle, le cheminement spirituel de chacun, l’œuvre de l’Esprit en notre cœur et en notre communauté. S’il n’y a pas de chemin parcouru, c’est que nous nous sommes déconnectés de l’Esprit. Si nous ne sommes pas poussés à l’action et à l’engagement, c’est que nous nous refusons à être portés par l’Esprit. Si nous ne savons pas prier ou si nous ne prions qu’avec les mots des autres, c’est que nous ne nous laissons pas inspirer par l’Esprit. Laissons-le nous habiter, éduquer notre foi, nous porter dans le quotidien. De grâce, disait st Paul, n’éteignez pas l’Esprit, car alors on se remet sous l’emprise de la chair… et c’est la mort spirituelle assurée.

Viens Esprit d’amour, de paix, de joie, d’unité, de vie ; Esprit de Jésus, Esprit de Dieu, viens ! 

Amen

Vénuste

 

DIMANCHE 12 MAI 2024

HOMELIE DE VENUSTE

Son commandement, c'est l'amour !

Actes 10, 25… 48: « la Pentecôte des païens ». Pierre est conduit par Dieu chez les païens ; lui qui est juif, il brise un tabou, il entre dans leur maison sans avoir peur de contracter l’impureté ; il a la surprise de voir l’Esprit Saint se répandre sur la famille de Corneille, comme à la Pentecôte, « tout comme à nous ». C’est la 1ère annonce auprès des non-Juifs. Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. Dieu veut l’Eglise universelle, catholique.

1 Jean 4, 7-10 : « l’amour vient de Dieu… Dieu est amour. » Aimer, c’est ressembler à Dieu, c’est connaître Dieu et être son enfant. Dès lors, il faut aimer comme Dieu.

Jean 15, 9-17 : même enseignement que l’épître. L’amour a force de loi au même titre que le Décalogue. Ce n’est pas une option. Cependant, nous n’y obéissons pas comme des serviteurs, mais comme des amis. Le Christ s’étend sur ce précepte la veille de sa mort, ce qui en fait un testament.

Pendant le temps pascal, nous avons lu l’évangile selon St Jean, dans sa partie qu’on appelle « le discours d’adieu » ; c’est pour cela que l’extrait lu commençait par les mots (ajoutés dans la lecture liturgique) : « à l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père » (le mot « pâque » signifie « passage »). C’est donc un testament (spirituel), ce sont « les dernières volontés » du condamné à mort qu’était Jésus, les dernières recommandations, maintenant que les disciples vont être privés de sa présence physique et que ce sont eux qui vont désormais porter la Bonne Nouvelle : Jésus dit l’essentiel de son message. Il parle de l’amour : l’amour du Père pour lui, cet amour qu’il déverse en abondance sur les siens, cet amour que ceux-ci doivent avoir pour le Père et entre eux, un amour en vérité et en actes. Quelques exégètes ne sont pas d’accord qu’on parle de testament dans le cas de Jésus parce qu’il est toujours vivant (le testament c’est dans le chef de celui qui va mourir et disparaître définitivement).

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour… » L’extrait de dimanche dernier nous a déjà introduit dans ce concept de « demeurer », comme les sarments qui doivent rester sur la vigne sous peine de mourir et de sécher, demeurer étant la condition sine qua non pour qu’ils ne dépérissent pas et qu’ils portent des fruits en quantité et en qualité (fécondité spirituelle, efficacité apostolique, pastorale). L’extrait d’aujourd’hui explique l’image de la vigne, nous comprenons que la sève, c’est l’amour, la vie féconde que Jésus fait circuler dans les sarments que nous sommes. Remarquons encore, dans cet extrait, la fréquence du mot « demeurer », et cette fois-ci jumelé aux termes « amour », « aimer », « ami » (22 fois dans cet extrait !).

« Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Deux choses sont à souligner dans cette phrase : Jésus fait de l’amour un commandement, un commandement bien à lui (« mon ») et il y a le « comme » qui spécifie l’amour typiquement chrétien pour bien montrer qu’il doit aller plus loin que l’amour humain jusqu’à la mesure de l’amour divin (la mesure ? St Bernard disait que la mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure). Essayons de comprendre ces deux choses.

Est-ce qu’on peut faire de l’amour un commandement ? L’amour est par essence libre et spontané, sans contrainte aucune (le commandement oblige). On dirait qu’il est instinctif, naturel. Oui, c’est vrai, l’amour ne souffre d’aucune contrainte extérieure. Mais l’amour peut se forcer, en ce sens qu’il comporte un effort de volonté, un engagement à la fidélité, un acte de foi, du moins l’amour que nous demande Jésus. Il y a des gens aimables, sympas : c’est instinctivement qu’on les aime. Il est tout à fait naturel d’avoir un sentiment fort pour un bienfaiteur, par reconnaissance. C’est tout autre chose que d’aimer quelqu’un de pas du tout aimable, de désagréable, insupportable, sans manières : on se demande pourquoi il faudrait l’aimer, instinctivement on l’évite, même si on n’a pas de haine contre lui, il y a répulsion naturelle. De même quelqu’un qui vous a fait du tort, un ennemi : on ne peut même pas le supporter, on prend ses distances, on détourne le regard. Eh bien, le Christ nous dit qu’il faut aimer même celui-là qui a tout, qui fait tout pour qu’on le haïsse ou du moins qu’on l’évite, ne fût-ce que pour ne pas envenimer la situation. Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maudissent, nous dit le Maître. Ne les évitez pas, allez vers eux, même si vous êtes la victime de leurs torts, faites le premier pas vers la réconciliation et la pleine entente, pour faire la paix et construire une nouvelle relation forte… d’amour.

Et c’est là que nous comprenons le « comme » : c’est la mesure de l’amour qui nous est commandé. D’ordinaire, nous avons l’habitude de nous présenter comme la mesure de toute chose, nous disons (et l’Ancien Testament ne fait pas mieux) qu’il faut aimer le prochain comme on s’aime soi-même… c’est un réel exploit d’arriver à s’aimer soi-même et à aimer l’autre comme on s’aime (on a toujours tendance à vouloir ajouter « en vérité » : s’aimer et aimer vraiment). Le Seigneur nous demande d’aimer comme il nous a aimés. Et il nous met dans la confidence (puisque nous ne sommes plus serviteurs et qu’entre amis, on ne se cache plus rien) en nous révélant qu’il nous aime comme il est aimé lui-même par le Père. Il demeure dans cet amour, il nous introduit dans cette intimité. Il nous plonge dans cet océan d’amour pour en être pleinement imprégnés afin de le vivre avec les autres. Comme je vous ai aimés. S’il nous le demande, il sait que nous en sommes capables, il ne doute pas de nous, ne doutons pas de nous-mêmes !

« Comme je vous ai aimés. » En fait nous avions tout, nous avons tout fait pour ne pas être aimables par Dieu. Mais Dieu n’a pas épargné son Fils, il l’a livré pour nous. St Paul disait qu’à la limite, on peut mourir pour un homme de bien. Hommes de bien, nous ne l’étions pas du tout, nous ne le sommes jamais, puisque nous sommes, continue-t-il, coupables et pécheurs. Difficile à comprendre : humainement, c’est de la folie, il faut être Dieu pour arriver jusque là, aimer des gens qui vous offensent continuellement, les aimer jusqu’à mourir pour eux ! Et Dieu nous demande de faire de même, de vivre l’amour humainement insensé. Aimer tout le monde, même le plus détestable. L’aimer comme Dieu l’aime profondément malgré ce qu’il est, pour qu’il change. L’aimer parce que nous-mêmes nous sommes aimés du même amour. L’aimer en acte, pas seulement platoniquement en pensée. L’aimer jusqu’à donner la vie pour lui : pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Cet amour dépasse le seul sentiment affectif spontané ou une charité vaguement compatissante ou un devoir à accomplir : aimer de manière authentique et durable. Le fait de reconnaître, de se savoir aimé de Dieu, donne le bonheur d’aimer à son tour : aimer Dieu et tous les bien-aimés du Père. Aimer et être aimé = le vrai bonheur. Une grâce qu’on reçoit de Dieu. Une responsabilité aussi : faire le bonheur de notre prochain.

« Je ne vous appelle plus serviteurs… maintenant vous êtes mes amis. » Encore une chose difficile à comprendre humainement. Car dans notre mentalité, l’homme sert Dieu (devoirs et obligations), surtout quand il s’agit de se racheter pour ses nombreux manquements. Jésus vient renverser ce genre de relation que nous cultivons envers Dieu. Nous devons abandonner cette mentalité d’esclave, pour nous sentir fils et filles de Dieu, amis, frères et sœurs de Jésus. Là nous avons à opérer une révolution dans nos têtes parce qu’on nous a habitués à « servir » Dieu, mais jamais à l’aimer : une fausse pudeur nous empêche de concevoir que nous pouvons aimer Dieu, nous nous contentons d’être ses serviteurs, dociles et prompts à faire sa volonté, pour « mériter », en récompense, sa grâce et son salut. On a déserté l’Eglise (paradoxe ! on venait plus nombreux quand, dans les sermons, elle menaçait d’enfer et de feu éternel) quand elle a parlé plus de l’amour de Dieu que de sa justice sévère, de ses punitions ! Le Dieu de Jésus Christ n’est pas un dieu gendarme, il aime et quémande notre amour ; il s’est tué à nous prouver son amour. En l’aimant à notre tour, nous ferons alors un meilleur service. Nous accomplissons sa volonté, parce que cette volonté d’amour est notre bien, notre paix définitive, notre joie parfaite. « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. »

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis… » Encore un malentendu à éclaircir. Nous sommes habitués à dire que nous sommes à la recherche de Dieu, que c’est l’homme qui cherche Dieu (l’un ou l’autre athée dira même que c’est l’homme qui se crée un dieu). Trouver Dieu serait une espèce de récompense, après une vie d’effort, de pénitence, de dure ascèse. La religion chrétienne nous dit, au contraire, que c’est Dieu qui prend l’initiative d’aimer et de chercher à joindre l’homme. C’est sur le fait que ce n’est pas nous qui avons d’abord aimé Dieu, (c’est lui qui nous a aimés le premier), que se base la coutume de baptiser les petits enfants (de leur donner la sainte communion également, chez les Orientaux) : ils ont déjà le droit de recevoir le signe de l’amour, puisqu’ils sont déjà aimés de Dieu, les conditions favorables à l’accroissement de cet amour en eux étant évidemment garanties ; ce n’est pas davantage l’adulte qui mérite le baptême, tout au plus acceptera-t-il, en adulte, l’amour déjà donné. C’est ce qu’a compris Pierre quand il a baptisé le centurion Corneille et sa famille : l’Esprit Saint l’a précédé en descendant sur ces païens, « comme à nous », comme sur les apôtres au Cénacle ; Pierre en a conclu qu’on ne peut pas refuser le baptême d’eau à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint sans demi-mesure, en plénitude. L’amour de Dieu est premier, son amour ne dépend pas du nôtre, et il est « de toujours à toujours » ; quand bien même je le refuse, Dieu ne s’arrêtera pas de m’aimer.

Voyez comme ils s’aiment ! Le Christ avait dit que le monde nous reconnaîtra comme ses disciples à la manière dont nous nous aimons. Est-ce bien le cas ? Nous ne nous haïssons peut-être pas, mais est-ce que nous nous aimons… vraiment… comme il nous aime ? Par conséquent, est-ce que nous sommes vraiment ses disciples ? Est-ce que nous demeurons dans son amour ? Est-ce que notre Eglise est amour avant d’être organisation ? Que son amour abonde dans notre cœur pour le donner à notre tour, à tous les hommes que Dieu aime, sans frontières, sans conditions, sans exclusive. Un amour à cultiver.

Amen

Vénuste

 

DIMANCHE 5 MAI 2024

HOMELIE DE GILLES

PREMIÈRE LECTURE

Lecture du livre des Actes des Apôtres (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Comme Pierre arrivait à Césarée
chez Corneille, centurion de l’armée romaine,
celui-ci vint à sa rencontre,
et, tombant à ses pieds, il se prosterna.
Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi.
Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »
Alors Pierre prit la parole et dit :
« En vérité, je le comprends,
Dieu est impartial :
il accueille, quelle que soit la nation,
celui qui le craint
et dont les œuvres sont justes. »
Pierre parlait encore
quand l’Esprit Saint descendit
sur tous ceux qui écoutaient la Parole.
Les croyants qui accompagnaient Pierre,
et qui étaient juifs d’origine,
furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,
le don de l’Esprit Saint avait été répandu.
En effet, on les entendait parler en langues
et chanter la grandeur de Dieu.
Pierre dit alors :
« Quelqu’un peut-il
refuser l’eau du baptême
à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint
tout comme nous ? »
Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.
Alors ils lui demandèrent
de rester quelques jours avec eux.

DEUXIÈME LECTURE

Lecture de la première lettre de saint Jean (1 Jn 4, 7-10)

Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres,
puisque l’amour vient de Dieu.
Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu,
car Dieu est amour.

Voici comment l’amour de Dieu
s’est manifesté parmi nous :
Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde
pour que nous vivions par lui.
Voici en quoi consiste l’amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés,
et il a envoyé son Fils
en sacrifice de pardon pour nos péchés.

ÉVANGILE

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 15, 9-17)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Comme le Père m’a aimé,
moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour.
Si vous gardez mes commandements,
vous demeurerez dans mon amour,
comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père,
et je demeure dans son amour.
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous,
et que votre joie soit parfaite.
Mon commandement, le voici :
Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés.
Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
Vous êtes mes amis
si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs,
car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;
je vous appelle mes amis,
car tout ce que j’ai entendu de mon Père,
je vous l’ai fait connaître.
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
c’est moi qui vous ai choisis et établis
afin que vous alliez,
que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure.
Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
il vous le donnera.
Voici ce que je vous commande :
c’est de vous aimer les uns les autres. »

Homélie :

La première lecture nous rappelle que l’Esprit-Saint œuvre partout, dans tous les cœurs et à tout moment. Rappelez-vous : Pierre va chez Corneille à Césarée, un centurion de l’armée romaine, (donc un occupant pour les juifs de l’époque), et il a à peine commencé à ouvrir la bouche pour annoncer la Parole (il dit que Dieu est impartial, qu’il accueille tout Homme quelle que soit sa nation…) et voilà l’Esprit qui se manifeste dans le cœur de tous ceux et celles qui écoutent, ils chantent ensemble la gloire de Dieu et tout cela se termine par un baptême collectif sans catéchuménat préalable. Rarement nous avons vu l’Esprit prendre à ce point le TGV ! Et pourtant ? Jésus n’avait-il pas dit que l’Esprit-Saint précéderait ses disciples là où il les enverrait ? Encore aujourd’hui, il nous précède toujours dans les cœurs de ceux et celles que nous rencontrons !

Par conséquent, il n’y a plus à chercher à apporter Dieu dans le cœur des gens, mais à le révéler ! Ça change toute la façon d‘évangéliser si nous sommes convaincus de la présence de l’Esprit à l’œuvre partout, dans tous les cœurs. La mission consiste donc à repérer et à nommer l’Esprit à l’œuvre dans notre monde, et non à chercher à le faire venir, puisqu’il y est déjà, et même avant nous. Voici le premier enseignement de ces lectures, alors, entraînons-nous à le voir à l’œuvre et nous serons certainement surpris de voir combien il est actif, constamment, partout et dans tous les cœurs.

Dans la seconde lecture, Jean insiste sur l’amour comme moyen de connaitre Dieu : sa logique est simple : puisque Dieu est Amour, alors en aimant, nous connaissons Dieu. Superbe raccourci qui devrait nous interdire de penser Dieu comme un juge, qui punit ou qui peut tout. Non ! s’il n’est qu’Amour, alors il n’est pas grand, sage, ou tout puissant, il n’est qu’Amour ! C’est son Amour qui est grand, sage et tout puissant. Et un Amour tout puissant, ce n’est pas pareille qu’un Tout-puissant qui nous aimerait ! Un Amour tout puissant, ne peut que ce que peut l’Amour : il ne peut qu’aimer. Il est toujours utile de nous le rappeler pour ne pas penser Dieu autrement que par le prisme de l’Amour, sans quoi nous le risquons de le réduire ou de le défigurer.

J’en viens à l’Evangile du jour qui nous relate le discours de Jésus à ses disciples au chp 15 de l’Evangile de Jean : les mots qui reviennent inlassablement sont les mots « amour », « joie », « amis », et « commandement » ! C’est bizarre, on dirait que le dernier (le mot « commandement ») est un intrus dans la liste. « Voilà ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres ». Cette expression « je vous commande » (entellomaï en grec) est forte, elle signifie : « ordonner, commander de faire, enjoindre » ce n’est donc pas un petit conseil en passant du genre « ça serait bien si vous vous aimiez les uns les autres » non, Jésus insiste vraiment : « Je vous enjoins, je vous ordonne de vous aimer les uns les autres, ça n’est pas négociable ».

Mais pourquoi insiste-t-il autant ? Je crois que si Jésus fait de l’amour un commandement, c’est parce qu’il sait que c’est la seule manière de connaître Dieu comme Jean nous le disait dans le seconde lecture. Mais il sait aussi qu’aimer vraiment ne va pas de soi. Voilà pourquoi il a besoin d‘insister : pour contrecarrer notre tendance naturelle à aimer à notre hauteur, petitement, un peu égoïstement il faut bien l’avouer. En faisant de l’amour un commandement, Jésus veut imprimer en nous sa manière d’aimer, un peu comme s’il voulait repasser sur un faux pli. Le faux pli c’est notre amour un peu égocentré et le pli qu’il veut inscrire en nous, c’est l’Amour d’agapè, l’amour qu’il vit avec son Père, un amour qui ne recherche pas son intérêt.

Mais en insistant de la sorte, Jésus pourrait laisser croire qu’il s’adresse à ses disciples comme à des esclaves, car ce verbe (entellomaï) était employé principalement par les maîtres qui commandaient leurs esclaves. Alors il ajoute aussitôt : « Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » C’est bien le mot « esclave » qui est employé ici en grec, et pas « serviteur » qui a une connotation plus positive. Autrement dit, Jésus invite ses disciples à ne pas se comporter avec lui comme des esclaves vis-à-vis de leur maître. Jésus les invite à vivre un autre type de relation avec lui, une relation de type amical, basée sur la confiance mutuelle, sincère et réciproque.

Voilà le second enseignement de ces lectures : Jésus ne veut pas que nous nous considérions comme des esclaves par rapport à lui ou son Père mais comme des amis : nous sommes libres, affranchis, responsables de notre vie. Oui Dieu nous rêve en grand, en adultes responsables, nous n’avons rien à payer à Dieu car tout est gratuit, nous ne sommes plus de petits enfants qui auraient besoin d’être corrigés, mais des adultes avec lesquels il veut inventer une relation unique et singulière.

Dieu ne nous demande pas et ne nous demandera jamais de lui déléguer toute la responsabilité de notre vie, de lui remettre le discernent de nos choix, au contraire, il veut nous voir inventer notre vie avec Lui dans une relation amicale basée sur la confiance mutuelle. La parole de ce jour nous pousse à renoncer à toute position subalterne, inférieure, avec qui que ce soit, y compris avec Dieu. Je reconnais dans ces textes tout l’essence de l’Evangile : un appel à reconnaitre l’idée d’une transcendance, mais une transcendance avec laquelle nous avons à vivre une relation respectueuse et non une soumission servile.

Ce 6ème dimanche de Pâques est donc l’occasion de nous demander : « Quelle relation j’entretiens avec Dieu ou avec Jésus ? infantile ou adulte ? celle d’un esclave avec son maître ou comme avec un ami ? Une relation donnant-donnant ou gratuite, inventive et pleine d’imprévus ? Une relation de peur ou de confiance ?

Voici de bonnes questions à nous poser en ce temps de Pâques, histoire de tout laisser ressusciter en nous, y compris notre relation à Celui qui veut ressusciter.

Bon temps de Pâques !

Gilles Brocard

 

DIMANCHE 28 AVRIL 2024

HOMELIE DE VENUSTE

Il s'agit de vivre avec Lui

Actes 9, 26-31: l’extension de la jeune Eglise est numérique et géographique, l’artisan de cette progression est l’Esprit Saint qui donne l’assurance aux apôtres, à Paul notamment. Celui-ci, de persécuteur, il devient en peu de temps, disciple et même prédicateur, malgré des débuts difficiles : la communauté a commencé par se méfier de lui, parce qu’il avait la réputation de persécuteur. Sa conversion est un signe de la puissance et de la miséricorde de Dieu. Sa prédication occupe toute la 2ème partie du livre des Actes des Apôtres.

1 Jean 3, 18-24 : Dieu est plus grand que notre cœur, nous n’avons pas à nous culpabiliser pour ne pas être à la hauteur du commandement de l’amour ; notre cœur peut rester en paix. Mais cela ne dispense pas de faire l’effort d’être fidèle aux commandements de Dieu afin de demeurer en lui. La preuve qu’il demeure en nous, c’est qu’il nous a donné l’Esprit.

Jean 15, 1-8 : après nous avoir décrit la relation intime de Dieu avec nous sous l’image du pasteur et de ses brebis, St Jean passe à l’autre image très biblique de la vigne dont le Père est le vigneron, le Christ est le cep et nous chrétiens sommes les sarments. Nous devons porter beaucoup de fruits, à condition de demeurer greffés sur Jésus, de nous laisser émonder chaque fois que nécessaire. Rentabilité, compétitivité ?

« Je suis la vraie vigne », dit Jésus. Dimanche dernier, il disait : je suis le bon berger, le vrai pasteur. A d’autres occasions, il dit : je suis le vrai pain, la vraie nourriture, la vraie boisson, la vraie porte, la vraie lumière… Et chaque fois, l’expression « je suis » (que beaucoup d’éditions écrivent tout en majuscules) rappelle le nom que Dieu révéla à Moïse lors de l’épisode du buisson ardent. Ceci pour dire que l’expression « je suis » attire notre attention sur l’affirmation de Jésus qu’il est Dieu, surtout que l’expression est accompagnée d’un titre que la Bible réserve à Dieu.

Dimanche dernier, nous avons compris que le vrai berger, c’est Dieu, le pasteur de son peuple. Pour comprendre l’expression « la vraie vigne », il faut avoir en mémoire les textes des prophètes parce que c’est une image très biblique utilisée pour signifier que la vigne du Seigneur c’est le peuple d’Israël et pour prouver la tendresse et l’attention de Dieu vis-à-vis de son peuple Israël (il paraît qu’une vigne était sculptée sur le fronton du temple). La vigne est l’image de l’Alliance, entre Dieu et son peuple, parce qu’elle exige beaucoup de soins. On connaît par exemple le texte d’Isaïe (5, 1-7) : «… Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?... La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda… » Je suis la vigne : Jésus  s’identifie donc à tout le peuple ; nous sommes une partie de lui-même ; le vigneron c’est le Père.

Comme pour l’image du pasteur et de la relation qu’il entretient avec chacune de ses brebis, le vigneron aime sa vigne, il y passe tout son temps, aux petits soins pour chaque sarment : toute l’année, il émonde, élague, taille, met le fumier, pulvérise, assure la protection contre les parasites et les champignons ; il arrose ; et comme le vigneron est Dieu en personne, il donne soleil et pluie en temps voulu. Chaque branche, chaque sarment est précieux, le propriétaire en est fier quand la récolte est bonne ; il fera tout pour que celle-ci soit toujours abondante et d’excellente qualité. Sans lui, sans son travail, pas de fécondité : « en dehors de moi, vous ne pouvez rien ».

« Tout sarment qui donne du fruit, mon Père le nettoie, pour qu’il en donne davantage. » La vigne n’est pas là pour être verdoyante seulement. Cela se comprend très bien. Mais ce qu’on comprend le moins, c’est que « Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève. » Est-ce à dire qu’il y a des personnes que Dieu condamne à être coupées de l’ensemble pour les jeter dans le feu éternel ? Pour comprendre les textes, il faut toujours chercher leur cohérence avec l’intégralité de la Bible. Or nous savons que Dieu fait tout pour récupérer et sauver les pécheurs, il est le médecin qui vient pour les malades, il va à la recherche de la brebis perdue, il s’invite chez Zachée, il refuse qu’on lapide la femme adultère, il donne le paradis au bon larron… les exemples abondent et chacun peut dire le nombre de fois que Dieu lui pardonne. En effet, la vigne c’est chacun de nous : si Dieu ne prend pas ses outils pour, comme disent les vignerons, faire « pleurer » la vigne en taillant tout ce qui est à tailler, il n’y aura pas de fruit, pas de fruit en abondance et en qualité. Car une vigne qui n’est pas taillée, devient sauvage, dépérit, ne produit que du feuillage, ou alors des fruits sauvages, minables, infects et nuisibles. Dieu est le meilleur des vignerons, il connaît son affaire, faisons-lui confiance, laissons-nous émonder car nous en avons besoin, c’est pour notre plus grand bien. Ce travail s’appelle la conversion, la purification, la sanctification : Dieu nous donne vie et sanctification. Acceptons par conséquent l’urgence et la nécessité chirurgicales d’être taillés. Notre vie, pour être vie divine, a besoin que le Maître saisisse ses instruments pour couper tout ce qui est obstacle, tout ce qui est nocif et corrosif. Et nous-mêmes devons chaque jour accepter des renoncements, faire des choix judicieux et courageux. Cela coûte à notre confort matériel, mais il en coûterait sinon pour la vie éternelle. Il vient émonder, élaguer, tailler, ce n’est pas que nous le laissons faire seulement, nous y collaborons (librement, car attachés, au sens d’attachement et non enchaînés), nous travaillons à cette purification, nous assumons cette ascèse, nous opérons cette conversion. Sans lui, nous ne pouvons rien du tout, mais sans notre accord, il ne peut rien faire non plus. La grâce est indispensable tout comme notre bonne volonté. Cela s’appelle de la synergie.

La parabole veut nous prouver comment il est vital et existentiel d’être « greffé » et de « demeurer » dans le Christ. St Jean montre cette unité vitale et existentielle pour chaque sarment, vitale pour toute la vigne, qui est l’Eglise de Dieu, le peuple de Dieu. Détaché, on est privé de la sève nutritive, on dépérit, on sèche, on n’est plus bon qu’à nourrir les flammes. La sève est la vie divine qui alimente et irrigue depuis les racines jusqu’aux branches et aux feuilles des extrémités. Pour recevoir la sève, il faut être greffé sur le cep ; on ne peut être alimenté autrement ; et il faut être sur le cep sans interruption. Il faut « demeurer », mot-clé qu’affectionne particulièrement l’évangéliste St Jean. Demeurer, c’est rester attaché au Christ, sur le Christ, uni au Christ : « de même que le sarment ne peut porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus si vous ne demeurez pas en moi ». Je pense qu’il faut comprendre que dans notre vie, il n’y a pas de jour, pas de seconde où nous pouvons nous couper de Jésus. Il n’y a pas de moments profanes et des moments sacrés. Il faut demeurer sans interruption greffé sur Jésus, « branché » comme on aime dire aujourd’hui. Et cette union, cette communion ne peut être uniquement superficielle ni momentanée, elle doit être profonde et constante. Il faut plonger profondément ses racines en Jésus et rester uni à lui, ne faire qu’un avec lui.

Comment demeurer en Christ ? C’est par une vie qui est prière (prier = « s’entretenir » avec Dieu), c’est par l’assimilation des Saintes Ecritures, c’est par la réception constante des sacrements. Le Christ donne sa vie en nous greffant à son Corps dans le baptême, en la fortifiant par la confirmation, en la nourrissant par l’eucharistie, en la soignant par l’onction des malades et le sacrement de la réconciliation, en lui faisant porter du fruit (selon l’appel reçu) par le sacrement du mariage ou le sacrement de l’ordre (fécondité physique, intellectuelle, spirituelle). Si on se coupe de la sève nourricière, on est mort. On ne demeure pas avec quelqu’un en lui faisant de petites visites furtives et espacées dans le temps. Il s’agit de vivre avec lui. Il s’agit de laisser Jésus planter sa tente chez nous, habiter chez nous, avoir son domicile dans notre cœur. On ne peut demeurer avec le Christ si on ne « communie » pas assez à sa vie. Il ne s’impose pas, à nous de l’accepter en toute liberté. A nous d’accepter de partager notre vie avec lui ; qu’il n’y ait aucun moment, aucun domaine où il serait chassé, où nous lui dirions : désolé, pas toi, tiens-toi à distance, ça ne te regarde pas. Demeurer en lui, « comme lui en nous », c’est aussi nous engager résolument, à ses côtés, dans la réussite de sa mission.

Que veut dire porter du fruit, un fruit abondant, un fruit de qualité ? Notre vie spirituelle doit être féconde. Mais quels fruits ? Pour Jésus, ces nombreux fruits ce n’est évidemment pas le tape-à-l’œil que seraient les statistiques et les albums photos, les églises les plus admirables, ni les manifestations religieuses les plus grandioses. Ce sont les (7 dons) fruits de l’Esprit Saint que St Paul énumère : la charité, la joie, la paix, la longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance dans les autres, la douceur, la maîtrise de soi. Bref, l’amour (par-dessus tout).

Pour qui porter les fruits ? Pour la gloire de Dieu bien sûr, mais c’est aussi pour le salut du monde, l’édification des autres à travers le témoignage. Notre fruit de bonté doit être si attirant que tout le monde prend plaisir à le marauder. Tout le monde qui nous aborde doit pouvoir se régaler de notre bonté, sinon nous sommes un sarment parasite et celui-là le Père le coupe. Tout le monde doit trouver en nous un modèle, un exemple à imiter. Tout le monde qui nous accoste devrait partir rassasié des fruits de notre vie avec le Seigneur. Evitons cependant la mentalité séculière de la rentabilité et la compétitivité.

Remercions le Seigneur qui prend soin de nous, qui nous inonde de la sève spirituelle pour que nous portions du fruit en quantité et en qualité. Laissons-nous émonder, ayons le courage de la conversion définitive, solide, radicale et profonde. Portons du fruit pour notre communauté, pour le monde, pour la gloire de Dieu.

Amen

Vénuste

DIMANCHE 21 AVRIL 2024

HOMELIE DE VENUSTE

Dimanche du bon pasteur

Actes des Apôtres 4, 8-12 : Pierre et Jean sont arrêtés pour avoir guéri un infirme ; l’interrogatoire tourne autour de la question : par quel nom avez-vous reçu le pouvoir des miracles ? Pierre en profite pour faire la catéchèse sur la résurrection : Jésus que vous avez tué, Dieu l’a ressuscité ; la pierre que vous avez rejetée est devenue la pierre angulaire de l’édifice religieux ; le nom de Jésus est le seul qui donne le salut à l’humanité entière.

1 Jean 3, 1-2 : nous portons fièrement le titre d’enfants de Dieu pour avoir reçu la plénitude de son amour. Nous sommes appelés à un destin extraordinaire : nous verrons Dieu tel qu’il est et nous deviendrons même semblables à lui.

Jean 10, 11-18 : le bon pasteur est celui qui remplit son rôle. Dans l’A.T., le roi portait ce titre : il a la mission de rassembler son peuple et de le guider sur de bons chemins. Jésus se présente comme le bon berger que Yahvé avait promis : par sa Passion, il a prouvé que la vie des brebis a du prix à ses yeux.

Chaque année, le 4ème dimanche de Pâques, la liturgie nous offre à lire ce chapitre 10 de St Jean qui parle du Christ comme le berger, le vrai. Le texte a été découpé pour pouvoir être lu sans se répéter dans le cycle des lectures liturgiques de 3 ans. Évidemment le découpage fait que chaque fois on perd des aspects essentiels. Pour bien faire, il faudrait, à la maison, prendre son évangile et lire le chapitre intégralement. Pour situer l’extrait d’aujourd’hui, il faut savoir qu’il est précédé par des versets qui opposent le comportement du bon pasteur à celui du voleur ; l’extrait parle aussi du mercenaire. C’est un procédé littéraire très fréquent qui consiste à définir une chose par son contraire. Il en va ainsi de l’extrait d’aujourd’hui où le bon pasteur est mis en contraposition avec le mercenaire, celui qui n’agit que par intérêt pécuniaire, pour s’enrichir sur le dos des brebis ; les brebis ne comptent pas pour lui, seul compte son salaire ; la preuve en est que quand le loup s’approche du troupeau, le mercenaire détale, préfère sauver sa peau, et laisse le loup se paître des brebis.

La Bible aime décrire Dieu sous l’image du pasteur. Le peuple juif était un peuple pastoral : le troupeau était la richesse par excellence. La relation du pasteur avec sa bête était tout autre que la relation d’un exploitant de ferme ; elle était comme celle qu’aujourd’hui on entretient avec les dits « animaux de compagnie » : l’animal est choyé, cajolé, dorloté… Il en est ainsi dans les pâturages : qu’il vente qu’il pleuve, le pasteur est toujours avec son troupeau ; à force d’être dans la solitude de la montagne avec les bêtes, le pasteur en avait de l’affection, des attentions pour chacune, qu’il appelle par son nom ; la bête sait bien distinguer, reconnaître la voix de son maître ; pour rien au monde elle ne suivra quelqu’un dont elle ne reconnaît pas la voix, alors qu’elle entretiendra une réelle complicité avec son maître. L’image de cette relation sera transposée sur la relation avec l’autorité et surtout avec Dieu.

Les grands personnages de la Bible étaient des pasteurs : Abraham avait des troupeaux immenses, Moïse a été choisi pendant qu’il gardait le troupeau de son beau-père Jessé, et bien sûr David qui gardait le troupeau familial lorsque le prophète est venu l’oindre pour le faire roi. C’est ainsi que le peuple va comprendre que les responsables, aussi bien politiques que religieux, sont des bergers placés par Dieu comme ses lieu-tenants, pour guider, nourrir, protéger… son peuple. Mais comme ils ont souvent déçu, Dieu avait dit qu’il viendra lui-même prendre soin de son peuple. Le peuple était donc dans l’attente de ce moment où Dieu sera lui-même le pasteur de son peuple. Car de vrai bon berger, il n’y en a qu’un seul : Dieu lui-même. Le très beau psaume 22 dit : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien… »

Dans notre civilisation d’élevage industriel d’aujourd’hui, l’image n’est peut-être pas assez parlante comme elle l’était pour l’auditoire de Jésus. En effet pour nous, un troupeau c’est péjoratif, l’esprit grégaire est à bannir, le fait d’être passif et d’être pris en charge c’est infantilisant. Mais la parabole de Jésus parle du berger, il ne faut donc pas chercher à comprendre l’image du berger en se plaçant du côté du troupeau. Qu’est-ce qui intéresse le berger ? Pour les propriétaires, avoir un troupeau, c’est pour qu’il soit économiquement rentable : les moutons on les tond pour la laine, on les traie pour le lait, on les engraisse pour la viande, leur peau servira pour se couvrir ou pour se chausser ; bref ce sont les brebis qui nourrissent le propriétaire qui les « exploite » littéralement au maximum. Les bêtes ne comptent que pour les kilos de viande et de laine ou les litres de lait qu’elles produisent. En cas de problèmes, on les extermine par milliers sans état d’âme. La bête est un numéro (code-barres) dans le tas !

Le berger, dans l’entendement de Jésus, est tout à fait l’inverse. Comme toujours Jésus renverse nos valeurs. C’est le berger qui donne sa vie pour ses brebis, celles-ci se nourrissent de lui. Il est venu pour qu’elles aient la vie et qu’elles l’aient en abondance. « Le Père m’aime parce que je donne ma vie… personne ne peut me l’enlever, je la donne de moi-même. » La vie de la brebis est si précieuse que le bon berger expose sa propre vie à lui et va jusqu’à mourir pour que chacun ait la vie en abondance, en éternité. Il s’expose à de gros dangers même pour l’égaré, il va à sa recherche, il le porte sur ses épaules quand il l’a trouvé et il fait la fête parce que le faire revenir, c’est exactement le ressusciter, le tirer de la mort. Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

Le berger connaît ses brebis : « comme le Père me connaît ». Dans l’extrait qui précède, il est dit que le berger appelle chaque brebis par son nom, il connaît chacune par son nom. Dans la culture biblique, le nom, c’est la personne et c’est une vocation en même temps. Nul n’est quelconque, nul n’est anonyme, nous n’avons pas de code-barres, ni de numéro d’immatriculation ou d’identification, nous avons un nom. Tout homme est unique devant Dieu. Le Seigneur connaît chacun par son nom, il a le nom de chacun gravé sur la paume de sa main. Le terme « connaître » en hébreu, ne veut pas dire un fichier biométrique comme à l’administration, ni un savoir intellectuel ; mais il veut dire connaître avec son cœur, aimer. Pour la Bible, on ne peut connaître sans aimer : une connaissance très intime puisque c’est la nuance de la relation conjugale (notre Pape François dit que le berger a l’odeur des brebis). Cette connaissance est mutuelle et réciproque : « je connais mes brebis et mes brebis me connaissent ». Cette connaissance n’est pas non plus purement émotionnelle : elle s’enracine dans le lien éternel du Père et du Fils.

L’extrait d’évangile d’aujourd’hui nous invite à porter le regard plus sur le berger qui inspire confiance et amour. Mais il faut parler aussi des brebis. Que doit faire le disciple ? Connaître son bon berger, écouter sa voix. Cette connaissance est donnée par l’écoute : « mes brebis écoutent ma voix » ; c’est par la voix que le berger et les brebis se reconnaissent. Encore une invitation à mettre la Parole de Dieu au centre de nos vies par une fréquentation quotidienne, sinon on risque de perdre l’habitude de la voix de Dieu et ne plus savoir la reconnaître.

L’autre responsabilité, c’est d’être le berger de notre prochain. Au contraire de Caïn : après que Caïn ait tué son frère Abel, Dieu lui demande où est son frère et, lui, il répond qu’il n’est pas le berger de son frère ! Dieu compte sur chacun pour que les brebis qui ne sont pas encore dans la bergerie puissent la rejoindre. Car la mission du berger est de rassembler le troupeau, toute l’humanité ; il prend la tête du troupeau pour conduire les hommes (sans n’en perdre aucun) vers la vie nouvelle en Dieu. Nous avons à aider le Seigneur à rassembler l’humanité dans l’unité, afin qu’il y ait un seul troupeau et un seul pasteur : nous-mêmes sommes les bergers les uns des autres, nous avons à conduire au Christ ceux qui ne le connaissent pas. Nous avons à nous occuper du prochain, par amour, sans aucun réflexe de domination, d’exploitation, de puissance, d’intérêt économique. C’est la mission de tout baptisé. Bien sûr les pasteurs, ce sont surtout ceux qui ont des responsabilités dans l’Église universelle ou au niveau local. Comme toute personne qui a autorité est un berger : le père de famille, l’éducateur, le responsable au bureau… Cependant nous avons tous reçu l’Esprit Saint pour participer pleinement à l’œuvre « pastorale » (le mot vient de pasteur) de nos communautés. A chacun de s’engager : n’éteignez pas l’Esprit, disait St Paul.

Le 4ème dimanche de Pâques est appelé le dimanche du Bon Pasteur. Il est pour cela la journée mondiale de prière pour les vocations. Nous prions le Maître de la moisson, de susciter dans son peuple, des pasteurs à son image et selon son cœur, d’envoyer des ouvriers dans sa moisson : des ouvriers saints et zélés. Ne prions pas pour que la vocation « tombe » chez les autres (que ce soit chez les autres, comme les autoroutes, les plaines d’aviation et autres projets pourtant d’utilité publique mais dont les contraintes deviennent des nuisances parce que chez nous) : soyons nous-mêmes disponibles. Les ouvriers manquent cruellement, alors que Dieu n’arrête pas d’appeler : mais est-ce que nous ne manquons pas de générosité pour nous mettre à son service… déjà dans nos liturgies nous ne savons pas nous mettre au service de la communauté, comment alors avoir des gens qui consacrent leur vie entière à l’Évangile ! Toute chrétienne, tout chrétien est appelé à être responsable d’Église, c’est-à-dire à assumer, selon le charisme reçu de l’Esprit Saint, des services pour que cette Église soit vivante et au service du monde. Des services comme entraide (St-Vincent de Paul), liturgie, chants, finances, fleurs, visites aux malades, catéchèse... Aucun de ces services n'est sans importance. Tous construisent l'Église.

Bien entendu, nous prions aussi pour nos pasteurs qui ont déjà répondu à l’appel du Seigneur : qu’il les garde et les rende saints, joyeux, forts, non de leur autorité, mais de l’esprit de service.

Dans le prolongement de l’évangile de ce jour, le Pape Paul VI en 1964 a institué cette journée mondiale de prière pour les vocations. « La moisson est abondante, disait Jésus, mais les ouvriers sont peu nombreux. » et il ajoutait : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson ». Prions donc pour les vocations : qu’ils soient saints et nombreux à se consacrer à l’Evangile .

Amen

Vénuste

 

DIMANCHE 14 AVRIL 2024

HOMELIE DE VENUSTE

Une journée bien remplie

Actes 3, 13…19 : la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus se fait en termes antithétiques : Pierre se dit témoin de ce que les Juifs ont rejeté et livré à la mort Jésus (Jésus, le Juste par excellence, que Pilate, le païen, voulait libérer), et il se dit témoin également de ce que Dieu a ressuscité et glorifié Jésus. Les hommes ont agi par ignorance : ils n’ont pas bien « décodé » les Ecritures. En conséquence, ils doivent se convertir et revenir à Dieu par Jésus-Christ. Pierre prend la parole après avoir guéri un infirme, ce qui avait provoqué l’étonnement de la foule ; il tient à préciser que le mérite ne lui revient pas, car c’est le nom de Jésus qui a guéri l’infirme. C’est que la puissance qui a ressuscité Jésus est toujours à l’œuvre à travers les disciples pour donner force et puissance à leur témoignage.

1 Jean 2, 1-5 : le péché colle à la nature humaine, mais désormais le Christ est là, il intercède pour tous. C’est la seule fois dans la Bible (le N.T.) que ce titre « paraclet » est appliqué à Jésus : le Paraclet (le mot signifie l’assistant au tribunal, l’avocat) est appliqué plutôt à l’Esprit Consolateur. Jésus est aussi la victime offerte pour les péchés du monde entier (la doctrine du « rachat ») ; ailleurs on dira qu’il est le prêtre et la victime, tout cela pour prouver l’efficacité de son sacrifice qui s’est fait une fois pour toutes. Connaître Jésus, c’est nouer avec lui une relation personnelle, intime, forte. Connaître Dieu, c’est adhérer à sa volonté et observer les commandements qui se résument en l’amour mutuel.

Luc 24, 35-48 : beaucoup d’apparitions du Ressuscité sont concentrées sur une même journée. Il continue à manifester sa nouvelle présence, mystérieuse mais réelle et dynamique. Il en multiplie les preuves aux disciples toujours dans le doute : il va jusqu’à manger devant eux (pas avec eux) pour prouver qu’il n’est pas un fantôme, un zombie. Il les renvoie aux Ecritures comme preuve suprême. Enfin, il les envoie en mission « en commençant par Jérusalem ». Le schéma des apparitions est là, qui implique reconnaissance du Ressuscité et envoi des disciples comme témoins de ce qu’ils ont vu, entendu, touché, compris…

Troisième dimanche de Pâques et non deuxième dimanche après Pâques : notre fête pascale continue jusqu’à la Pentecôte, comme une seule fête, un long dimanche unique de 50 jours. Continuent également les apparitions du Ressuscité qui tient à accompagner ses disciples dans leur doute, car ils ont besoin de maturation dans leur foi ; il sait que nous sommes « lents à croire », que notre cheminement spirituel est fait de hauts et de bas, nous passons d’éblouissements en hésitations.

Rappel des faits de cette journée bien remplie, selon la chronologie de Luc. Les femmes sont allées au tombeau, ont trouvé la pierre roulée, le tombeau vide, le corps disparu ; deux hommes en habits éblouissants leur disent qu’il est ressuscité ; ils leur rappellent ce qu’il avait dit : « Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour ». Elles reviennent rapporter les faits et les paroles aux disciples réunis au Cénacle. Pierre (et Jean) a couru au tombeau et a vu les linges : son récit complète celui des femmes. Ce qui n’a pas empêché les disciples d’Emmaüs de rentrer chez eux, déçus dans leurs espoirs sur Jésus. Celui-ci leur apparaît et leur tient le même discours que celui des deux hommes aux femmes au tombeau : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » ; les deux d’Emmaüs restent imperméables jusqu’au moment où ils reconnaissent Jésus quand il rompt le pain et disparaît ; sur le champ, alors que c’est la nuit (ils avaient cependant dissuadé Jésus, jusque-là voyageur inconnu, à poursuivre son chemin dès la nuit tombée), ils reviennent à Jérusalem raconter aux autres ce qui leur est advenu. Là ils se rendent compte qu’ils n’ont pas eu l’exclusivité des apparitions, puisqu’ils apprennent que Jésus est apparu à Simon (aucun évangéliste n’a raconté cette apparition au seul Simon). Avant que, de part et d’autre, le groupe n’ait fini de se raconter les faits, voilà que « lui-même était là au milieu d’eux ». Et nous voyons que les disciples ont des sentiments partagés : stupeur et crainte se succèdent au doute et à la joie. On peut les comprendre. Jésus du reste ne leur fait aucun reproche, il constate qu’ils ont besoin d’être rassurés. Il leur montre avec insistance ses mains et ses pieds, c-à-d les « stigmates » de la crucifixion : car il garde encore les marques de la passion, ce qu’il a vécu reste gravé dans son être, bien sûr ce ne sont plus des plaies (avec pus et odeur) puisque désormais, en son corps glorieux, ce sont les marques de sa victoire sur la mort. Ce n’est donc pas le seul Thomas qui a eu besoin de vérifier : tous, « dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire » (trop beau pour être vrai !). C’est alors que Jésus fait quelque chose d’étonnant : lui qui n’a plus besoin de manger puisque son corps est glorifié, il demande à manger ; on lui offre un morceau de poisson grillé, il le mangea devant eux ; pas avec eux : ce ne fut pas un repas, ce fut juste une preuve qu’il n’est pas un esprit, un fantôme, un zombie, un revenant, un mirage, une hallucination collective pour le groupe.

  Peut-on vraiment parler de preuve, ou plutôt d’épreuve de la foi des disciples ? En tous les cas, il faut les remercier d’avoir eu des doutes et d’avoir pris le temps (40 jours selon les Actes des Apôtres : le chiffre 40 est un temps de maturation, comme les 40 années au désert lors de l’Exode, les 40 jours que Moïse passa sur la montagne, les 40 jours de jeûne de Jésus au désert, etc.). Merci à eux d’avoir douté, d’avoir gardé les pieds sur terre et la tête sur les épaules, afin que notre foi soit fondée sur un témoignage fiable parce que reposant sur des constatations solides. Après avoir mangé le morceau de poisson grillé, Jésus dit les mêmes mots que dans les autres apparitions : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». L’évangéliste ajoute qu’ « il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures ». Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture… »

Il faut relever et souligner cette insistance sur les Saintes Ecritures. En ce sens que ce ne sont pas les apparitions qui donnent la foi, elles sont tout à fait secondaires par rapport aux Ecritures. Il ne s’agit pas de voir le ressuscité, mais de « reconnaître » en lui « mon Seigneur et mon Dieu ». Jésus « se re-trouve » dans les textes qui parlent de lui. C’est donc dans les Ecritures qu’il faut le chercher et le trouver, le « reconnaître ». Seulement il faut en avoir l’intelligence. Rappelez-vous, dit Jésus : il ne s’agit pas de se souvenir des mots, il s’agit de retrouver ce qui est écrit sur lui. Jésus (sa Personne, sa mort-résurrection) est la seule et unique clé de lecture de la Bible, lui seul permet de décoder (c’est le code secret comme pour mon ordi), de déchiffrer les textes qui autrement restent hermétiques et illisibles.

Pour St Augustin, la Bible est "un collyre que Dieu applique à nos yeux pour nous habituer progressivement à une lumière plus vive". Plus nous la lisons, plus elle guérit nos yeux de notre cécité, plus nous voyons ; plus nous voyons Dieu, plus nous avons envie de mieux le connaître, donc de lire les Ecritures.

Il faut prendre en considération que Jésus parle à des Juifs qui connaissent, récitent et lisent quotidiennement les textes des Ecritures, mais il les appelle à lire avec un autre regard (un code). Les chefs religieux connaissaient eux-mêmes les textes, mais ils ont crucifié Jésus par ignorance, dit Pierre dans la première lecture. On peut donc connaître les textes de façon erronée ou tronquée ou superficielle, sans en avoir l’intelligence, une connaissance profonde. Auquel cas, même une apparition du Ressuscité ne donnera pas la foi. L’Ethiopien lisait les prophéties d’Isaïe ; il demande à Philippe (que l’Esprit lui envoie), comment on pourrait comprendre s’il n’y a personne pour guider la lecture et la méditation. Un de mes professeurs disait que, pour avoir la foi, il ne suffit pas de se payer un exemplaire de la Bible dans une librairie. On ne peut pas lire la Bible tout seul, c’est toujours dans la communauté qu’il faut d’abord la lire, c-à-d qu’il faut être initié et introduit ; il en va de même dans n’importe quelle science parce qu’il y a un vocabulaire (jargon), une langue propre à chaque discipline. C’est pour cela qu’une bible (une bonne édition) doit avoir des introductions et des notes pour guider la compréhension selon la foi apostolique (tradition) dont il ne faut pas s’éloigner. C’est pour cela qu’il faut de temps en temps suivre une formation, une session, faire partie d’un groupe biblique… si on veut vraiment rencontrer le Christ : il ne faut pas se contenter d’une connaissance sommaire (juste un peu de catéchisme) qui finalement cache mal une ignorance déplorable. Pourquoi déplorable ? Le concile Vatican II (après St Jérôme) a dit que l’ignorance des Ecritures, c’est l’ignorance de Jésus Christ lui-même. Pie XI avait déploré déjà l’ignorance des chrétiens en matière religieuse et il disait que c’est « une plaie ouverte au flanc de l’Eglise ».

L’ignorance religieuse, l’ignorance des Ecritures, n’est malheureusement pas le fait des jeunes uniquement. Combien d’entre nous peuvent tenir tête, dans une discussion, à des membres de sectes qui font le porte à porte ? Combien savent répondre aux questions que posent leurs enfants et petits enfants ? Pourquoi n’avons-nous pas assez de catéchistes ? Combien possèdent une bible à la maison et combien la lisent de temps en temps ? Combien n’ont-ils pas arrêté de lire la Bible parce qu’elle rebute celui qui n’en possède pas la clé d’interprétation ? Combien souvent y cherchent ce qu’ils veulent, ce qui vient corroborer leurs thèses, au lieu d’y chercher ce que Dieu dit ? Bien souvent on fait dire aux Saintes Ecritures (et à Dieu) ce qu’elles ne disent pas. Et pourquoi ne profitons-nous pas des groupes qui s’intéressent à la Bible : groupes bibliques, conférences bibliques, maisons d’évangile… Il ne suffit pas d’écouter les lectures du dimanche, suffisent encore moins les quelques notions du catéchisme de notre enfance. Sachons donc nous réserver des moments pour lire souvent la Bible. Demandons à l’Esprit du Seigneur de nous aider dans la (re)découverte de l’Ecriture, d’ouvrir nos esprits et nos cœurs à l’intelligence des Ecritures, de rendre nos cœurs brûlants quand le Seigneur nous explique ce qui est écrit sur lui. Que sa Parole prenne chair en nous pour nous aider à discerner sa présence, pour construire et nourrir notre foi, pour ouvrir nos yeux et éveiller nos cœurs à la vie du Ressuscité. Lire la Bible pour rencontrer la Personne de Jésus…. mieux le connaître, mieux l’aimer, mieux le servir, mieux le prier. L’intelligence des Ecritures et le pain rompu sont désormais les moyens de reconnaître le Ressuscité : d’où le rendez-vous de chaque premier jour de la semaine (le dimanche, « le jour du Seigneur »). Le rencontrer pour passer du doute à la foi, de la peur à la confiance, de la tristesse à la joie… pour ensuite aller témoigner. Car l’extrait d’aujourd’hui se termine par l’envoi en mission : « A vous d’en être les témoins ».

Amen

Vénuste

 

 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
 

 

 

 

 
 
 
 

Date de dernière mise à jour : 20/05/2024