Jour de Fêtes

15 AOUT 2022                                                                                                       FÊTE DE L’ASSOMPTION

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Apocalypse 11, 19… 12, 10 : à travers un langage codé (le genre littéraire apocalyptique), Jean nous révèle que Dieu arrache ses fidèles à toutes les formes de mort. La Femme dont il s’agit est à la fois Marie et l’Eglise : Marie est la figure et le modèle de l’Eglise ; en elle, l’humanité est déjà accueillie auprès de Dieu. Tout ce qui se dit de l’Eglise, peut se dire de la Vierge Marie et inversement. Les théologiens ont toujours compris la Femme dont il s’agit ici comme étant l’Eglise, la nouvelle Eve, le nouvel Israël ; Dieu protège la descendance de la Femme de toutes sortes de persécuteurs (le dragon énorme). Le mot de la fin sera toujours que la puissance et la gloire sont à Dieu.

1 Corinthiens 15, 20-27 : le fondement de toute espérance de vie éternelle, c’est la résurrection du Christ ; en lui, tous, nous revivrons. S’il y a une solidarité de tous avec le premier Adam qui nous a entraînés la mort, il y a une solidarité plus grande encore avec le nouvel Adam qui a terrassé tous ses ennemis : le dernier ennemi qu’il a détruit, c’est la mort. L’assomption est une forme privilégiée de la résurrection. L’Eglise appelle Marie « la première des sauvés ». « Dans le Christ tous revivront mais chacun à son rang ». Tous participeront à la victoire sur la mort, à la résurrection du Christ. S’il y a un ordre de priorité, il est « de la plus haute convenance » de reconnaître la place éminente de la Mère de Dieu. Si elle n’est pas ressuscitée, qui peut prétendre à la résurrection ?

Luc 1, 39-56 : la scène de la Visitation est une explosion de joie et de louange ; même le fœtus tressaille d’allégresse et danse dans le sein de sa mère. Les deux femmes ne parlent pas uniquement de leurs vies personnelles (comblées de grâces l’une comme l’autre), mais chantent l’action de Dieu dans toute l’histoire humaine. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». La béatitude, le bonheur de Marie réside dans sa foi ; ce qui fait d’elle le modèle des croyants de tous les temps. Dans son chant du Magnificat, Marie ne se raconte pas : elle décrit le programme que Dieu avait commencé à réaliser depuis la genèse, qu’il a poursuivi en elle et qu’il accomplit à présent dans l’Eglise.

Des gens (le cinéaste James Cameron p.e.) prétendent avoir découvert les tombes de Jésus et de sa famille. La résurrection de Jésus et l’Assomption de Marie sont aux antipodes de ces élucubrations dont le but est d’essayer de jeter le trouble dans l’esprit des chrétiens (et engranger des sous).

Un peu d’historique pour savoir les origines et l’évolution de la fête d’aujourd’hui. On relève une fête de la « dormition » de Marie dès le milieu du 5e siècle : une espèce de « transition » par la mort, « le temps de changer le vêtement de la terre en vêtement de gloire ». Un évêque palestinien, de Livias en Transjordanie, en parle dans une homélie vers les années 550-560 en s’appuyant sur des arguments théologiques. Au siècle suivant, l’empereur Maurice (+602) la transféra au 15 août, prescrivant de la solenniser tout particulièrement. La fête est généralisée en Orient et en Occident vers le 7e siècle, mais son objet précis, tel que l’a défini Pie XII dans le dogme de l’assomption, n’était pas aussi évident au départ. On célébrait la dormition de Marie, c’est-à-dire sa mort, tout comme on célébrait le jour de la mort des martyrs. L’Orient célébra assez vite l’assomption corporelle de Marie. Cette fête compte parmi les plus grandes de l’année, et les moines la font précéder d’un long jeûne. L’Occident, par contre, resta sur sa réserve, parce que cette assomption corporelle s’appuyait sur des récits apocryphes dont on se méfiait. La croyance en l’assomption corporelle de Marie se précisa lentement. Le premier tympan sculpté (12°s) représentant l’assomption et le couronnement de Marie au ciel, se trouve dans la vieille ville royale de Senlis (Oise). Au 13e siècle, il n’y a plus trace d’hésitation, et la fête prend de l’ampleur. Napoléon garda l’Assomption comme une des quatre « fêtes d’obligation » (chômées) - avec l’Ascension, la Toussaint et Noël. On argumenta du fait que, Marie ayant été la mère de Jésus, il était de « la plus haute convenance » que le corps de la Vierge, qui avait donné sa chair à l’humanité du Christ, fût préservé de la pourriture (corruption, décomposition) du tombeau : « Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel » (Pie XII en 1950).

Il est de la plus haute convenance ! La fête de l’assomption vient d’une déduction. La Bible ne dit nulle part que Marie a été assumée au ciel avec son corps et son âme. Mais il y a un faisceau de données qui fondent cette affirmation proclamée « dogme » parce que l’Eglise y a toujours cru et l’a toujours célébrée, ce qui a amené Pie XII à « définir » ce dogme. On peut ramener ces données à deux principales : d’abord, selon l’expression de St Paul, « c’est dans le Christ que tous revivront », ensuite, selon l’expression du symbole des apôtres, « je crois à la résurrection de la chair ».

Ce qui fonde tout, c’est bien sûr la résurrection du Christ. Le Seigneur ressuscité fait participer à sa victoire tous les siens, on peut même dire tous les humains, puisqu’il est mort pour tous, pour que tous aient la vie et l’aient en abondance. Il est le premier-né d’entre les morts. L’Evangile est parcouru de beaucoup d’affirmations dans lesquelles Jésus promet la résurrection et la vie éternelle. « Celui qui croit en moi vivra, même s’il est mort. » « Là où je suis, là sera mon serviteur » Et un texte qui sonne comme le mot « assomption » (assumer) : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » Le message premier des apôtres (le kérygme), la Bonne Nouvelle, c’est justement la résurrection, celle du Christ et la nôtre : c’est pour cette vérité qu’ils ont accepté le martyre.

Si donc tous les disciples de Jésus ressuscitent pour avoir accueilli et pratiqué sa Parole dans leur vie, comment a fortiori ne ressusciterait pas celle qui a accueilli, conçu et porté (dans son corps) le Verbe de Dieu ? « Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur », dit Elisabeth. « Heureux le ventre qui t’a porté et le sein qui t’a nourri », dira à Jésus une femme de la foule. Il faut s’étonner des réticences à affirmer de Marie ce que nous affirmons de n’importe quel disciple et que nous souhaitons pour nous-mêmes. Car Marie est la figure, le prototype : elle est « la première des sauvés », c’est en elle d’abord que ce sont vérifiées les promesses de Dieu. Jésus l’a attirée à lui comme il attire toute l’humanité rachetée, il l’a fait participer à sa victoire sur la mort, à sa gloire, à sa résurrection ; elle jouit avec lui de la vie éternelle. Le N.T. ne le dit pas, mais il est « de la plus haute convenance » que l’Eglise y croit et le célèbre, ce qui se vérifie à travers les siècles.

L’autre vérité de cette fête, c’est ce que nous disons dans « le Symbole des Apôtres » : la résurrection de la chair (dans le Credo de Nicée-Constantinople, nous disons simplement la résurrection des morts). Le catéchisme nous a habitués à penser l’homme selon le dualisme platonicien qui veut que le corps doit être détruit alors que l’âme doit rester immortelle. Sans entrer dans les débats d’écoles, je dirais que la Bible et la liturgie parlent d’un corps ressuscité. Pour ne donner qu’un exemple, je cite le mémento des défunts de la 3ème prière eucharistique lors des funérailles : « Souviens-toi de N…. Puisqu’il a été baptisé dans la mort de ton Fils, accorde-lui de participer à sa résurrection, le jour où le Christ, ressuscitant les morts, rendra nos pauvres corps pareils à son corps glorieux. » C’est tout notre être (corps, âme et esprit) qui est appelé à la transfiguration. En fait c’est plus exact de dire que la personne ressuscite : la personne, c’est ce qui fait la personne humaine malgré les contingences du temps, ce qu’il était dans le bébé qu’elle a été, dans le jeune qu’elle n’est plus, dans le vieillard qu’elle devient… La chair « mue », les cellules meurent, mais la personne (la personnalité, le Moi) reste elle-même. C’est la personne qui ressuscite en Christ. Ici encore nous pouvons invoquer « la plus haute convenance » pour dire que ce que nous affirmons pour n’importe quelle « chair » promise à la résurrection, nous l’affirmons a fortiori pour le corps immaculé de Marie qui a porté et nourri le Verbe de Dieu : elle fut temple, tabernacle et arche d’alliance. Nous pouvons dès lors comprendre la portée du dogme défini par Pie XII le 1er novembre 1950 : « L’immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »

Une précision est à faire, c’est que l’assomption de Marie ne signifie pas que la Vierge Marie n’est pas morte (on parle erronément aussi de « l’enlèvement miraculeux de la Sainte Vierge au ciel par les anges »). Nous avons tellement peur de la mort que nous pensons y échapper nous-mêmes ou nous croyons que c’est le privilège des grands amis de Dieu d’y échapper. Le dogme de l’assomption veut dire que Marie est morte, mais que le tombeau ne pouvait pas retenir son corps, qui ne pouvait pas connaître la corruption (putréfaction). L’Eglise ancienne ainsi que l’Eglise orientale parlent de dormition pour parler de la mort de la Vierge Marie, mais le terme ne doit pas nous tromper en faisant croire qu’elle n’est pas morte (mort clinique). Il y a des sectes qui attendent des vaisseaux spatiaux qui viendront les prendre pour une autre galaxie ! L’assomption (la résurrection) n’a rien d’un vol spatial de ce genre. Remarquez qu’ascension se dit quand les forces sont internes et assomption quand elles viennent d’ailleurs.

Vous aurez compris que l’assomption n’est pas un privilège exclusif et réservé à Marie. Ce n’est pas priver Marie de sa dignité de le dire. Au contraire. Il est bon d’honorer Marie, mais sans en faire un être qui n’est plus de notre nature humaine. Son Magnificat est un exemple d’humilité : elle ne se raconte pas, elle ne s’attribue aucun mérite, elle ne fait que chanter l’œuvre de Dieu dans le monde. En célébrant l’Assomption, nous exaltons notre Dieu pour sa grâce à l’œuvre dans les cœurs. La grâce a fait d’une humble jeune fille de Galilée la Mère de Dieu, la Mère de l’Eglise, la Mère de l’humanité sauvée, Marie aujourd’hui dans la gloire de son Fils. C’est un motif d’espérance pour nous qui sommes de sa nature : la même grâce travaille au fond de chacun d’entre nous pour le sanctifier, le transfigurer jusque dans son corps afin que, quand notre heure viendra, nous soyons à notre tour assumé dans la gloire des bienheureux. A condition précisément de laisser la grâce faire son œuvre dans notre cœur et dans notre corps. Comme Marie… Le secret ? Ecoutons-la nous dire comme à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Amen

Vénuste

25 DECEMBRE 2021                                  Solennité de la Nativité

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Bethléem : la maison du pain

Sans conteste, la fête de Noël est la plus populaire ; elle garde beaucoup de succès, même dans les pays où on s’y attend le moins ou dans les familles auxquelles on n’aurait pas pensé qu’elles y pensent encore. Seulement, n’est-ce pas uniquement du folklore ? une tradition dont on a perdu tous les repères, du moins le sens le plus originel, le plus profond ? Combien font la fête sans penser à Jésus ! Noël ! Comme cela coïncide avec la fin de l’année, période où on échange les vœux, on fait la fête, mais on ne sait plus la raison profonde : l’accueil de l’espérance du monde, l’Enfant-Roi, l’Homme-Dieu.

Sous tant de folklore, il reste le désir de lumière, càd la soif de joie, de paix, de partage. La soif d’un bonheur qu’on n’achète pas avec des billets de banque, qu’on n’achète pas dans une grande surface. Finalement tout ce luxe de lumière à travers nos villes et nos villages, c’est l’étoile de Bethléem démultipliée. C’est l’annonce qu’il y a un Dieu, que ce Dieu partage notre histoire, Emmanuel Dieu parmi nous. Ces lumières sont une prière qui s’élève vers les cieux pour que le Seigneur envoie le salut. Noël est un rêve, le rêve d’un monde heureux, fait d’espoir, d’humanité et de paix.

Cette prière a rencontré la décision de Dieu de voler à notre secours (cette décision a devancé notre désir : Dieu nous a aimés le premier). Il l’a fait de façon inattendue : il est descendu en personne à travers son Fils Jésus, qui a pris chair de notre chair, qui s’est fait notre frère de race, quelqu’un de chez nous, né d’une femme, au sein d’une famille connue (la famille de Joseph, de la descendance de David), né à une date bien connue (lors du recensement décrété par l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie), en tout semblable à nous (sauf le péché). Ce n’est donc pas une fable, puisque c’est historique. Ce n’est pas non plus un déguisement comme les dieux de l’Olympe aimaient s’en servir pour se mêler aux mortels. Ce ne fut pas une courte parenthèse : Jésus a partagé notre condition humaine en tout jusqu’à la mort, et même qu’il est mort dans la trentaine sur une croix, même qu’il est retourné au ciel avec notre humanité. Depuis sa naissance dans la pauvreté d’une crèche lors d’un voyage (comme si Dieu qui ordonne le mouvement des astres ne savait pas choisir un meilleur moment pour la naissance de son Fils), depuis son exil en Egypte comme un vulgaire demandeur d’asile (l’actualité nous montre ce qu’a de dramatique cette situation), depuis sa vie simple de menuisier dans l’atelier de Joseph, depuis sa vie publique de prédicateur itinérant qui n’avait pas où reposer sa tête et qui ne dédaignait pas la compagnie des pécheurs publics (sans refuser non plus l’entrée dans les maisons des « grands » de son époque), depuis cette mort la plus ignominieuse qui soit… Jésus s’est vraiment fait l’un de nous, sans faire semblant, sans jouer la comédie. Il s’est abaissé le plus bas pour que personne ne se croie soustrait à son amitié, il s’est fait le plus petit des hommes pour que personne ne se sente gêné de l’approcher… Il a pris sur lui la condition humaine, même la plus dure, la plus basse… personne ne dira qu’il est étranger à ce qui se vit dans le monde, à ce qui s’expérimente de pénible. On ne dira plus « où était Dieu quand tel malheur est arrivé », puisqu’il prend la croix avec ceux qui ploient sous la croix multiforme de la condition humaine, de l’épreuve, de la souffrance.

Mais qui est-il donc ? Rappelons-nous les débuts de l’Eglise, et les débuts de la réflexion chrétienne. Un homme a circulé la Palestine en enseignant, en faisant des miracles. Puis il est mort, non « de belle mort », non pas dans son lit, mais sur une croix, comme le pire des salauds. Mais voilà que trois jours plus tard, il ressuscite, il est plus vivant que jamais puisqu’il ne peut plus mourir. D’où la question « qui est-il vraiment ? », question qui avait accompagné toute sa vie, mais qui devient encore plus essentielle après sa résurrection, après son ascension, après la Pentecôte. C’est de là que sont nés les « évangiles de l’enfance » (que nous avons en Matthieu et Luc) et le prologue de St Jean qui est plus théologique et plus explicite : « le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » Et voilà le « mystère » : vrai homme et vrai Dieu à la fois !

Il est difficile de se faire une idée de l’Homme-Dieu (équation à deux inconnus ?). Notre raison humaine trébuche là-dessus, même les grands esprits extraordinairement doués et rompus à toutes sortes de sciences. Est-ce que, dans l’homme Jésus historique, la divinité ne domine pas l’humanité ? est-ce que l’humanité n’engloutit pas la divinité ? Comment les 2 natures font ménage ensemble sans que l’une n’absorbe l’autre ? Quelle conscience en avait le Christ lui-même ? Et si l’on admet cela malgré tout l’illogisme, pourquoi se faire bébé, pourquoi ne pas venir dans le monde en homme adulte avec l’omniscience et la toute-puissance, au lieu de se faire enfant « infans » (littéralement incapable de parler… lui le Verbe éternel),  nu, désarmé, vulnérable, mendiant la tendresse et la protection, dépendant et totalement soumis ? Il aurait pu au moins naître dans un palais : au lieu de cela il est né chez des pauvres gens, au cours d’un voyage comme s’il avait mal choisi son moment, dans une mangeoire !  Admettons qu’il naisse dans la maison de Joseph, disons-nous souvent, pourquoi l’Eglise refuse de dire qu’il est tout simplement l’enfant naturel de Joseph, adopté en quelque sorte par Dieu qui en fait son fils à un titre spécial. Comme il est donc difficile de raisonner sur ce qui est écrit noir sur blanc dans le Credo ! Difficile de concilier les deux affirmations que Jésus était vrai homme et qu’il était vrai Dieu. L’évangile de Luc dit bien qu’il a été conçu avant que Marie n’habite avec Joseph, celui-ci, « homme juste » en était choqué et voulait répudier sa fiancée enceinte, avec délicatesse, mais avec fermeté aussi, parce qu’il savait pertinemment qu’il n’y était pour rien ! C’est alors qu’il reçoit son annonciation à lui : il apprend que l’enfant est l’œuvre du Saint-Esprit. Du reste si Jésus avait été l’enfant naturel de Joseph, cela aurait voulu dire qu’il a commencé à exister au moment de sa conception, ce qui exclut qu’il soit éternel comme Fils éternel du Père qui se fait chair. La logique n’y a pas son compte, car il faut bien tenir l’équilibre : ne rien affirmer qui diminue que Jésus soit homme, ne rien affirmer qui diminue qu’il soit Dieu. Un mystère ! une merveille de notre Dieu qui fait tout, pour nous sauver, pour manifester son Amour fou pour chacun de nous.

Dieu descend de son ciel, pour se mêler à nous. N’est-ce pas le message de Noël, le partage ? Nous mêler les uns aux autres, nous frotter les uns aux autres, nous passer cette flamme qu’est la joie contagieuse ? N’est-ce pas ce qui manque à nos Noëls : nos lumières restent sur le sapin et à nos fenêtres, nous ne nous rencontrons pas, nous ne partageons pas, aucune rencontre n’illumine notre cœur ni notre visage. Même notre religion reste du chacun pour soi. Descendons donc de notre nuage !

               

Ce que nous savons  - sans peut-être savoir l’expliquer, mais qu’importe -  c’est que Dieu a mis toute sa tendresse et son amour dans la fragilité et le visage d’un nouveau-né. L’Enfant-Dieu est là. Il n’est pas une énigme à déchiffrer. C’est une Personne qui apporte l’amour et qui demande à être aimé. Et pour nous, en cette solennité de la Nativité, c’est l’Enfant-Dieu à adorer, à contempler, comme les bergers, comme les mages afin de témoigner comme St Jean : nous avons vu sa gloire.

Noël casse l’image d’un Dieu tout-puissant, écrasant, caché, lointain, transcendant : dans l’Enfant-Dieu de la crèche, Dieu devient vulnérable, fragile, indigent, avec le risque qu’on ne le reconnaisse pas. Tant que Dieu fait gronder le tonnerre, on tremble et on se met à genoux. Sitôt qu’il devient l’un de nous, on passe à côté, on discute sa parole, on lui fait le procès… ce qui va culminer dans le procès devant Pilate et à la crucifixion. Nous croyons quelques fois que les contemporains de Jésus étaient des privilégiés, mais peu l’ont suivi tandis que la grande majorité lui a tourné le dos. Mais c’est vrai que nous partageons le même risque de ne pas le reconnaître quand il nous visite, quand il vient planter sa tente parmi nous. Si Dieu est devenu l’un d’entre nous, et même le plus petit, le bébé, le pauvre, c’est pour que personne ne se sente indigne de l’approcher, c’est pour ne faire peur à personne. Il ne s’agit donc plus d’escalader les cieux pour y chercher (y trouver) Dieu par l’ascèse ou les doctrines philosophiques : l’humilité de Dieu a fait qu’il a renversé la pyramide, il n’est plus au sommet, il est là tout près pour que tout homme qui le cherche avec droiture puisse le trouver, à commencer par les bergers de Bethléem (groupe méprisée dans la société à l’époque). La crèche est née de cet esprit qui magnifie l’humanité et l’humilité de Dieu.

Cette humilité de la crèche cache l’œuvre grandiose de la rédemption. L’Enfant-Dieu a été posé dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met de la nourriture pour donner la vie aux êtres qui vont manger dedans. C’est déjà un clin d’œil de ce qui va se réaliser à la Cène : le petit enfant qui vient de naître à Bethléem sera nourriture spirituelle pour toute l’humanité. Il a pris corps, et ce corps sera livré : « ceci est mon corps, prenez et mangez ; qui mange mon corps, vivra pour toujours ; vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, mais celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle ». Savez-vous ce que veut dire le nom Bethléem ? La maison du pain. Pour St Luc, l’enfant né à Bethléem, couché dans une mangeoire, est déjà le pain de vie ; il est emmailloté dans des langes, càd qu’il est présent de façon invisible dans les sacrements. Bethléem, la maison du pain, c'est la sainte Eglise, où l'on distribue le Corps du Christ, le vrai pain… pour la vie du monde.

Approchez-vous, venez adorer, venez manger, venez vers Celui qui est Vie, Lumière, Joie et Paix.

Amen

Vénuste

 

25 DECEMBRE 2021                                  Solennité de la Nativité

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Bethléem : la maison du pain

Sans conteste, la fête de Noël est la plus populaire ; elle garde beaucoup de succès, même dans les pays où on s’y attend le moins ou dans les familles auxquelles on n’aurait pas pensé qu’elles y pensent encore. Seulement, n’est-ce pas uniquement du folklore ? une tradition dont on a perdu tous les repères, du moins le sens le plus originel, le plus profond ? Combien font la fête sans penser à Jésus ! Noël ! Comme cela coïncide avec la fin de l’année, période où on échange les vœux, on fait la fête, mais on ne sait plus la raison profonde : l’accueil de l’espérance du monde, l’Enfant-Roi, l’Homme-Dieu.

Sous tant de folklore, il reste le désir de lumière, càd la soif de joie, de paix, de partage. La soif d’un bonheur qu’on n’achète pas avec des billets de banque, qu’on n’achète pas dans une grande surface. Finalement tout ce luxe de lumière à travers nos villes et nos villages, c’est l’étoile de Bethléem démultipliée. C’est l’annonce qu’il y a un Dieu, que ce Dieu partage notre histoire, Emmanuel Dieu parmi nous. Ces lumières sont une prière qui s’élève vers les cieux pour que le Seigneur envoie le salut. Noël est un rêve, le rêve d’un monde heureux, fait d’espoir, d’humanité et de paix.

Cette prière a rencontré la décision de Dieu de voler à notre secours (cette décision a devancé notre désir : Dieu nous a aimés le premier). Il l’a fait de façon inattendue : il est descendu en personne à travers son Fils Jésus, qui a pris chair de notre chair, qui s’est fait notre frère de race, quelqu’un de chez nous, né d’une femme, au sein d’une famille connue (la famille de Joseph, de la descendance de David), né à une date bien connue (lors du recensement décrété par l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie), en tout semblable à nous (sauf le péché). Ce n’est donc pas une fable, puisque c’est historique. Ce n’est pas non plus un déguisement comme les dieux de l’Olympe aimaient s’en servir pour se mêler aux mortels. Ce ne fut pas une courte parenthèse : Jésus a partagé notre condition humaine en tout jusqu’à la mort, et même qu’il est mort dans la trentaine sur une croix, même qu’il est retourné au ciel avec notre humanité. Depuis sa naissance dans la pauvreté d’une crèche lors d’un voyage (comme si Dieu qui ordonne le mouvement des astres ne savait pas choisir un meilleur moment pour la naissance de son Fils), depuis son exil en Egypte comme un vulgaire demandeur d’asile (l’actualité nous montre ce qu’a de dramatique cette situation), depuis sa vie simple de menuisier dans l’atelier de Joseph, depuis sa vie publique de prédicateur itinérant qui n’avait pas où reposer sa tête et qui ne dédaignait pas la compagnie des pécheurs publics (sans refuser non plus l’entrée dans les maisons des « grands » de son époque), depuis cette mort la plus ignominieuse qui soit… Jésus s’est vraiment fait l’un de nous, sans faire semblant, sans jouer la comédie. Il s’est abaissé le plus bas pour que personne ne se croie soustrait à son amitié, il s’est fait le plus petit des hommes pour que personne ne se sente gêné de l’approcher… Il a pris sur lui la condition humaine, même la plus dure, la plus basse… personne ne dira qu’il est étranger à ce qui se vit dans le monde, à ce qui s’expérimente de pénible. On ne dira plus « où était Dieu quand tel malheur est arrivé », puisqu’il prend la croix avec ceux qui ploient sous la croix multiforme de la condition humaine, de l’épreuve, de la souffrance.

Mais qui est-il donc ? Rappelons-nous les débuts de l’Eglise, et les débuts de la réflexion chrétienne. Un homme a circulé la Palestine en enseignant, en faisant des miracles. Puis il est mort, non « de belle mort », non pas dans son lit, mais sur une croix, comme le pire des salauds. Mais voilà que trois jours plus tard, il ressuscite, il est plus vivant que jamais puisqu’il ne peut plus mourir. D’où la question « qui est-il vraiment ? », question qui avait accompagné toute sa vie, mais qui devient encore plus essentielle après sa résurrection, après son ascension, après la Pentecôte. C’est de là que sont nés les « évangiles de l’enfance » (que nous avons en Matthieu et Luc) et le prologue de St Jean qui est plus théologique et plus explicite : « le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » Et voilà le « mystère » : vrai homme et vrai Dieu à la fois !

Il est difficile de se faire une idée de l’Homme-Dieu (équation à deux inconnus ?). Notre raison humaine trébuche là-dessus, même les grands esprits extraordinairement doués et rompus à toutes sortes de sciences. Est-ce que, dans l’homme Jésus historique, la divinité ne domine pas l’humanité ? est-ce que l’humanité n’engloutit pas la divinité ? Comment les 2 natures font ménage ensemble sans que l’une n’absorbe l’autre ? Quelle conscience en avait le Christ lui-même ? Et si l’on admet cela malgré tout l’illogisme, pourquoi se faire bébé, pourquoi ne pas venir dans le monde en homme adulte avec l’omniscience et la toute-puissance, au lieu de se faire enfant « infans » (littéralement incapable de parler… lui le Verbe éternel),  nu, désarmé, vulnérable, mendiant la tendresse et la protection, dépendant et totalement soumis ? Il aurait pu au moins naître dans un palais : au lieu de cela il est né chez des pauvres gens, au cours d’un voyage comme s’il avait mal choisi son moment, dans une mangeoire !  Admettons qu’il naisse dans la maison de Joseph, disons-nous souvent, pourquoi l’Eglise refuse de dire qu’il est tout simplement l’enfant naturel de Joseph, adopté en quelque sorte par Dieu qui en fait son fils à un titre spécial. Comme il est donc difficile de raisonner sur ce qui est écrit noir sur blanc dans le Credo ! Difficile de concilier les deux affirmations que Jésus était vrai homme et qu’il était vrai Dieu. L’évangile de Luc dit bien qu’il a été conçu avant que Marie n’habite avec Joseph, celui-ci, « homme juste » en était choqué et voulait répudier sa fiancée enceinte, avec délicatesse, mais avec fermeté aussi, parce qu’il savait pertinemment qu’il n’y était pour rien ! C’est alors qu’il reçoit son annonciation à lui : il apprend que l’enfant est l’œuvre du Saint-Esprit. Du reste si Jésus avait été l’enfant naturel de Joseph, cela aurait voulu dire qu’il a commencé à exister au moment de sa conception, ce qui exclut qu’il soit éternel comme Fils éternel du Père qui se fait chair. La logique n’y a pas son compte, car il faut bien tenir l’équilibre : ne rien affirmer qui diminue que Jésus soit homme, ne rien affirmer qui diminue qu’il soit Dieu. Un mystère ! une merveille de notre Dieu qui fait tout, pour nous sauver, pour manifester son Amour fou pour chacun de nous.

Dieu descend de son ciel, pour se mêler à nous. N’est-ce pas le message de Noël, le partage ? Nous mêler les uns aux autres, nous frotter les uns aux autres, nous passer cette flamme qu’est la joie contagieuse ? N’est-ce pas ce qui manque à nos Noëls : nos lumières restent sur le sapin et à nos fenêtres, nous ne nous rencontrons pas, nous ne partageons pas, aucune rencontre n’illumine notre cœur ni notre visage. Même notre religion reste du chacun pour soi. Descendons donc de notre nuage !

               

Ce que nous savons  - sans peut-être savoir l’expliquer, mais qu’importe -  c’est que Dieu a mis toute sa tendresse et son amour dans la fragilité et le visage d’un nouveau-né. L’Enfant-Dieu est là. Il n’est pas une énigme à déchiffrer. C’est une Personne qui apporte l’amour et qui demande à être aimé. Et pour nous, en cette solennité de la Nativité, c’est l’Enfant-Dieu à adorer, à contempler, comme les bergers, comme les mages afin de témoigner comme St Jean : nous avons vu sa gloire.

Noël casse l’image d’un Dieu tout-puissant, écrasant, caché, lointain, transcendant : dans l’Enfant-Dieu de la crèche, Dieu devient vulnérable, fragile, indigent, avec le risque qu’on ne le reconnaisse pas. Tant que Dieu fait gronder le tonnerre, on tremble et on se met à genoux. Sitôt qu’il devient l’un de nous, on passe à côté, on discute sa parole, on lui fait le procès… ce qui va culminer dans le procès devant Pilate et à la crucifixion. Nous croyons quelques fois que les contemporains de Jésus étaient des privilégiés, mais peu l’ont suivi tandis que la grande majorité lui a tourné le dos. Mais c’est vrai que nous partageons le même risque de ne pas le reconnaître quand il nous visite, quand il vient planter sa tente parmi nous. Si Dieu est devenu l’un d’entre nous, et même le plus petit, le bébé, le pauvre, c’est pour que personne ne se sente indigne de l’approcher, c’est pour ne faire peur à personne. Il ne s’agit donc plus d’escalader les cieux pour y chercher (y trouver) Dieu par l’ascèse ou les doctrines philosophiques : l’humilité de Dieu a fait qu’il a renversé la pyramide, il n’est plus au sommet, il est là tout près pour que tout homme qui le cherche avec droiture puisse le trouver, à commencer par les bergers de Bethléem (groupe méprisée dans la société à l’époque). La crèche est née de cet esprit qui magnifie l’humanité et l’humilité de Dieu.

Cette humilité de la crèche cache l’œuvre grandiose de la rédemption. L’Enfant-Dieu a été posé dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met de la nourriture pour donner la vie aux êtres qui vont manger dedans. C’est déjà un clin d’œil de ce qui va se réaliser à la Cène : le petit enfant qui vient de naître à Bethléem sera nourriture spirituelle pour toute l’humanité. Il a pris corps, et ce corps sera livré : « ceci est mon corps, prenez et mangez ; qui mange mon corps, vivra pour toujours ; vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, mais celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle ». Savez-vous ce que veut dire le nom Bethléem ? La maison du pain. Pour St Luc, l’enfant né à Bethléem, couché dans une mangeoire, est déjà le pain de vie ; il est emmailloté dans des langes, càd qu’il est présent de façon invisible dans les sacrements. Bethléem, la maison du pain, c'est la sainte Eglise, où l'on distribue le Corps du Christ, le vrai pain… pour la vie du monde.

Approchez-vous, venez adorer, venez manger, venez vers Celui qui est Vie, Lumière, Joie et Paix.

Amen

Vénuste

 

Date de dernière mise à jour : 11/08/2022