Jour de Fêtes

 

25 DECEMBRE 2023

 

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Fête de Noël

Isaïe 9, 1-6 : au peuple écrasé par les guerres et l’esclavage, le prophète annonce une bonne nouvelle : la naissance d’un nouveau chef qui apportera la paix et la liberté. Cette annonce vaut bien plus encore pour le petit enfant de la crèche, à la condition qu’elle soit purifiée des propos guerriers.

Tite 2, 11-14 : Jésus apporte le salut et le bonheur à ceux qui vivent dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux.

Luc 2, 1-14 : la Bonne Nouvelle, l’Evangile, ce n’est pas d’abord un texte, mais la Personne de Jésus dont la naissance a eu lieu dans la petite localité de Bethléem, la cité de David, pour qu’il soit de la lignée de David. Joseph et Marie, sa Mère, étaient en voyage. La naissance est annoncée aux gens les plus méprisés de l’époque, les bergers. Tout cela s’est passé de façon très ordinaire, mais l’événement va bouleverser le monde entier… ça fait deux mille ans.

Isaïe 52, 7-10 : le Seigneur a consolé son peuple. Le prophète invite à la joie. Noël est une fête de la lumière et de la joie. Mais il ne faut pas que ce soit superficiel, à la surface : notre joie doit être dans le cœur et pour toute la vie.

Hébreux 1, 1-6 : notre Dieu est un Dieu qui parle, qui communique. Il l’a fait par les prophètes, et dans les derniers temps, il a parlé par son Fils, « expression parfaite de son être ». Désormais celui qui veut connaître Dieu, écoutera Jésus.

Jean 1, 1-18 : l’évangéliste Jean a connu Jésus pour l’avoir suivi dans sa mission et l’avoir vu ressuscité. Il a compris que Jésus est Dieu ; c’est le Verbe, vraie Lumière, « par lui tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui ». Tous ceux qui accueillent Jésus, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Sommes-nous du nombre ?

Sans conteste, la fête de Noël est la plus populaire ; elle garde beaucoup de succès, même dans les pays où on s’y attend le moins ou dans les familles auxquelles on n’aurait pas pensé qu’elles y pensent encore (imaginez-vous Abou Dabi qui, une année, organise une compétition pour le plus haut sapin de Noël du monde et donc le plus cher en millions de dollars). Seulement, n’est-ce pas seulement du folklore ? une tradition dont on a perdu tous les repères, du moins le sens le plus primitif, le plus profond ? Combien font la fête sans penser à Jésus (comment vraiment célébrer l’anniversaire de quelqu’un sans penser à lui ?) ! Noël ! Comme cela coïncide avec la fin de l’année, période où on échange les vœux, on réunit la famille, on fait la fête, mais on ne sait plus la raison profonde qui est : l’accueil de l’espérance du monde, l’enfant-roi, l’Homme-Dieu.

Sous tant de folklore, Noël reste le désir de lumière, càd la soif de joie, de paix, de partage. La soif d’un bonheur qu’on n’achète pas avec des billets de banque, qu’on n’achète pas dans une grande surface. Finalement tout ce luxe de lumière à travers nos villes et nos villages, c’est l’étoile de Bethléem démultipliée. C’est l’annonce qu’il y a un Dieu, que ce Dieu partage notre histoire, Emmanuel Dieu parmi nous. Ces lumières sont une prière qui s’élève vers les cieux pour que le Seigneur envoie le salut. Noël est un rêve, le rêve d’un monde heureux, fait d’espoir, d’humanité et de paix.

Cette prière a rencontré la décision de Dieu de voler à notre secours. Il l’a fait de façon inattendue : il est descendu en personne à travers son Fils Jésus, qui a pris chair de notre chair, qui s’est fait notre frère de race, né d’une femme, au sein d’une famille connue (la famille de Joseph, de la descendance de David), né à une date bien connue (lors du recensement décrété par l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie), en tout semblable à nous (sauf le péché). Ce n’est donc pas une fable, puisque c’est historique. Ce n’est pas non plus un déguisement comme les dieux de l’Olympe aimaient s’en servir pour se mêler aux mortels. Ce ne fut pas une courte parenthèse : le Christ est remonté au ciel avec notre condition humaine, il siège dans la gloire mais porte encore les stigmates des clous (mais ce ne sont plus des plaies).

Depuis sa naissance dans la pauvreté d’une crèche lors d’un voyage (comme si Dieu qui ordonne le mouvement des astres ne savait pas choisir un meilleur moment pour la naissance de son Fils), depuis son exil en Egypte comme un vulgaire demandeur d’asile politique, depuis sa vie simple de menuisier dans l’atelier de Joseph, depuis sa vie publique de prédicateur itinérant qui n’avait pas où reposer sa tête et qui ne dédaignait pas la compagnie des pécheurs publics (sans refuser non plus l’entrée dans les maisons des « grands » de son époque), depuis cette mort sur la croix, la plus ignominieuse qui soit… Jésus s’est vraiment fait l’un de nous, sans faire semblant, sans jouer la comédie. Il s’est abaissé le plus bas pour que personne ne se croie soustrait à son amitié, il s’est fait le plus petit des hommes pour que personne ne se sente gêné, indigne, de l’approcher… Il a pris sur lui la condition humaine, même la plus dure, la plus basse… personne ne dira qu’il est étranger à ce qu’il vit, à ce qu’il expérimente.

Mais qui est-il donc ? Rappelons-nous les débuts de l’Eglise, et les débuts de la réflexion chrétienne. Un homme a circulé la Palestine en enseignant, en faisant des miracles. Puis il est mort, non « de belle mort », non pas dans son lit, mais sur une croix, comme le pire des salauds. Mais voilà que trois jours plus tard, il ressuscite, il est plus vivant que jamais puisqu’il ne peut plus mourir. D’où la question « qui est-il vraiment ? », question qui avait accompagné toute sa vie, mais qui devient encore plus essentielle après sa résurrection, après son ascension, après la Pentecôte. Ce qu’il est, l’est-il adulte seulement ou l’était-il bébé déjà, à la conception… ? C’est de là que sont nés les « évangiles de l’enfance » (que nous avons en Matthieu et Luc) et le prologue de St Jean qui est plus théologique et plus explicite : « le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » Et voilà le « mystère » : vrai homme et vrai Dieu à la fois !

Il est difficile de se faire une idée de l’Homme-Dieu. Notre raison humaine trébuche là-dessus, même les grands esprits extraordinairement doués et rompus à toutes sortes de sciences (rien à voir avec la science d’ailleurs : il l’a révélé aux tout petits). Est-ce que, dans l’homme Jésus historique, la divinité ne domine pas l’humanité ? Est-ce que l’humanité n’engloutit pas la divinité ? Comment les 2 natures font l’unité ensemble sans que l’une n’absorbe l’autre ? Quelle conscience en avait le Christ lui-même ? Et si l’on admet cela malgré tout l’illogisme, pourquoi se faire bébé, pourquoi ne pas venir dans le monde en homme adulte avec l’omniscience et la toute-puissance, au lieu de se faire enfant, « infans » (littéralement incapable de parler… lui le Verbe éternel), nu, désarmé, vulnérable, mendiant la tendresse et la protection, dépendant et totalement soumis ? Il aurait pu au moins naître dans un palais : au lieu de cela il est né chez des pauvres gens, au cours d’un voyage comme s’il avait mal choisi son moment, dans une mangeoire ! Il est donc difficile de raisonner sur ce qui est écrit noir sur blanc dans le Credo. Difficile de concilier les deux affirmations que Jésus est vrai homme et vrai Dieu.

Dieu descend de son ciel, pour se mêler à nous. N’est-ce pas le message de Noël, le partage ? Nous mêler les uns aux autres, nous frotter les uns aux autres, nous passer cette flamme qu’est la joie contagieuse ? N’est-ce pas ce qui manque à nos Noëls : nos lumières restent sur le sapin et à nos fenêtres, nous ne nous rencontrons pas, nous ne partageons pas, aucune rencontre n’illumine notre cœur ni notre visage. Même notre religion reste du chacun pour soi. Descendons de notre nuage !

Ce que nous savons - sans peut-être savoir l’expliquer, mais qu’importe - c’est que Dieu a mis toute sa tendresse et son amour dans la fragilité et le visage d’un nouveau-né. L’Enfant-Dieu est là. Il n’est pas une énigme à déchiffrer, une équation à plusieurs inconnus. C’est une Personne qui apporte l’amour et qui demande à être aimé. Et pour nous, en cette solennité de la Nativité, c’est l’Enfant-Dieu à adorer, à contempler : nous avons vu sa gloire, nous dit St Jean.

Noël casse l’image d’un Dieu tout-puissant, écrasant, caché, lointain, transcendant : dans l’Enfant-Dieu de la crèche, Dieu devient vulnérable, fragile, indigent, aimable plutôt que redoutable, avec le risque de ne pas être reconnu. Tant que Dieu fait gronder le tonnerre, on tremble et on se met à genoux. Sitôt qu’il devient l’un de nous, on passe à côté, on discute sa parole, on lui fait le procès… ce qui va culminer dans le procès devant Pilate et à la crucifixion. Nous croyons quelques fois que les contemporains de Jésus étaient des privilégiés, mais peu l’ont suivi tandis que la grande majorité lui a tourné le dos. Mais c’est vrai que nous partageons le même risque de ne pas le reconnaître quand il nous visite, quand il vient planter sa tente parmi nous. Si Dieu est devenu l’un d’entre nous, et même le plus petit, le bébé, le pauvre, c’est pour que personne ne se sente indigne de l’approcher, c’est pour ne faire peur à personne. Il ne s’agit donc plus d’escalader les cieux pour y chercher (y trouver) Dieu par l’ascèse ou les doctrines philosophiques : l’humilité de Dieu a fait qu’il a renversé la pyramide, il n’est plus au sommet, il est là tout près pour que tout homme qui le cherche avec droiture puisse le trouver. La crèche est née de cet esprit qui magnifie l’humanité et l’humilité de Dieu.

Cette humilité de la crèche cache l’œuvre grandiose de la rédemption. L’Enfant-Dieu a été posé dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met de la nourriture pour donner la vie aux êtres qui vont manger dedans. C’est déjà un clin d’œil de ce qui va se réaliser à la Cène : le petit enfant qui vient de naître à Bethléem sera nourriture spirituelle pour toute l’humanité. Il a pris corps, et ce corps sera livré : ceci est mon corps, prenez et mangez ; qui mange mon corps, vivra pour toujours ; vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, mais celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle.

Savez-vous ce que veut dire le nom Bethléem en hébreu ? La maison du pain. Pour St Luc, l’enfant né à Bethléem, couché dans une mangeoire, est déjà le pain de vie ; il est emmailloté dans des langes, càd qu’il est présent de façon invisible dans les sacrements. Bethléem, la maison du pain, c'est la sainte Eglise, où l'on distribue le Corps du Christ, le vrai pain… pour la vie du monde. Approchez-vous, venez adorer, venez manger.

Amen

Vénuste

 

1er NOVEMBRE 2023

FÊTE DE TOUSSAINT

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Une fête triomphale

Apocalypse 7, 2… 14 : en un langage codé, l’auteur veut apporter un message d’espérance aux premières communautés chrétiennes qui subissaient d’atroces persécutions. La révélation p roclamée (le mot apocalypse signifie révélation, le fait d’enlever le voile qui cachait), c’est que l’Agneau immolé a remporté la victoire définitive sur la mort, et que, par conséquent, tous ceux qui le suivent et spécialement les martyrs, participeront à la même victoire à travers l’épreuve. Le Christ a vaincu la mort et ceux qui lui sont fidèles, sans faiblir dans l’adversité, participent déjà à son triomphe. Ils sont une foule immense.

1 Jean 3, 1-3 : que sont devenus nos défunts ? que deviendrons-nous nous-mêmes à la mort ? Une déduction permet de répondre : si Dieu, dans son immense amour, fait de nous ses enfants, il ne peut nous abandonner à la mort ; or, en Jésus, nous voyons déjà (mais pas encore en plénitude) à quel avenir conduit l’appartenance à la famille divine : nous lui serons semblables. Nous communierons à la même vie, à la même béatitude éternelle. L’espérance chrétienne est fondée sur l’amour de Dieu qui a fait de nous ses enfants. Loin d’être une attitude passive, elle est action transformatrice : elle rend pur, permet de devenir comme le Christ, maintenant déjà.

Matthieu 5, 1-12 : les béatitudes reflètent l’icône de Jésus, lui-même pauvre, assoiffé de justice, miséricordieux, pur, doux, artisan de paix, persécuté. Elles sont par conséquent l’icône du vrai disciple. Les amis de Jésus vivent l’épreuve eux aussi, mais ont la promesse de la résurrection. Ils sont heureux, déjà maintenant… « à cause de moi », dit Jésus. L’homme veut être heureux car Dieu l’a créé pour être heureux, il l’appelle au bonheur. Les béatitudes sont la charte du bonheur, la seule voie vers le bonheur véritable, plénier et éternel. Chouraqui traduit « heureux » par « en marche ».
 

Les origines de la solennité de la Toussaint remontent au temps où, les persécutions ayant cessé, l’Église éprouva le besoin de fêter en une célébration commune, les innombrables martyrs connus et inconnus. L’Orient commémorait alors tous les martyrs le premier dimanche après la Pentecôte, comme fruits de l’Esprit qui avait animé ces héros de la foi. A Rome, la fête prit de l’ampleur quand l’empereur Phocas offrit au pape Boniface IV (608-615) le temple païen du Panthéon. Tout naturellement, ce temple, consacré à tous les dieux, devint une église consacrée à tous les martyrs. Boniface IV lui donna le nom de Sainte-Marie-aux-Martyrs, la consacra le 13 mai 609 et y fit transporter un grand nombre de reliques de martyrs, vingt-huit chariots pleins, dit-on (les catacombes en regorgeaient). Grégoire IV (827-844) déplaça la fête au 1er novembre pour une simple raison pratique : pouvoir disposer des récoltes de la moisson et des vendanges pour nourrir la multitude de gens qui se rendaient à cette fête, ce qui était difficile pendant l’hiver. Il décida également que la fête, réservée jusque-là aux seuls martyrs, s’étendra désormais à tous les saints. Sa place à la fin de l’année liturgique se justifie comme un couronnement, une plénitude de la grâce du Christ et comme la vision de notre propre gloire future.

La Toussaint doit garder son caractère de fête, de fête triomphale. Car c’est bien de triomphe, de réussite finale qu’il s’agit, de fierté devant tant d’hommes et de femmes qui ont « fait » l’Église. La liturgie de cette fête projette devant nos yeux tant de magnifiques exemples d’une sainteté possible ! Il n’y a pas que les saints du calendrier, les géants de la sainteté, qui ont « les honneurs des autels », comme on dit, parce que l’Eglise les a canonisés ou béatifiés. On a reproché au Pape Jean-Paul II d’en avoir canonisé et béatifié des foules. La fête de la Toussaint lui donne raison, car ceux qui sont déjà dans la proximité de Dieu sont des multitudes innombrables depuis les millénaires que le Seigneur les accueille. Cette pensée nous permet de comprendre que la sainteté n’est pas réservée à une élite, à des êtres extraordinaires. Elle nous permet de comprendre que la sainteté est possible parce qu’à la portée de tout le monde, sans le privilège de naissance, ni de hautes études, surtout pas de moyens financiers (comme quand on croyait payer les indulgences !). Il fut un temps où les saints (officiels), à part les martyrs, étaient presque exclusivement des évêques, des moines, des religieuses… comme si le chemin de la sainteté exigeait la soutane et l’habit monastique. Fort heureusement, les laïcs ont fait leur entrée dans le calendrier liturgique et même deux couples (Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi béatifiés en 2001 ; Louis et Zélie Martin, les parents de Ste Thérèse de Lisieux, béatifiés le 19 octobre 2008). Carlo Acutis, le « cyber-apôtre » des miracles eucharistiques et des apparitions mariales, mort à 15 ans le 12 octobre 2006, a été béatifié ce 10 octobre 2020 à Assise, 3ème cas dans l’histoire, un enfant béatifié alors que ses parents sont encore en vie.

Toutes les catégories de personnes et toutes les professions sont donc représentées dans « la communion des saints » : « la vocation à la sainteté s’adresse à tous les fidèles, quel que soit leur état ou leur rang » (Vatican II). Il y a des couples, il y a des rois, il y a des mères de familles, des fonctionnaires, des SDF, des artisans, des artistes, des jeunes, des vieux, des éducateurs… des non-catholiques, des non-chrétiens… on sera étonné d’y trouver ceux qu’on ne s’attendait pas à y rencontrer. D’ailleurs certains, nous les avons bien connus sans nous douter qu’ils iraient droit au ciel à leur mort. Dans cette cohorte de saints, il y a des membres de famille, des collègues de travail, des amis d’enfance, des voisins de quartier. Ce serait faux de les appeler des « anonymes », car s’ils ne nous sont pas connus à nous les hommes, ils sont dans le cœur de Dieu, leurs noms ont été gravés sur les paumes du Christ, ils sont très connus de la Trinité sainte. Entre parenthèses, la croyance en un jugement universel au « dernier jour » est battue en brèche par cette conviction que les saints n’attendent pas ce jour puisqu’ils vont droit au ciel : l’Eglise dit que le jour de leur mort est le jour de leur naissance au ciel.

C’est la foi pascale que nous professons à la Toussaint : l’œuvre de salut réalisée dans la Pâque du Christ continue à porter du fruit en faisant participer les humains au triomphe du Christ sur le mal et sur la mort. La sainteté, c’est la vie enfin libérée de la mort par Jésus Christ, c’est toute vie qui reflète la lumière du Ressuscité. La sainteté chrétienne n'est pas synonyme de perfection humaine, elle est le signe de l’œuvre de l'Esprit « Saint » dans une vie humaine. La sainteté, c’est moins l’œuvre et le mérite de l’homme qui devient saint, que l’œuvre de la grâce de Dieu qui se fait efficace dans la personne humaine. Cette grâce efficace a été donnée au baptême : pour St Paul, tout baptisé est saint. L’amour de Dieu nous a inondés, immergés dans l’eau du baptême et l’onction de l’Esprit. Nous avons été sanctifiés et purifiés dans la mort-résurrection de Jésus, nous avons revêtu la dignité d’enfants de Dieu. Dans le baptême, Dieu nous a tous sanctifiés ; mais depuis lors chacun est responsable de sa sainteté (initiale), libre de la développer, de la préserver de toute souillure, d’en vivre et d’en témoigner. Être saint, ce n’est pas autre chose : c’est accepter que s’accomplisse en nous ce désir de Dieu qui fait de nous ses enfants à l’image de son Fils, c’est vivre pleinement dans l’amour dont le Père nous a comblés. Cette sainteté est à la portée de tous : il suffit de répondre à l’amour en empruntant le chemin de l’amour qui nous a été révélé par Jésus Christ.

En célébrant la Toussaint, nous affirmons que la sainteté est possible pour tout un chacun, pour nous-mêmes également. Car cette sainteté-là, c’est la nôtre. Il y a différents domaines où il faut être doué, surdoué même. Dans le domaine de la sainteté, les dons sont communs, personne n’en est démuni. Au contraire, plus on est simple, plus on est saint. Les béatitudes nous semblent inaccessibles parce que nous avons tendance à être compliqués. Nous ne sommes pas tous capables de gagner un record dans une course d’obstacles, nous ne sommes pas tous capables d’accéder à des grades académiques, mais qui n’est pas capable d’être doux, d’être miséricordieux, de faire la paix ? Arrêtons donc de toujours invoquer l’excuse à nos égarements ou à nos lenteurs, que nous ne sommes pas des saints. Dieu qui nous appelle à la sainteté, sait que nous en sommes capables, sa grâce est là pour nous y aider ainsi que la prière et le soutien de tous les saints, surtout les saints de nos familles. Il ne doute pas de nous, pourquoi doutons-nous de nous-mêmes ? Louons le Seigneur pour ce bonheur qu’il nous appelle à partager avec lui et ses saints. La fête de la Toussaint est là pour nous rappeler que la sainteté est ce qu’il y a de plus réaliste, de plus vrai, peut-être pas de plus facile, mais certainement de plus accessible à tout le monde. Une sainteté laïque, dit quelqu’un, pour un peuple sacerdotal !

Nous adhérons à la charte des béatitudes, pour y conformer nos vies sans réticence, sans demi-mesure et sans hésitation. Nous nous engageons, comme les saints, dans cette voie qui est sainteté parce qu’elle est humanité : il s’agit d’être humain en travaillant à faire advenir un monde heureux, un monde autre, un monde nouveau, de justice, de paix, de miséricorde, de pardon. Car être saint, ce n’est pas être parfait mais sans s’occuper des autres (« je n’ai qu’une âme à sauver »), c’est être humain en promouvant les valeurs de paix, de vérité, de justice, de fraternité, de solidarité, de respect des autres, de bonté, d’amour… dans le quotidien de la vie, à la maison comme au travail, dans la prière comme dans les loisirs. Je vous proposerais de lire le texte des béatitudes en parallèle avec la prière de St François d’Assise, notre saint patron, qui a trouvé la joie à être instrument de la paix du Seigneur, à mettre l’amour là où il y a la haine, le pardon là où il y a l’offense, l’union là où il y a la discorde, la vérité là où il y a l’erreur, la foi là où il y a le doute, l’espérance là où il y a le désespoir, la lumière là où il y a les ténèbres, la joie là où il y a la tristesse. « Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer ». Le Dalaï Lama parle de compassion, comme le texte de Matthieu sur le jugement dernier : j’avais faim tu m’as nourri, j’étais malade tu m’as visité... C’est cela être humain, c’est cela être saint. Prions les uns pour les autres afin de le réaliser dans cette vie, et rejoindre les saints dans l’autre vie. Afin de réaliser notre vocation : nous sommes tous appelés à la sainteté. Prions pour que notre monde soit plus humain et devienne donc le Royaume de Dieu.

Chacun pourrait choisir une des béatitudes sur laquelle portera son effort (ascèse) : soit parce qu’elle lui est la plus significative, soit qu’elle lui est la plus facile, soit au contraire parce qu’elle lui est la plus difficile à vivre dans le quotidien (un défi). Non pour serrer les dents, mais pour rayonner la joie.

Amen

Vénuste

15 AOUT 2023

FÊTE DE L'ASSOMPTION 

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Assomption de Marie

 

Apocalypse 11, 19… 12, 10 : à travers un langage codé (le genre littéraire apocalyptique), Jean nous révèle que Dieu arrache ses fidèles à toutes les formes de mort. La Femme dont il s’agit est à la fois Marie et l’Eglise : Marie est la figure et le modèle de l’Eglise ; en elle, l’humanité est déjà accueillie auprès de Dieu. Tout ce qui se dit de l’Eglise, peut se dire de la Vierge Marie et inversement. Les théologiens ont toujours compris la Femme dont il s’agit ici comme étant l’Eglise, la nouvelle Eve, le nouvel Israël ; Dieu protège la descendance de la Femme de toutes sortes de persécuteurs (le dragon énorme). Le mot de la fin sera toujours que la puissance et la gloire sont à Dieu.

1 Corinthiens 15, 20-27 : le fondement de toute espérance de vie éternelle, c’est la résurrection du Christ ; en lui, tous, nous revivrons. S’il y a une solidarité de tous avec le premier Adam qui nous a entraînés la mort, il y a une solidarité plus grande encore avec le nouvel Adam qui a terrassé tous ses ennemis : le dernier ennemi qu’il a détruit, c’est la mort. L’assomption est une forme privilégiée de la résurrection. L’Eglise appelle Marie « la première des sauvés ». « Dans le Christ tous revivront mais chacun à son rang ». Tous participeront à la victoire sur la mort, à la résurrection du Christ. S’il y a un ordre de priorité, il est « de la plus haute convenance » de reconnaître la place éminente de la Mère de Dieu. Si elle n’est pas ressuscitée, qui peut prétendre à la résurrection ?

Luc 1, 39-56 : la scène de la Visitation est une explosion de joie et de louange ; même le fœtus tressaille d’allégresse et danse dans le sein de sa mère. Les deux femmes ne parlent pas uniquement de leurs vies personnelles (comblées de grâces l’une comme l’autre), mais chantent l’action de Dieu dans toute l’histoire humaine. « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». La béatitude, le bonheur de Marie réside dans sa foi ; ce qui fait d’elle le modèle des croyants de tous les temps. Dans son chant du Magnificat, Marie ne se raconte pas : elle décrit le programme que Dieu avait commencé à réaliser depuis la genèse, qu’il a poursuivi en elle et qu’il accomplit à présent dans l’Eglise.
 

Des gens (le cinéaste James Cameron p.e.) prétendent avoir découvert les tombes de Jésus et de sa famille. La résurrection de Jésus et l’Assomption de Marie sont aux antipodes de ces élucubrations dont le but est d’essayer de jeter le trouble dans l’esprit des chrétiens (et engranger des sous).

Un peu d’historique pour savoir les origines et l’évolution de la fête d’aujourd’hui. On relève une fête de la « dormition » de Marie dès le milieu du 5e siècle : une espèce de « transition » par la mort, « le temps de changer le vêtement de la terre en vêtement de gloire ». L’évêque palestinien de Livias en Transjordanie, en parle dans une homélie vers les années 550-560 en s’appuyant sur des arguments théologiques. Au siècle suivant, l’empereur Maurice (+602) la transféra au 15 août, prescrivant de la solenniser tout particulièrement. La fête est généralisée en Orient et en Occident vers le 7e siècle, mais son objet précis, tel que l’a défini Pie XII dans le dogme de l’assomption, n’était pas aussi évident au départ. On célébrait la dormition de Marie, c’est-à-dire sa mort, tout comme on célébrait le jour de la mort des martyrs. L’Orient célébra assez vite l’assomption corporelle de Marie. Cette fête compte parmi les plus grandes de l’année, et les moines la font précéder d’un long jeûne. L’Occident, par contre, resta sur sa réserve parce que cette assomption corporelle s’appuyait sur des récits apocryphes dont on se méfiait. La croyance en l’assomption corporelle de Marie se précisa lentement. Le premier tympan sculpté (12°s) représentant l’assomption et le couronnement de Marie au ciel, se trouve dans la vieille ville royale de Senlis (Oise). Au 13e siècle, il n’y a plus trace d’hésitation, et la fête prend de l’ampleur. Napoléon garda l’Assomption comme une des 4 « fêtes d’obligation » (chômées) - avec l’Ascension, la Toussaint et Noël. On argumenta du fait que, Marie ayant été la mère de Jésus, il était de « la plus haute convenance » que le corps de la Vierge, qui avait donné sa chair à l’humanité du Christ, fût préservé de la pourriture (corruption, décomposition) du tombeau : « Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en son corps et en son âme à la gloire du ciel » (Pie XII en 1950).

Il est de la plus haute convenance ! La fête de l’assomption vient d’une déduction. La Bible ne dit nulle part que Marie a été assumée au ciel avec son corps et son âme. Mais il y a un faisceau de données qui fondent cette affirmation proclamée « dogme » parce que l’Eglise y a toujours cru et l’a toujours célébrée, ce qui a amené Pie XII à « définir » ce dogme. On peut ramener ces données à deux principales : d’abord, selon l’expression de St Paul, « c’est dans le Christ que tous revivront », ensuite, selon l’expression du symbole des apôtres, « je crois à la résurrection de la chair ».

Ce qui fonde tout, c’est bien sûr la résurrection du Christ. Le Seigneur ressuscité fait participer à sa victoire tous les siens, on peut même dire tous les humains, puisqu’il est mort pour tous, pour que tous aient la vie et l’aient en abondance. Il est le premier-né d’entre les morts. L’Evangile est parcouru de beaucoup d’affirmations dans lesquelles Jésus promet la résurrection et la vie éternelle. « Celui qui croit en moi vivra, même s’il est mort. » « Là où je suis, là sera mon serviteur ». Et un texte qui sonne comme le mot « assomption » (assumer) : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » Le message premier des apôtres (le kérygme), la Bonne Nouvelle, c’est justement la résurrection, celle du Christ et la nôtre : c’est pour cette vérité qu’ils ont accepté le martyre.

Si donc tous les disciples de Jésus ressuscitent pour avoir accueilli et pratiqué sa Parole dans leur vie, comment a fortiori ne ressusciterait pas celle qui a accueilli, conçu et porté (dans son corps) le Verbe de Dieu ? « Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur », dit Elisabeth. « Heureux le ventre qui t’a porté et le sein qui t’a nourri », dira à Jésus une femme de la foule. Il faut s’étonner des réticences à affirmer de Marie ce que nous affirmons de n’importe quel disciple et que nous souhaitons pour nous-mêmes. Car Marie est la figure, le prototype : elle est « la première des sauvés », c’est en elle d’abord que ce sont vérifiées les promesses de Dieu.

Jésus l’a attirée à lui comme il attire toute l’humanité rachetée, il l’a fait participer à sa victoire sur la mort, à sa gloire, à sa résurrection ; elle jouit avec lui de la vie éternelle. Le N.T. ne le dit pas, mais il est « de la plus haute convenance » que l’Eglise y croit et le célèbre, ce qui se vérifie à travers les siècles.

L’autre vérité de cette fête, c’est ce que nous disons dans « le Symbole des Apôtres » : la résurrection de la chair (dans le Credo de Nicée-Constantinople, nous disons simplement la résurrection des morts). Le catéchisme nous a habitués à penser l’homme selon le dualisme platonicien qui veut que le corps doit être détruit alors que l’âme doit rester immortelle. Sans entrer dans les débats d’écoles, je dirais que la Bible et la liturgie parlent d’un corps ressuscité. Pour ne donner qu’un exemple, je cite le mémento des défunts de la 3ème prière eucharistique lors des funérailles : « Souviens-toi de N…. Puisqu’il a été baptisé dans la mort de ton Fils, accorde-lui de participer à sa résurrection, le jour où le Christ, ressuscitant les morts, rendra nos pauvres corps pareils à son corps glorieux ». C’est tout notre être (corps, âme et esprit) qui est appelé à la transfiguration. En fait c’est plus exact de dire que la personne ressuscite : la personne, c’est ce qui fait la personne humaine malgré les contingences du temps, ce qu’il était dans le bébé qu’elle a été, dans le jeune qu’elle n’est plus, dans le vieillard qu’elle devient… La chair « mue », les cellules meurent, mais la personne (la personnalité, le Moi) reste elle-même.

C’est la personne qui ressuscite en Christ. Ici encore nous pouvons invoquer « la plus haute convenance » pour dire que ce que nous affirmons pour n’importe quelle « chair » promise à la résurrection, nous l’affirmons a fortiori pour le corps immaculé de Marie qui a porté et nourri le Verbe de Dieu : elle fut temple, tabernacle et arche d’alliance. Nous pouvons dès lors comprendre la portée du dogme défini par Pie XII le 1er novembre 1950 : « L’immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. »

Une précision est à faire, c’est que l’assomption de Marie ne signifie pas que la Vierge Marie n’est pas morte (on parle erronément aussi de « l’enlèvement miraculeux de la Sainte Vierge au ciel par les anges »). Nous avons tellement peur de la mort que nous pensons y échapper nous-mêmes ou nous croyons que c’est le privilège des grands amis de Dieu d’y échapper (pourtant le Christ, Lui, est bien mort sur la croix !). Le dogme de l’assomption veut dire que Marie est morte, mais que le tombeau ne pouvait pas retenir son corps, qui ne pouvait pas connaître la corruption (putréfaction). L’Eglise ancienne ainsi que l’Eglise orientale parlent de dormition pour parler de la mort de la Vierge Marie, mais le terme ne doit pas nous tromper en faisant croire qu’elle n’est pas morte (mort clinique). Il y a des sectes qui attendent des vaisseaux spatiaux qui viendront les prendre pour une autre galaxie ! L’assomption (la résurrection) n’a rien d’un vol spatial de ce genre. Remarquez qu’ascension se dit quand les forces sont internes et assomption quand elles viennent d’ailleurs.

Vous aurez compris que l’assomption n’est pas un privilège exclusif et réservé à Marie. Ce n’est pas priver Marie de sa dignité de le dire. Au contraire. Il est bon d’honorer Marie, mais sans en faire un être qui n’est plus de notre nature humaine. Son Magnificat est un exemple d’humilité : elle ne se raconte pas, elle ne s’attribue aucun mérite, elle ne fait que chanter l’œuvre de Dieu dans le monde. En célébrant l’Assomption, nous exaltons notre Dieu pour sa grâce à l’œuvre dans les cœurs. La grâce a fait d’une humble jeune fille de Galilée la Mère de Dieu, la Mère de l’Eglise, la Mère de l’humanité sauvée, Marie aujourd’hui dans la gloire de son Fils. C’est un motif d’espérance pour nous qui sommes de sa nature : la même grâce travaille au fond de chacun d’entre nous pour le sanctifier, le transfigurer jusque dans son corps afin que, quand notre heure viendra, nous soyons à notre tour assumés dans la gloire des bienheureux. A condition précisément de laisser la grâce faire son œuvre dans notre cœur et dans notre corps. Comme Marie… Le secret ? Ecoutons-la nous dire comme à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Amen

Vénuste

18 MAI 2023

FÊTE DE L'ASCENSION

HOMÉLIE de VÉNUSTE

C'est où le ciel ?

Actes 1, 1-11 : avant de quitter les apôtres, Jésus leur a promis tout ce qui était nécessaire pour que les Eglises puissent s’organiser : la force de l’Esprit Saint, avec l’assurance de son retour.

Ephésiens 1, 17-23 : l’Ascension a été comme un déclic qui a ouvert à l’intelligence du mystère Jésus. Les apôtres ont réalisé que si Jésus a pu ressusciter, s’il est monté vers les cieux et s’il a été glorifié, c’est qu’il retournait dans sa patrie, qu’il est d’une autre origine, qu’il est Fils de Dieu. Mais aussi que sa venue dans le monde avait pour but de nous entraîner à sa suite, puisque nous sommes son Corps.

Matthieu 28, 16-20 : tout en disparaissant aux regards des disciples et aux nôtres, Jésus nous assure pourtant d’une présence nouvelle, autre et intense. A nous de continuer son œuvre : aller vers toutes les nations, en faire des disciples, les baptiser, leur apprendre à garder ses commandements.

Pâques – Ascension – Pentecôte : une même fête, un dimanche de 50 jours. La réforme liturgique de Vatican II a voulu re-unifier les 3 événements, comme au temps de l’Eglise primitive et dans la ligne des textes du N.T.. Au 4ème siècle, l’Ascension était célébrée l’après-midi de la fête de Pentecôte ! L’évangéliste St Jean, le plus liturgiste des quatre, situe la Pentecôte le soir même de Pâques : Jésus apparaît aux disciples et lors de cette première visite, il leur donne l’Esprit Saint. Matthieu rapporte une seule apparition aux apôtres en Galilée, pas à Jérusalem, au cours de laquelle il leur donne mission ; mais il ne parle ni d’Ascension, ni de Pentecôte. Marc parle lui aussi d’une seule apparition aux Onze, puis il ajoute que Jésus, « après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu ». Quant à Luc, il parle également d’une apparition aux Onze et il ajoute : « Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel ». C’est ce qu’il dit dans son évangile, alors que dans le passage des Actes des Apôtres, lu aujourd’hui, il nous dit que Jésus est apparu aux disciples pendant 40 jours (on connaît la symbolique de ce chiffre) et c’est après, que « sous leurs yeux, il s’éleva et une nuée vint le soustraire à leurs regards ».

Nous avons souvent des différences dans les récits évangéliques parce que chaque évangéliste a sa façon de remarquer les faits et de les rapporter. Rappelons-nous toujours que les évangiles ne sont pas des reportages, ce sont des témoignages qui nous transmettent la foi de l’Eglise naissante sans chercher à satisfaire la curiosité des historiens d’aujourd’hui. Il faut donc recueillir le message et pas s’attarder tellement sur les détails. Quelques fois même le récit est symbolique. Ainsi Matthieu situe l’Ascension sur LA montagne, une montagne non précisée de Galilée (la Galilée des païens où Jésus a commencé sa prédication, où il a appelé les premiers disciples). L’Evangile a commencé, selon Matthieu, sur une montagne, la montagne des béatitudes, avec ledit « sermon sur la montagne », il est donc normal qu’il termine sur la montagne sur laquelle les disciples vont recevoir tout pouvoir (il est mieux de traduire « toute autorité ») pour continuer la mission de Jésus. N’y a-t-il pas peut-être aussi une nette allusion à la montagne du Sinaï avec Moïse là où toute l’histoire du peuple saint a commencé ?

Une autre précision est à apporter : à propos de la nuée et à propos du ciel. N’allons pas penser à de l’alpinisme de haute voltige sur les hautes cimes toujours enveloppées de nuages. Ni nous imaginer une sorte de lévitation ! Ni non plus Jésus qui monte au ciel comme une fusée ! La nuée, dans la Bible, révèle et cache à la fois la présence de Dieu. Le livre de l’Exode parle de la nuée qui se posait sur la Tente de la Rencontre pour signifier qu’il fallait camper à l’endroit même, ou au contraire s’élevait au-dessus de la Tente de la Rencontre pour signifier qu’il fallait lever le camp. Une nuée était présente dans le saint des saints du temple pour signifier la présence du Seigneur. La nuée est toujours présente dans les scènes de « théophanie » (quand Dieu fait une apparition), comme à la Transfiguration. Dire que Jésus disparut aux yeux des disciples dans une nuée, c’est dire donc qu’il s’est re-trouvé dans la sphère divine.

Enlevé au ciel ! C’est où le ciel ? Ce n’est certainement pas sous terre. A l’horizon ? Ce serait dire loin, très loin, alors que ce n’est pas l’idée de lieu éloigné difficile ou impossible à rejoindre. En fait le ciel, ce n’est pas plus en haut qu’en bas, il n’est pas un ailleurs pour la simple raison que le ciel c’est chez Dieu et Dieu est hors du temps, hors de l’espace. Dire qu’il est au ciel, cela ne veut pas dire qu’il est loin quelque part dans le ciel étoilé, sur un astre quelconque dans les vastes galaxies ; c’est dire qu’il est partout. Jésus prend un départ, mais en fait c’est un autre mode de présence : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Jésus affirme son omniprésence. Il est là avec nous toujours. Il est là autrement, mais intensément. Dans son Corps ecclésial. Il fallait que sa présence « jusqu’à la fin du monde » soit une présence réelle et forte, mais à l’intérieur, au-dedans de nous. Point n’est besoin de scruter l’horizon pour essayer de le repérer, ni de s’user les yeux à scruter le grand firmament, à chercher à percer le ciel pour le voir. Désormais, c’est dans l’Eglise, dans la communauté qui prie, qui médite et commente la Parole, qui témoigne de ses convictions, qui s’aime, qui célèbre les sacrements, qui vit de l’Esprit Saint. Désormais nous devons déplacer le regard, non plus vers les hauteurs des cieux, mais vers l’Eglise. Ce Jésus qui a marché à leurs côtés, le voici qui, maintenant, est en eux. Au plus intime d’eux-mêmes. Une présence infiniment plus profonde et plus réelle.

Enlevé – élevé. Il est dit que Jésus est enlevé aux disciples pour être élevé et exalté. C’est le premier sens de l’Ascension et c’est dans le prolongement de ce que signifie la résurrection. Celui qui s’est abaissé en devenant homme, et en mourant sur une croix (la mort la plus ignominieuse qui soit), celui qu’on avait laissé gisant dans le tombeau, Dieu l’a remis debout, il l’a ressuscité, il l’a élevé « au-dessus » de tout, il l’a fait asseoir à sa droite : être assis à la droite du chef de maison, c’est la place d’honneur par excellence. Etre assis, c’est la position de celui qui a accompli sa mission, celle du chef, celle du juge (« il jugera les vivants et les morts »). Ascension signifie donc intronisation : Christ est « Seigneur ». Ascension signifie glorification : Christ retrouve la gloire qu’il avait de toute éternité. Tout cela (le titre de Seigneur, la gloire, le pouvoir de juger), ce sont des attributs exclusifs de Dieu. Tout cela c’est pour dire que le Christ est Dieu. Les apôtres ont réalisé que si Jésus a pu ressusciter, s’il est monté aux cieux et s’il a été glorifié, c’est qu’il retournait dans sa patrie, qu’il est d’une autre origine, qu’il est Fils de Dieu, qu’il est Dieu.

Ascension c’est dire aussi que Jésus nous entraîne à sa suite… comme un aimant (« j’attirerai tous les hommes à moi »), son amour est un aimant. Il est au ciel avec notre humanité. Le Ressuscité porte encore la marque des clous : ce ne sont pas des plaies, mais la preuve que celui qui est monté au ciel, c’est celui qui a souffert pour nous, qui nous a aimés jusqu’à en mourir et qui est ressuscité pour nous sauver. Et puis nous sommes son Corps : là où est la Tête, là se trouvent les membres. Sa glorification est donc la nôtre par anticipation. Une merveille de plus comme le dit la préface, « il ne s’évade pas de notre condition humaine : mais en entrant le premier dans le Royaume, il donne aux membres de son Corps [que nous sommes] l’espérance de le rejoindre un jour ». Jésus nous divinise. Saint Léon le Grand disait que « l’Ascension du Christ est notre promotion ». La fête de l’Ascension nous rappelle que, dans le Christ, nous sommes déjà au nombre des élus, appelés à nous asseoir à la droite du Père.

L’Ascension n’est pas une fin mais un commencement puisqu’elle est aussi la mission : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à garder tous les commandements ». Les disciples sont envoyés continuer l’œuvre de Jésus. Son départ est la condition pour que naisse l’Eglise : il devait mettre fin à ses apparitions pour ménager l’espace de notre foi et de notre liberté. Il est intéressant de noter que tous sont envoyés, même ceux qui doutaient. Personne ne peut se dire indigne, ce serait de la fausse humilité ou de l’orgueil déguisé (en attendant d’être parfait, comme si c’était possible). Dieu donne sa confiance à tous, il a « besoin » de tous (si on peut parler de besoin). Après tout, c’est par l’Esprit Saint qu’il nous donne, que nous pouvons faire quelque chose, si bien que, quand on se dit indigne, c’est qu’on refuse l’Esprit Saint. Dieu fait confiance aux hommes, à ces faibles disciples qui ont pris la fuite quand Jésus a été arrêté. Il confie toutes les nations à cette poignée d’incultes, sans instruction, sans le sou, sans la sagesse du marketing, sans diplôme en communication… ! C’est à eux qu’il demande de prêcher, mieux de faire des disciples, de « faire Eglise ». Il est tellement confiant. Puisqu’il donne son Esprit, le Paraclet. Voilà pourquoi Matthieu ne parle pas de l’Ascension. Ce qui intéresse l’évangéliste, c’est de savoir que la mission de Jésus est continuée, c’est de dire que le Christ, absent de corps, est présent dans son Église, invisiblement. Ce qu’il nous faut célébrer - et donc vivre - c’est notre propre envoi. « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Allez ! Voilà une raison de plus de bien vivre la neuvaine de la Pentecôte qui commence à l’Ascension.

Pourquoi rester là-haut, en groupe, sur la montagne à regarder le ciel : il faut garder les yeux (et le cœur) levés vers le ciel, rester « branché » sur le ciel dans la prière et la contemplation, mais descendre dans la vallée, se disperser aux quatre coins du monde, vers « les périphéries » (Pape François) afin de communiquer aux autres le fruit de ce que l'on a contemplé (« Contemplata aliis tradere », devise des Dominicains). Soyez mes témoins jusqu’au bout du monde.

Amen

Vénuste

1er NOVEMBRE 2022

FÊTE DE LA TOUSSAINT

HOMÉLIE de VÉNUSTE

 

Apocalypse 7, 2… 14 : en un langage codé, l’auteur veut apporter un message d’espérance aux premières communautés chrétiennes qui subissaient d’atroces persécutions. La révélation proclamée (le mot apocalypse signifie révélation, le fait d’enlever le voile qui cachait), c’est que l’Agneau immolé a remporté la victoire définitive sur la mort, et que, par conséquent, tous ceux qui le suivent et spécialement les martyrs, participeront à la même victoire à travers l’épreuve.

1 Jean 3, 1-3 : que sont devenus nos défunts ? que deviendrons-nous nous-mêmes à la mort ? Une déduction permet de répondre : si Dieu, dans son immense amour, fait de nous ses enfants, il ne peut nous abandonner à la mort ; or, en Jésus, nous voyons déjà (mais pas encore en plénitude) à quel avenir conduit l’appartenance à la famille divine : nous lui serons semblables. Nous communierons à la même vie, à la même béatitude éternelle.

Matthieu 5, 1-12 : les béatitudes reflètent l’icône de Jésus, lui-même pauvre, assoiffé de justice, miséricordieux, pur, doux, artisan de paix, persécuté. Les amis de Jésus vivent l’épreuve eux aussi, mais ont la promesse de la résurrection. Ils sont heureux, déjà maintenant… « à cause de moi », dit Jésus.

Le 1er novembre, l’Eglise nous invite à célébrer tous les saints, c.-à-d. tous ceux qui sont au ciel, dans la joie de Dieu, de façon certaine, même s’ils ne sont pas au calendrier liturgique, ne sont pas canonisés et n’ont pas « les honneurs de l’autel ». Le 2 novembre par contre, nous évoquons ceux qui ne sont pas encore à la droite de Dieu et ont par conséquent grand besoin de nos prières. Si donc à la Toussaint nous honorons ceux qui sont parvenus à la gloire des élus, à la « commémoration de tous les fidèles défunts » nous supplions le Seigneur d’abréger les délais pour ceux qui n’y sont pas encore parvenus. Deux choses sont donc affirmées. Nous ne sommes pas sûrs que tous les défunts, tous ceux qui nous ont précédés, sont tous au ciel. Par contre nous sommes sûrs de la solidarité efficace par la prière, au travers de la communion des saints, cette grande famille de Dieu dans laquelle nous entrons par le baptême : à tout moment, sur terre et dans le ciel, des milliards de gens invoquent cette solidarité pour « repêcher » celui qui en a besoin. Grand réseau de relation les uns avec les autres au-delà de la mort. Quelqu’un a trouvé l’image de la « cordée » : les saints sont ceux et celles qui nous tirent vers le haut, parce que, eux, sont déjà arrivés au sommet.

C’est la foi pascale que nous professons en ces deux célébrations : l’œuvre de salut réalisée à la Pâque du Christ continue à porter du fruit en faisant participer les humains au triomphe du Christ sur la mort. La sainteté, c’est moins l’œuvre et le mérite de l’homme qui devient saint, que l’œuvre de la grâce de Dieu qui se fait efficace dans la personne humaine. Cette grâce efficace a été donnée au baptême : pour St Paul, tout baptisé est saint. Ceux qui nous ont précédés au-delà du passage de la mort, le sont en plénitude, par la volonté et la grâce de notre Dieu qui tient à ce que personne ne soit perdu, exclu, damné. Ils se réjouissent et jouissent du bonheur et de la paix de Dieu. Ils sont bienheureux.

Une union existe donc entre les « bienheureux » du ciel et ceux qui sont encore en chemin : tous nous formons le Corps du Christ. C’est d’ailleurs ce qui fonde la solidarité de notre prière : les saints du ciel prient pour nous de la terre et pour les défunts qui ne sont pas encore dans « le sein de Dieu » (une des expressions pour parler du paradis). J’aime bien cette expression « sein de Dieu ». C’est Dieu qui nous enfante au ciel, ce n’est pas par nos propres efforts que nous pouvons nous hisser là-haut. C’est pourquoi l’Eglise fixe la fête des saints canonisés pour la plupart à la date de leur mort, justement le jour de leur « naissance au ciel ».

On a toujours comparé la mort à la naissance. Nous tenons fort à la vie ici-bas, comme le fœtus qui aimerait rester dans le sein de sa mère : les psy parlent d’ailleurs du « sein maternel » dont on garde la nostalgie toute sa vie, paraît-il. En tout cas, le fœtus y est bien et ne veut nullement en sortir. Cependant pour son bien, il doit quitter ce sein maternel pour avoir sa place au soleil, pour voler de ses propres ailes, pour se développer, voir le visage des autres et se montrer aux autres, pour son meilleur épanouissement et maturité, pour aimer et être aimé… Le moment de l’enfantement lui arrache, à lui et à sa mère, des cris de grosse douleur, souffrance qui fait place à une immense joie parce qu’un être est venu à la vie. Ne dit-on pas que l’heure de l’accouchement est l’heure de la « délivrance » ? Il en va de même de l’heure de notre mort. La vie est belle jusque là, même quand on traîne des souffrances physiques et morales, même si on meurt toujours trop tôt ; la mort est un choc et un traumatisme pour celui qui meurt et pour la famille en deuil. Nous qui croyons en la résurrection, nous sommes sûrs cependant que, au-delà de cette douleur qu’il ne faut minimiser en aucune façon, la mort est une pâque, le passage à une vie autre et certainement meilleure parce que c’est le passage, avec le Christ, vers la vie de Dieu, le bonheur de Dieu, la paix de Dieu. Mais voilà, il y a des objections à cette vue réjouissante, il y a des moments où nous doutons, il y a des gens qui nient.

J’ai trouvé un petit dialogue (texte à la suite) qui illustre aussi bien nos intuitions sur une autre vie et sur Dieu, que nos doutes et questionnements, nos négations, nos exigences de preuves. Le sein maternel peut être compris comme le « sein du Père » dans lequel nous vivons et sans lequel il ne peut y avoir de vie. Dans ce sein maternel, des jumeaux se la coulent douce et discutent allégrement : l’un se pose des questions et pense à une vie au-delà du sein maternel, l’autre n’en a cure et affiche le scepticisme. Le fœtus est nourri par le cordon ombilical : c’est le meilleur des mondes. Quelle idée pour lui de se nourrir par la bouche, de marcher. Aucune idée de la lumière, de la beauté des couleurs. Aucune idée de la maman, juste peut-être une intuition, la sensation de quelque chose qui enveloppe, une voix inaccessible mais en même temps très proche qu’on perçoit « quand nous sommes bien tranquilles »… Tel est Dieu dont la parole nous parvient quand nous faisons silence dans la prière. Puissions-nous cultiver, comme l’un des jumeaux, le désir de le voir et de le connaître sans tarder. Telle est notre espérance que l’heure de la mort ne soit pas une heure fatidique, mais l’heure de la grande rencontre, pour le bonheur éternel tant rêvé.

Cependant il ne faut pas croire qu’aller au ciel, c’est un processus naturel comme l’accouchement qui « réussit » quand il n’y a pas d’ « accident » ou de « raté ». Etre saint, c’est notre vocation à tous, mais c’est un choix qu’il faut faire dès maintenant. C’est un engagement à appliquer la « charte » des béatitudes. Elle n’est pas réservée à une élite de « champions » hors de l’ordinaire, quelques saints canonisés. Elle est à la portée de tout le monde, sans le privilège de naissance, ni de hautes études, surtout pas de moyens financiers. Toutes les catégories de personnes et toutes les professions sont dans « la communion des saints ». St Jean a vu, selon l’Apocalypse, d’abord 144.000 (chiffre symbolique de la plénitude 12x12x1000) « marqués » des 12 tribus d’Israël et ensuite « une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes les nations, races… » (une interprétation erronée s’arrête aux 144.000, chiffre qui serait alors largement dépassée aujourd’hui). La Toussaint célèbre les innombrables saints qui ont vécu simplement sans faire de miracles, sans briller de grandes vertus : artisans, mères et pères de familles, personnel de bureau, ouvriers de chantiers, artistes… lointains dans le temps ou dans l’espace, mais également voisins de quartier, proches parentés… Nous célébrons une sainteté qui ne nous écrase pas par leur stature, qui n’est pas inaccessible. Ce n’est pas la déprécier que de parler ainsi. C’est la sainteté de Dieu lui-même que rayonne cette nuée de témoins qui ont été touchés par le même amour divin, la même grâce divine. Ils seraient quelques rares êtres exceptionnels, que cela me désespérerait. Mais du fait qu’ils sont une multitude impossible à dénombrer, du fait qu’ils ont vécu une sainteté commune et quotidienne, me voilà stimulé à y croire et à cheminer comme eux, à la suite du Christ, poussé et porté par la force de l’Esprit « Saint ».

Remarquons que Jésus dit « heureux êtes-vous » (au présent) ; il ne parle pas de sainteté, il parle de bonheur. Il ne parle pas d’exploits qu’ils auraient faits, de gros efforts qu’ils auraient déployés, de pénitences et de privations surhumaines dont ils se seraient révélés des champions. Je suis plein d’admiration pour ceux qui ont brillé par de telles énergies, mais je me sens plus proche de ceux-là qui ont vécu « simplement » les béatitudes. Heureux, bienheureux, vous qui êtes tout simplement humains, parce que pauvres de folies de grandeur, parce que doux dans ce monde de violents, parce que vous cherchez la justice dans cette jungle qu’est notre société, parce miséricordieux et non rancuniers ni justiciers, parce que purs et droits, transparents, parce qu’artisans de paix… Vous ressemblez à Jésus, vous êtes son icône, votre place ne peut qu’être à ses côtés, dans sa paix et dans sa joie.

La fête de la Toussaint est contre le pessimisme qui parlait d’une « masse » de damnés et d’un « petit reste » de sauvés : non, c’est l’inverse, une masse de sauvés et quelques rebelles qui font saigner le cœur du Sauveur parce qu’ils se refusent à être sauvés ! L’autre message de la Toussaint : la vie en Dieu, le bonheur, (un chemin difficile et ardu certes), c’est maintenant hic et nunc « même si, dit la 2ème lecture, ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » : parlons donc au présent et non au futur.

En célébrant la Toussaint, nous affirmons que la sainteté est possible pour tout un chacun, pour nous-mêmes également. Dans le baptême, Dieu nous a tous sanctifiés ; depuis lors chacun est responsable de sa sainteté, libre de la développer, de la préserver de toute souillure, d’en vivre et d’en témoigner. Nous adhérons à la charte des béatitudes, pour y conformer nos vies. Arrêtons de toujours invoquer l’excuse à nos égarements, que nous ne sommes pas des saints. Dieu qui nous appelle à la sainteté, sait que nous en sommes capables, sa grâce est là pour nous y aider ainsi que la prière et le soutien de tous les saints, surtout les saints de nos familles. Chacun pourrait choisir une des béatitudes sur laquelle portera son effort (ascèse) : soit parce qu’elle lui est la plus significative, soit qu’elle lui est la plus facile, soit au contraire parce qu’elle lui est la plus difficile à vivre dans le quotidien.

Amen

Vénuste

BONUS: Deux jumeaux discutent dans le ventre de leur mère :

- Oh, comme c’est étroit ici ! Je n’arrive plus à bouger… Tu es devenu trop grand.

- Mais non, c’est toi qui as trop grandi ! Moi je suis plutôt mince !

- Arrête de te moquer de moi. Cela ne mène à rien ! Tout de même, tu as bien une idée de ce à quoi ça va aboutir ?

- Je n’en sais rien moi !

- Tu ne crois pas qu’il y a une vie après la naissance ?

- Une vie après la naissance ? Tu y crois toi ?

- Mais bien sûr que oui ! C’est bien le but de toute notre vie ici. Il faut grandir et se préparer pour qu’on devienne assez fort pour l’accouchement et pour la vie après la naissance.

- Tu es fou ? C’est complètement absurde ça, une vie après la naissance. Et ça se passerait comment là-bas ?

- Je ne sais pas trop moi. Mais de toute façon plus lumineux qu’ici. Et peut-être que nous allons être capables de marcher et de manger par la bouche, et tout le reste.

- Ouah, quelle bêtise ! Marcher, ça ne marche pas du tout ! Et manger avec la bouche, bizarre comme idée ! Nous avons le cordon ombilical qui nous nourrit. Déjà ce cordon est trop court pour se promener avec !

- Mais si ! Bien sûr que si, c’est possible ! Évidemment il y aura des différences.

- Mais personne n’est revenu de là-bas ! Personne ! Tu as bien compris ça ? Donc avec la naissance, la vie se termine. D’ailleurs je trouve cette vie assez douloureuse et assez sombre.

- Même si je ne sais pas trop comment cela se passera après la naissance, de toute manière on va finalement voir notre mère !

- Notre mère ? Tu y crois toi ? Elle est où notre mère ?

- Ben ici. Partout, autour de nous ! Sans elle on ne pourrait même pas vivre !

- Bah ! Je n’ai rien remarqué d’une mère, donc elle n’existe pas non plus !

- Mais si qu’elle existe. De temps en temps quand nous sommes bien tranquilles, j’entends une voix qui était inaccessible, mais en même temps très proche de nous. Je pense qu’on la verra un jour. Comme il me tarde de la voir et de la connaître !

 
 

Date de dernière mise à jour : 18/12/2023