Noël

25 DECEMBRE 2021                                  Solennité de la Nativité

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Bethléem : la maison du pain

Sans conteste, la fête de Noël est la plus populaire ; elle garde beaucoup de succès, même dans les pays où on s’y attend le moins ou dans les familles auxquelles on n’aurait pas pensé qu’elles y pensent encore. Seulement, n’est-ce pas uniquement du folklore ? une tradition dont on a perdu tous les repères, du moins le sens le plus originel, le plus profond ? Combien font la fête sans penser à Jésus ! Noël ! Comme cela coïncide avec la fin de l’année, période où on échange les vœux, on fait la fête, mais on ne sait plus la raison profonde : l’accueil de l’espérance du monde, l’Enfant-Roi, l’Homme-Dieu.

Sous tant de folklore, il reste le désir de lumière, càd la soif de joie, de paix, de partage. La soif d’un bonheur qu’on n’achète pas avec des billets de banque, qu’on n’achète pas dans une grande surface. Finalement tout ce luxe de lumière à travers nos villes et nos villages, c’est l’étoile de Bethléem démultipliée. C’est l’annonce qu’il y a un Dieu, que ce Dieu partage notre histoire, Emmanuel Dieu parmi nous. Ces lumières sont une prière qui s’élève vers les cieux pour que le Seigneur envoie le salut. Noël est un rêve, le rêve d’un monde heureux, fait d’espoir, d’humanité et de paix.

Cette prière a rencontré la décision de Dieu de voler à notre secours (cette décision a devancé notre désir : Dieu nous a aimés le premier). Il l’a fait de façon inattendue : il est descendu en personne à travers son Fils Jésus, qui a pris chair de notre chair, qui s’est fait notre frère de race, quelqu’un de chez nous, né d’une femme, au sein d’une famille connue (la famille de Joseph, de la descendance de David), né à une date bien connue (lors du recensement décrété par l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie), en tout semblable à nous (sauf le péché). Ce n’est donc pas une fable, puisque c’est historique. Ce n’est pas non plus un déguisement comme les dieux de l’Olympe aimaient s’en servir pour se mêler aux mortels. Ce ne fut pas une courte parenthèse : Jésus a partagé notre condition humaine en tout jusqu’à la mort, et même qu’il est mort dans la trentaine sur une croix, même qu’il est retourné au ciel avec notre humanité. Depuis sa naissance dans la pauvreté d’une crèche lors d’un voyage (comme si Dieu qui ordonne le mouvement des astres ne savait pas choisir un meilleur moment pour la naissance de son Fils), depuis son exil en Egypte comme un vulgaire demandeur d’asile (l’actualité nous montre ce qu’a de dramatique cette situation), depuis sa vie simple de menuisier dans l’atelier de Joseph, depuis sa vie publique de prédicateur itinérant qui n’avait pas où reposer sa tête et qui ne dédaignait pas la compagnie des pécheurs publics (sans refuser non plus l’entrée dans les maisons des « grands » de son époque), depuis cette mort la plus ignominieuse qui soit… Jésus s’est vraiment fait l’un de nous, sans faire semblant, sans jouer la comédie. Il s’est abaissé le plus bas pour que personne ne se croie soustrait à son amitié, il s’est fait le plus petit des hommes pour que personne ne se sente gêné de l’approcher… Il a pris sur lui la condition humaine, même la plus dure, la plus basse… personne ne dira qu’il est étranger à ce qui se vit dans le monde, à ce qui s’expérimente de pénible. On ne dira plus « où était Dieu quand tel malheur est arrivé », puisqu’il prend la croix avec ceux qui ploient sous la croix multiforme de la condition humaine, de l’épreuve, de la souffrance.

Mais qui est-il donc ? Rappelons-nous les débuts de l’Eglise, et les débuts de la réflexion chrétienne. Un homme a circulé la Palestine en enseignant, en faisant des miracles. Puis il est mort, non « de belle mort », non pas dans son lit, mais sur une croix, comme le pire des salauds. Mais voilà que trois jours plus tard, il ressuscite, il est plus vivant que jamais puisqu’il ne peut plus mourir. D’où la question « qui est-il vraiment ? », question qui avait accompagné toute sa vie, mais qui devient encore plus essentielle après sa résurrection, après son ascension, après la Pentecôte. C’est de là que sont nés les « évangiles de l’enfance » (que nous avons en Matthieu et Luc) et le prologue de St Jean qui est plus théologique et plus explicite : « le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » Et voilà le « mystère » : vrai homme et vrai Dieu à la fois !

Il est difficile de se faire une idée de l’Homme-Dieu (équation à deux inconnus ?). Notre raison humaine trébuche là-dessus, même les grands esprits extraordinairement doués et rompus à toutes sortes de sciences. Est-ce que, dans l’homme Jésus historique, la divinité ne domine pas l’humanité ? est-ce que l’humanité n’engloutit pas la divinité ? Comment les 2 natures font ménage ensemble sans que l’une n’absorbe l’autre ? Quelle conscience en avait le Christ lui-même ? Et si l’on admet cela malgré tout l’illogisme, pourquoi se faire bébé, pourquoi ne pas venir dans le monde en homme adulte avec l’omniscience et la toute-puissance, au lieu de se faire enfant « infans » (littéralement incapable de parler… lui le Verbe éternel),  nu, désarmé, vulnérable, mendiant la tendresse et la protection, dépendant et totalement soumis ? Il aurait pu au moins naître dans un palais : au lieu de cela il est né chez des pauvres gens, au cours d’un voyage comme s’il avait mal choisi son moment, dans une mangeoire !  Admettons qu’il naisse dans la maison de Joseph, disons-nous souvent, pourquoi l’Eglise refuse de dire qu’il est tout simplement l’enfant naturel de Joseph, adopté en quelque sorte par Dieu qui en fait son fils à un titre spécial. Comme il est donc difficile de raisonner sur ce qui est écrit noir sur blanc dans le Credo ! Difficile de concilier les deux affirmations que Jésus était vrai homme et qu’il était vrai Dieu. L’évangile de Luc dit bien qu’il a été conçu avant que Marie n’habite avec Joseph, celui-ci, « homme juste » en était choqué et voulait répudier sa fiancée enceinte, avec délicatesse, mais avec fermeté aussi, parce qu’il savait pertinemment qu’il n’y était pour rien ! C’est alors qu’il reçoit son annonciation à lui : il apprend que l’enfant est l’œuvre du Saint-Esprit. Du reste si Jésus avait été l’enfant naturel de Joseph, cela aurait voulu dire qu’il a commencé à exister au moment de sa conception, ce qui exclut qu’il soit éternel comme Fils éternel du Père qui se fait chair. La logique n’y a pas son compte, car il faut bien tenir l’équilibre : ne rien affirmer qui diminue que Jésus soit homme, ne rien affirmer qui diminue qu’il soit Dieu. Un mystère ! une merveille de notre Dieu qui fait tout, pour nous sauver, pour manifester son Amour fou pour chacun de nous.

Dieu descend de son ciel, pour se mêler à nous. N’est-ce pas le message de Noël, le partage ? Nous mêler les uns aux autres, nous frotter les uns aux autres, nous passer cette flamme qu’est la joie contagieuse ? N’est-ce pas ce qui manque à nos Noëls : nos lumières restent sur le sapin et à nos fenêtres, nous ne nous rencontrons pas, nous ne partageons pas, aucune rencontre n’illumine notre cœur ni notre visage. Même notre religion reste du chacun pour soi. Descendons donc de notre nuage !

               

Ce que nous savons  - sans peut-être savoir l’expliquer, mais qu’importe -  c’est que Dieu a mis toute sa tendresse et son amour dans la fragilité et le visage d’un nouveau-né. L’Enfant-Dieu est là. Il n’est pas une énigme à déchiffrer. C’est une Personne qui apporte l’amour et qui demande à être aimé. Et pour nous, en cette solennité de la Nativité, c’est l’Enfant-Dieu à adorer, à contempler, comme les bergers, comme les mages afin de témoigner comme St Jean : nous avons vu sa gloire.

Noël casse l’image d’un Dieu tout-puissant, écrasant, caché, lointain, transcendant : dans l’Enfant-Dieu de la crèche, Dieu devient vulnérable, fragile, indigent, avec le risque qu’on ne le reconnaisse pas. Tant que Dieu fait gronder le tonnerre, on tremble et on se met à genoux. Sitôt qu’il devient l’un de nous, on passe à côté, on discute sa parole, on lui fait le procès… ce qui va culminer dans le procès devant Pilate et à la crucifixion. Nous croyons quelques fois que les contemporains de Jésus étaient des privilégiés, mais peu l’ont suivi tandis que la grande majorité lui a tourné le dos. Mais c’est vrai que nous partageons le même risque de ne pas le reconnaître quand il nous visite, quand il vient planter sa tente parmi nous. Si Dieu est devenu l’un d’entre nous, et même le plus petit, le bébé, le pauvre, c’est pour que personne ne se sente indigne de l’approcher, c’est pour ne faire peur à personne. Il ne s’agit donc plus d’escalader les cieux pour y chercher (y trouver) Dieu par l’ascèse ou les doctrines philosophiques : l’humilité de Dieu a fait qu’il a renversé la pyramide, il n’est plus au sommet, il est là tout près pour que tout homme qui le cherche avec droiture puisse le trouver, à commencer par les bergers de Bethléem (groupe méprisée dans la société à l’époque). La crèche est née de cet esprit qui magnifie l’humanité et l’humilité de Dieu.

Cette humilité de la crèche cache l’œuvre grandiose de la rédemption. L’Enfant-Dieu a été posé dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met de la nourriture pour donner la vie aux êtres qui vont manger dedans. C’est déjà un clin d’œil de ce qui va se réaliser à la Cène : le petit enfant qui vient de naître à Bethléem sera nourriture spirituelle pour toute l’humanité. Il a pris corps, et ce corps sera livré : « ceci est mon corps, prenez et mangez ; qui mange mon corps, vivra pour toujours ; vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, mais celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle ». Savez-vous ce que veut dire le nom Bethléem ? La maison du pain. Pour St Luc, l’enfant né à Bethléem, couché dans une mangeoire, est déjà le pain de vie ; il est emmailloté dans des langes, càd qu’il est présent de façon invisible dans les sacrements. Bethléem, la maison du pain, c'est la sainte Eglise, où l'on distribue le Corps du Christ, le vrai pain… pour la vie du monde.

Approchez-vous, venez adorer, venez manger, venez vers Celui qui est Vie, Lumière, Joie et Paix.

Amen

Vénuste

 

25 DECEMBRE 2021                                  Solennité de la Nativité

HOMÉLIE de VÉNUSTE

Bethléem : la maison du pain

Sans conteste, la fête de Noël est la plus populaire ; elle garde beaucoup de succès, même dans les pays où on s’y attend le moins ou dans les familles auxquelles on n’aurait pas pensé qu’elles y pensent encore. Seulement, n’est-ce pas uniquement du folklore ? une tradition dont on a perdu tous les repères, du moins le sens le plus originel, le plus profond ? Combien font la fête sans penser à Jésus ! Noël ! Comme cela coïncide avec la fin de l’année, période où on échange les vœux, on fait la fête, mais on ne sait plus la raison profonde : l’accueil de l’espérance du monde, l’Enfant-Roi, l’Homme-Dieu.

Sous tant de folklore, il reste le désir de lumière, càd la soif de joie, de paix, de partage. La soif d’un bonheur qu’on n’achète pas avec des billets de banque, qu’on n’achète pas dans une grande surface. Finalement tout ce luxe de lumière à travers nos villes et nos villages, c’est l’étoile de Bethléem démultipliée. C’est l’annonce qu’il y a un Dieu, que ce Dieu partage notre histoire, Emmanuel Dieu parmi nous. Ces lumières sont une prière qui s’élève vers les cieux pour que le Seigneur envoie le salut. Noël est un rêve, le rêve d’un monde heureux, fait d’espoir, d’humanité et de paix.

Cette prière a rencontré la décision de Dieu de voler à notre secours (cette décision a devancé notre désir : Dieu nous a aimés le premier). Il l’a fait de façon inattendue : il est descendu en personne à travers son Fils Jésus, qui a pris chair de notre chair, qui s’est fait notre frère de race, quelqu’un de chez nous, né d’une femme, au sein d’une famille connue (la famille de Joseph, de la descendance de David), né à une date bien connue (lors du recensement décrété par l’empereur Auguste, lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie), en tout semblable à nous (sauf le péché). Ce n’est donc pas une fable, puisque c’est historique. Ce n’est pas non plus un déguisement comme les dieux de l’Olympe aimaient s’en servir pour se mêler aux mortels. Ce ne fut pas une courte parenthèse : Jésus a partagé notre condition humaine en tout jusqu’à la mort, et même qu’il est mort dans la trentaine sur une croix, même qu’il est retourné au ciel avec notre humanité. Depuis sa naissance dans la pauvreté d’une crèche lors d’un voyage (comme si Dieu qui ordonne le mouvement des astres ne savait pas choisir un meilleur moment pour la naissance de son Fils), depuis son exil en Egypte comme un vulgaire demandeur d’asile (l’actualité nous montre ce qu’a de dramatique cette situation), depuis sa vie simple de menuisier dans l’atelier de Joseph, depuis sa vie publique de prédicateur itinérant qui n’avait pas où reposer sa tête et qui ne dédaignait pas la compagnie des pécheurs publics (sans refuser non plus l’entrée dans les maisons des « grands » de son époque), depuis cette mort la plus ignominieuse qui soit… Jésus s’est vraiment fait l’un de nous, sans faire semblant, sans jouer la comédie. Il s’est abaissé le plus bas pour que personne ne se croie soustrait à son amitié, il s’est fait le plus petit des hommes pour que personne ne se sente gêné de l’approcher… Il a pris sur lui la condition humaine, même la plus dure, la plus basse… personne ne dira qu’il est étranger à ce qui se vit dans le monde, à ce qui s’expérimente de pénible. On ne dira plus « où était Dieu quand tel malheur est arrivé », puisqu’il prend la croix avec ceux qui ploient sous la croix multiforme de la condition humaine, de l’épreuve, de la souffrance.

Mais qui est-il donc ? Rappelons-nous les débuts de l’Eglise, et les débuts de la réflexion chrétienne. Un homme a circulé la Palestine en enseignant, en faisant des miracles. Puis il est mort, non « de belle mort », non pas dans son lit, mais sur une croix, comme le pire des salauds. Mais voilà que trois jours plus tard, il ressuscite, il est plus vivant que jamais puisqu’il ne peut plus mourir. D’où la question « qui est-il vraiment ? », question qui avait accompagné toute sa vie, mais qui devient encore plus essentielle après sa résurrection, après son ascension, après la Pentecôte. C’est de là que sont nés les « évangiles de l’enfance » (que nous avons en Matthieu et Luc) et le prologue de St Jean qui est plus théologique et plus explicite : « le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire… » Et voilà le « mystère » : vrai homme et vrai Dieu à la fois !

Il est difficile de se faire une idée de l’Homme-Dieu (équation à deux inconnus ?). Notre raison humaine trébuche là-dessus, même les grands esprits extraordinairement doués et rompus à toutes sortes de sciences. Est-ce que, dans l’homme Jésus historique, la divinité ne domine pas l’humanité ? est-ce que l’humanité n’engloutit pas la divinité ? Comment les 2 natures font ménage ensemble sans que l’une n’absorbe l’autre ? Quelle conscience en avait le Christ lui-même ? Et si l’on admet cela malgré tout l’illogisme, pourquoi se faire bébé, pourquoi ne pas venir dans le monde en homme adulte avec l’omniscience et la toute-puissance, au lieu de se faire enfant « infans » (littéralement incapable de parler… lui le Verbe éternel),  nu, désarmé, vulnérable, mendiant la tendresse et la protection, dépendant et totalement soumis ? Il aurait pu au moins naître dans un palais : au lieu de cela il est né chez des pauvres gens, au cours d’un voyage comme s’il avait mal choisi son moment, dans une mangeoire !  Admettons qu’il naisse dans la maison de Joseph, disons-nous souvent, pourquoi l’Eglise refuse de dire qu’il est tout simplement l’enfant naturel de Joseph, adopté en quelque sorte par Dieu qui en fait son fils à un titre spécial. Comme il est donc difficile de raisonner sur ce qui est écrit noir sur blanc dans le Credo ! Difficile de concilier les deux affirmations que Jésus était vrai homme et qu’il était vrai Dieu. L’évangile de Luc dit bien qu’il a été conçu avant que Marie n’habite avec Joseph, celui-ci, « homme juste » en était choqué et voulait répudier sa fiancée enceinte, avec délicatesse, mais avec fermeté aussi, parce qu’il savait pertinemment qu’il n’y était pour rien ! C’est alors qu’il reçoit son annonciation à lui : il apprend que l’enfant est l’œuvre du Saint-Esprit. Du reste si Jésus avait été l’enfant naturel de Joseph, cela aurait voulu dire qu’il a commencé à exister au moment de sa conception, ce qui exclut qu’il soit éternel comme Fils éternel du Père qui se fait chair. La logique n’y a pas son compte, car il faut bien tenir l’équilibre : ne rien affirmer qui diminue que Jésus soit homme, ne rien affirmer qui diminue qu’il soit Dieu. Un mystère ! une merveille de notre Dieu qui fait tout, pour nous sauver, pour manifester son Amour fou pour chacun de nous.

Dieu descend de son ciel, pour se mêler à nous. N’est-ce pas le message de Noël, le partage ? Nous mêler les uns aux autres, nous frotter les uns aux autres, nous passer cette flamme qu’est la joie contagieuse ? N’est-ce pas ce qui manque à nos Noëls : nos lumières restent sur le sapin et à nos fenêtres, nous ne nous rencontrons pas, nous ne partageons pas, aucune rencontre n’illumine notre cœur ni notre visage. Même notre religion reste du chacun pour soi. Descendons donc de notre nuage !

               

Ce que nous savons  - sans peut-être savoir l’expliquer, mais qu’importe -  c’est que Dieu a mis toute sa tendresse et son amour dans la fragilité et le visage d’un nouveau-né. L’Enfant-Dieu est là. Il n’est pas une énigme à déchiffrer. C’est une Personne qui apporte l’amour et qui demande à être aimé. Et pour nous, en cette solennité de la Nativité, c’est l’Enfant-Dieu à adorer, à contempler, comme les bergers, comme les mages afin de témoigner comme St Jean : nous avons vu sa gloire.

Noël casse l’image d’un Dieu tout-puissant, écrasant, caché, lointain, transcendant : dans l’Enfant-Dieu de la crèche, Dieu devient vulnérable, fragile, indigent, avec le risque qu’on ne le reconnaisse pas. Tant que Dieu fait gronder le tonnerre, on tremble et on se met à genoux. Sitôt qu’il devient l’un de nous, on passe à côté, on discute sa parole, on lui fait le procès… ce qui va culminer dans le procès devant Pilate et à la crucifixion. Nous croyons quelques fois que les contemporains de Jésus étaient des privilégiés, mais peu l’ont suivi tandis que la grande majorité lui a tourné le dos. Mais c’est vrai que nous partageons le même risque de ne pas le reconnaître quand il nous visite, quand il vient planter sa tente parmi nous. Si Dieu est devenu l’un d’entre nous, et même le plus petit, le bébé, le pauvre, c’est pour que personne ne se sente indigne de l’approcher, c’est pour ne faire peur à personne. Il ne s’agit donc plus d’escalader les cieux pour y chercher (y trouver) Dieu par l’ascèse ou les doctrines philosophiques : l’humilité de Dieu a fait qu’il a renversé la pyramide, il n’est plus au sommet, il est là tout près pour que tout homme qui le cherche avec droiture puisse le trouver, à commencer par les bergers de Bethléem (groupe méprisée dans la société à l’époque). La crèche est née de cet esprit qui magnifie l’humanité et l’humilité de Dieu.

Cette humilité de la crèche cache l’œuvre grandiose de la rédemption. L’Enfant-Dieu a été posé dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met de la nourriture pour donner la vie aux êtres qui vont manger dedans. C’est déjà un clin d’œil de ce qui va se réaliser à la Cène : le petit enfant qui vient de naître à Bethléem sera nourriture spirituelle pour toute l’humanité. Il a pris corps, et ce corps sera livré : « ceci est mon corps, prenez et mangez ; qui mange mon corps, vivra pour toujours ; vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, mais celui qui mange mon corps et boit mon sang, aura la vie éternelle ». Savez-vous ce que veut dire le nom Bethléem ? La maison du pain. Pour St Luc, l’enfant né à Bethléem, couché dans une mangeoire, est déjà le pain de vie ; il est emmailloté dans des langes, càd qu’il est présent de façon invisible dans les sacrements. Bethléem, la maison du pain, c'est la sainte Eglise, où l'on distribue le Corps du Christ, le vrai pain… pour la vie du monde.

Approchez-vous, venez adorer, venez manger, venez vers Celui qui est Vie, Lumière, Joie et Paix.

Amen

Vénuste

 

Date de dernière mise à jour : 24/12/2021