Dimanche 20 décembre 2020

Annonciation04

Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi

4e dimanche de l'Avent


 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains (Rm 16, 25-27)

Frères, Celui qui peut vous rendre forts selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ : révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles. Amen.

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Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 26-38)

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée,et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très- Haut le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »

Alors l’ange la quitta.

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Homélie pour le 4ème dimanche de l’Avent 2020

 Dans la seconde lecture de ce jour, il manque une petite « charnière » pour comprendre ce texte, sans quoi il reste très mystérieux pour nous qui l’entendons aujourd’hui. Il s’agit en fait de la toute fin de l’épître aux Romains que saint Paul conclue par une magnifique dédicace à Celui qui est le véritable auteur de sa lettre : Dieu. Il aurait été judicieux de faire précéder la lecture du jour par une toute petite phrase du genre : « Frères, tout ce que je vous ai écrit dans cette lettre, c’est en hommage à celui qui peut vous rendre fort … etc, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus Christ, à lui la gloire pour les siècles ».

Dans ce court passage, Paul emploie 3 fois le mot « mystère », un mystère qui a été « révélé, manifesté et porté à la connaissance de toutes les nations … grâce à Jésus-Christ », nous précise-t-il. C’est vraiment là son expérience, car il sait que s’il a pu si bien parler de Dieu, c’est grâce à sa rencontre intérieure avec Jésus-Christ. Pour Paul, le mystère n’est donc pas quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, mais ce qu’on n’aura jamais fini de comprendre. Cette différence change tout !

En effet, on a souvent dit aux chrétiens qu’un « mystère » était quelque chose qu’il ne fallait surtout pas chercher à comprendre, qu’il fallait l’accepter d’un bloc sans réfléchir. Et c’est de la même manière qu’on les a invités à entendre les textes bibliques, au premier degré, sans réfléchir, comme s’ils étaient la description historique de ce qui s’est réellement passé. Or, même s’ils ont l’apparence de récits historiques, les textes bibliques n’ont pas été écrit dans un souci historique mais pour transmettre des expériences spirituelles intérieures ? C’est pour cela qu’ils parlent à tout être humain, quelle que soit l’époque. Je vous propose d’en faire l’expérience maintenant, à partir du récit de l’annonciation que nous venons d’entendre.

Pour commencer, imaginez que ce texte de l’annonciation est écrit pour nous partager l’expérience intérieure de Luc, l’auteur de ce texte, qui veut aussi que les lecteurs et auditeurs puissent faire l’expérience de recevoir eux aussi, l’annonce de l’ange à Marie comme si celle-ci était faite à chacun.e d’entre nous aujourd’hui. 

Remarquez tout d’abord que Marie reçoit l’annonce d’un messager de Dieu (c’est le sens du mot « « ange »). Elle ne la reçoit pas directement, il y a un porteur de message, un ambassadeur qui transmet le message. Cela m’invite à repérer les personnes qui, dans ma vie, m’ont permis de connaitre Dieu, d’entendre ses appels, sa voix et son Amour pour moi, bref sa douce et discrète Parole qui parle au creux de mon être. Une fois repéré mes messagers et les avoir remerciés, je suis prêt à être, comme Marie, attentif à la présence de Dieu en moi, à cette Grâce qu’est la vie divine qui parle en moi et qui m’invite à accueillir la Vie.

Marie est l’image (ou l’archétype) de tous ceux et celles qui accueillent la présence divine en eux, parce qu’il ne sont pas encombrés par quoi que ce soit : ni par un égo démesuré, ni par la présence d’un autre dans sa vie (cf « je n’ai pas connu d’homme »), ni par des soucis d’argent (car elle était pauvre), bref, elle est entièrement disposée à recevoir ce que Dieu voudra bien lui donner, ainsi nous pouvons dire que son âme est vierge de tout retour sur soi, de tout encombrement. C’est en ce sens que j’entends ces paroles de l’ange qui la désigne comme « comblée de grâce » c’est-à-dire « « remplie de la Présence de Dieu », il n’y a rien d’autre en elle qui pourrait empêcher Dieu de remplir son espace intérieur. Du coup, je me demande : et en moi qu’y a-t-il ? Suis-je conscient moi aussi d’être habité de la grâce de Dieu ? Ai-je le sentiment d’être comblé de sa Présence ? Et si non, qu’est-ce qui m’encombre encore ? Prenez le temps de lister ce qui vous encombre et n’hésitez pas à demander à Dieu qu’il vienne rendre vierge cet espace intérieur afin qu’il puisse y faire sa demeure. C’est le sens de ce temps de l’avent : un temps pour préparer le chemin du Seigneur afin qu’il puisse venir « crécher » en nous sans se sentir à l’étroit.

Mais des questions peuvent venir me traverser l’esprit : je peux me demander comme Marie, « comment cela va-t-il se faire ? », comment Dieu peut-il naitre en moi, habiter en moi et faire advenir la vie en moi ? La réponse ne va pas se faire attendre : en effet, quand une pièce est désencombrée, le souffle peut davantage circuler et apporter avec lui la réponse divine. Le messager répond : « le Souffle viendra sur toi et te couvrira de son ombre ». « Couvrir de son ombre » dans le langage biblique signifie protéger, comme on le dirait d’une poule qui couvre ses poussins de ses ailes. Cette ombre fait aussi clairement allusion à la « « nuée » qui protégeait le peuple hébreu lors de la sortie d’Egypte, qui le guidait à l’avant pour qu’ils trouvent le chemin de la sortie et qui le protégeait à l’arrière des égyptiens lancés à leur poursuite (cf livre de l’Exode 13, 21).

Mais ce souffle ne fait pas que protéger, il va aussi insuffler la vie : « Ce qui va naitre en toi sera saint, ce sera ta part de fils (de fille) de Dieu » ! Oui chacun.e d’entre nous est appelé à devenir chaque jour un peu plus fils ou fille de Dieu. C’est notre vocation à tous, c’est le travail de l’Esprit (du Souffle) en nous, il s’agit de naître à la vie de Dieu qui nous fait devenir fils et fille de Dieu. J’apprécie aussi de voir que le Souffle saint n’insuffle pas seulement la vie aux plus jeunes mais aussi aux plus âgées, puisqu’aussitôt après l’annonce à la jeune Marie, il annonce qu’Elisabeth elle aussi, va recevoir la vie, alors qu’elle est « dans sa vieillesse » nous dit st Luc. Bonne nouvelle là encore. Bonne nouvelle aussi de savoir que Celui qui va naitre se nommera « Jésus » qui signifie en hébreu « celui qui désengorge, qui désentrave et qui désencombre ». Oui l’œuvre de Dieu en nous est de nous désentraver, de nous désencombrer pour que nous puissions accueillir la Vie en abondance.

Enfin je voudrais terminer cette homélie par la magnifique parole de Marie : « je suis la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta Parole ». Quelle confiance ! Belle confiance à laquelle nous sommes invités nous aussi, certain que le Souffle nous protège, que Dieu nous veut vivant et qu’il s’y emploie. Je l’entends comme un énorme « n’ayez pas peur » qui nous invite à aller de l’avant, comme le dit sœur Emmanuelle « Yallah, en avant » même si nous ne savons pas ce qui nous attend, nous pouvons aller de l’avant, confiants comme Marie, suffisamment rassurée pour s’élancer par elle-même dans la vie.

A l’image de Marie, nous pouvons nous aussi nous élancer en ce 4ème dimanche de l’avent, ayant Dieu comme centre de gravité, solidement ancrés dans la certitude que le Souffle saint nous protège et nous guide, lestés par le sentiment de porter en nous Jésus, Celui qui désencombre et désengorge. Et comme Dieu a eu besoin du « oui » de Marie, il a besoin aujourd’hui encore de tous nos « oui à la vie », car « Dans cet immense circuit de la vie, chacun de nous est un segment indispensable, chacun de nous porte toute l’Histoire, tout l’univers, tout le destin de Dieu. C’est cela que l’Avent veut nous dire : avec Jésus, c’est le monde entier qui est remis entre nos mains, car il est clair que cette universalité qui embrasse tous les siècles, qui concentre tous les temps, toutes les générations dans un seul présent, il est clair que cette universalité a besoin de l’intensité de notre amour à l’égard des hommes d’aujourd’hui, à l’égard de ceux qui nous entourent et qui doivent être l’objet de notre sollicitude et de notre attention ». (Maurice Zundel)

Bonne fin d’avent et « Yallah », en avant mes amis !

 

Gilles Brocard  

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 14/12/2020

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